‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 71 sur 178 · LIVRE II. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE IV

vaisseau. A son retour, Marceau lui dit : a Je ne « vous remercie pas de ce que vous avez fait; « vous auriez dû laisser peser sur moi une ca- « lomnie, qui m'eût donné occasion de souffrir « quelque chose pour Dieu. Vous m'auriez aimé « davantage en vous taisant. — C'est très-bien « pour vous, répondit le commissaire de marine, « et, comme chrétien, vous faites bien de penser a ainsi; mais moi j'aurais manqué à l'honneur, a au devoir, à la conscience. » Cette raison désarma le vertueux officier.

Dans un de ses longs voyages, un prêtre, qui était à bord de son bâtiment, le P. Grange lui citait, en les commentant, ces paroles de l'Écriture, sur ceux dont la vie a été sans péché et sans attache terrestre : Sequuntur agnum quocùmqueierit, virginesenim sunt ; «Ils suivent l'agneau de Dieu partout où il porte ses pas, car ils ont été à lui sans partage. » Pendant que le missionnaire lui développait les privilèges de ce virginal détachement, Marceau gémissait, poussait de profonds soupirs aAh! si c'était à recommencer! » disait- il C'est ainsi que le stimulant de

la pénitence donne une nouvelle énergie aux vertus, dans les âmes généreuses.

Marceau écrivait un jour à un de ses camarades (c'était le 4 novembre 1842, à Nantes) : « Comment, mon cher ami, avez- vous pu accepa ter, vous autres officiers de marine, une chose

a semblable? Gomment en êles-vous venus à ce « point, de ne pas voir qu'à force d'indulgence, « dans votre commission, pour une personne « qui a tort, vous deveniez souverainement in- « justes envers une autre que tout un corps puisci sant calomnie, et qu'ainsi vous donniez à ces « calomnies une espèce de sanction? » Mais se reprenant aussitôt, il ajouta : « Vous comprenez du « reste que je ne me plains pas de ce qu'on dit « du mal de moi ; on n'en dira jamais, bêlas I au- « tant qu'il y en a , quoiqu'on puisse dire celui « qui n'est pas. »

Le scandale, terrible épreuve pour les faibles , loin d'ébranler Marceau, servait à la construction de l'édifice spirituel qu'il élevait à Dieu dans son cœur : tout en ranimant sa cbarité, il rendait son humilité plus profonde, a Continuez, disait-il « à un prêtre, continuez; ma foi se fortifie par le « scandale. »

« Dieu a voulu, disait-il ailleurs, que je fusse « témoin d'borribles misères et je l'en remercie. « J'ai assisté à une scène douloureuse qui a peut- « être perdu une paroisse. J'ai vu un homme dévoué a par état et par choix au Seigneur, refuser for- « mellement d'obéir à son supérieur ecclésias- « tique, et soulever contre lui toute une populace tion. Quel triste spectacle, grand Dieu ! Gomme « ce malheureux faisait mal à voir, la figure hau- « taine et rayonnante de joie de se montrer plus

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