‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 65 sur 178 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

« a été bon! » s'écriait-il. « Hélas! écrivait-il le « 13 novembre 1842 à un marin, j'ai fait une « guerre impie durant vingt ans à mon souverain « Maître; et ce Père des miséricordes n'a cessé « de me poursuivre , jusqu'à ce qu'il m'ait forcé « à changer mes ennuis pour de la joie, et la « mort éternelle que je méritais pour 1'espoï;- « d'une éternité de bonheur! » « Non jamais, « disait-il à un de ses amis , je ne comprendrai « la grâce qu'il m'a faite. Mais comment, aprè- « tant de bienfaits , puis-je être si froid à son ser- « vice? Hélas! je n'apporte à ce divin service « qu'une demi-volonté, avec laquelle on n'arrive « jamais à cette paix sans mélange , que je sens « devoir être le partage des vrais serviteurs de « Dieu. Je ne devrais vivre que pour la volonté a de Dieu, et toujours je succombe à la tentation « de vivre pour moi. Ce moi, quand pourrai-je « donc m'en défaire? »

Nous croyons utile de faire remarquer ici en passant que Marceau était dans l'erreur, lorsqu'il pensait que l'amour de Dieu, dans les saints, doit produire l'exemption des tentations et des agitations involontaires qui y sont attachées. Qui a plus aimé Dieu que saint Paul? il défiait toutes les créatures visibles et invisibles d'arracher de son cœur la charité de Jésus-Christ. Cette charité, disait-il, le pressait, le faisait mourir chaque jour. Cependant saint Paul, brûlant d'amour, fut soumis

aux révoltes de la chair; il en gémissait, il demandait à Dieu d'en être délivré, et cette grâce lui fut refusée, parce que l'humilité produite par l'humiliation lui était plus utile qu'une paix parfaite et sans nuage. Le sentiment de la tentation ne nuit pas à celui qui n'y donne pas son consentement (i).

Mais il est vrai aussi que les hommes généreux, tel qu'était Marceau, se reprochent souvent comme des défaillances de la volonté les choses mômes où la volonté n'a aucune part.

On comprend qu'une âme si brûlante de charité, si attentive sur elle-même, ne pouvait négliger ses devoirs d'état et le soin de ceux que l'Esprit-Saint appelle domesticos fidei (2). Nommé en 1842 au commandement du vapeur le Tartare, Marceau inculqua à ses officiers et à son équipage les principes religieux les plus fervents. Les prières et les exercices pieux, qui depuis longtemps étaient oubliés dans la marine (alors il n'y avait pas d'aumôniers dans les armées de terre et de mer), furent rétablis à son bord , non par l'effet de son autorité , mais par celui de ses leçons et de ses exemples.

Devant son équipage, il se montra toujours chrétien, et de plus, il se livrait en public aux pratiques communes de la vie chrétienne : il ne

(1) Non nocet sensus, ubi deest consensus.

(2) La famille, ceux dont on est chargé.

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