‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 66 sur 178 · LIVRE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE III

manquait jamais de prier avant et après le repas. Quelqu'un, dont on ne peut blâmer les motifs, l'engageait à omettre ces prières , puisque les autres officiers en plaisantaient : « Us sont libres de « manger comme les animaux, répondit-il; pour « moi je veux le faire en chrétien. — Mais vous « devriez vous contenter de les dire dans votre « cœur. — Je suis chrétien par le cœur et par le « corps. A ce compte, Notre-Seigneur était donc « réprébensible quand , avant son repas, il priait « et rendait grâce à son Père? » Marceau tout entier se révèle dans ces paroles. Il faut, dans l'Église de Dieu, de ces âmes vigoureusement trempées, qui portent la bannière haute et déployée, afin de protester contre l'abaissement des caractères , et d'imprimer aux hommes et.aux coutumes un mouvement de réascension. D'autres ont reçu du ciel la mission non moins utile peut-être de montrer, par leur exemple, comment la vertu la plus pure peut condescendre à la faiblesse des imparfaits , sans trahir le devoir.

Après avoir donné, dans sa conduite, des exemples de cette force, Marceau lui-même plus tard en devait donner de cette condescendance, et nous savons d'un capitaine de frégate qui prenait ses repas avec lui à l'hôtel du Bon Lafontaine, à Paris, qu'il se contentait de dire intérieurement le bénédicité et les grâces. Il était sûr alors de ne pas céder à la peur, mais à la charité. Ce que le saint

fait au commencement pour se dompter et pour fouler l'esprit du monde, il sait ensuite s'en abstenir, au besoin, par zèle ou par prudence. La sainteté a divers aspects. Comparez Ignace de Loyola de Rome à Ignace de Loyola de Manrèze !

Avant sa conversion, Marceau avait à se reprocher des abus de pouvoir, des actes de despotisme. Punir le moins possible, pardonner, triompher du mal par le bien, ce fut la maxime de Marceau revenu au Seigneur. Sans négliger la discipline sur les navires qu'il commandait, il devint bon et doux avec ses matelots, et ceux-ci, commencèrent à voir en lui un père; ils se mettaient rarement dans le cas d'être punis. Les effets qu'ils ressentaient d,u retour de leur commandant à Dieu ne purent que leur faire aimer la religion.

Une fois en rentrant à Cherbourg sur le Fulton, il aborda le bâtiment-école : deux mousses furent blessés. Tout le temps que dura leur maladie, il alla les voir chaque jour, avec une tendre charité.

Un employé supérieur du ministère des finances, disait, en i876 : « C'est à M. Marceau, « commandant alors lePluton à Brest, que j'ai dû, a dans ma jeunesse, de fouler définitivement, et une « bonne fois pour toutes, le respect humain sous « mespieds. J'avais 13 ans. C'est une grande grâce. »

Jaloux de l'honneur de Dieu, il bannit de son bord les jurements et les blasphèmes (1).

(1) Jamais les soldats et les marins ne sont plus heureux que quand ils ont, à leur tête, des officiers qui font respecter les droits de Dieu. Les chefs qui n'ont aucun respect pour l'auto-

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