‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 72 sur 178 · LIVRE IL — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IL — CHAPITRE IV

« fort que celui auquel il devait obéir!... Puis, a j'ai été mis au courant de scandales plus tristes « encore : un pauvre prêtre , un prêtre ayant « perdu la foi! Penser que de telles chutes peu- « vent être faites par des hommes qui, un jour, « ont sacrifié à Dieu toutes leurs affections, n'y « a-t-il pas de quoi trembler pour soi? Qui donc « peut se dire : je persévérerai ? »

Esprit de sacrifice. — On rapporte que le roi Charles X étant allé visiter une abbaye de trappistes, on lui servit un plat assez rare, mais trèsédifiant, un plat rempli de... croix dhonneur. C'était la dépouille glorieuse de ceux qui, après avoir vécu en braves sous les épaulettes, étaient venus vivre et mourir en héros chrétiens, sous le froc du monastère. Le militaire est éminemment, l'homme du sacrifice, et quand il se donne, il ne se donne pas à demi. Tel fut Marceau.

Ce que nous aurons à dire dans tout le reste de cette histoire, nous dispenserait de parler de son esprit de sacrifice; nous ne nous arrêterons pas.

Dès qu'il fut chrétien, il modéra tellement ses dépenses , afin de payer ses dettes personnelles et celles qu'il adopta par honneur, et afin d'assister les pauvres, qu'on serait étonné si nous citions le chiffre de ses économies, que nous avons trouvé dans une lettre à sa mère. Et pourtant il se montrait toujours convenable et digne. Mais la mortification est un grand secret pour l'économie.

Peu de jours après sa conversion, jetant les yeux sur un bijou qu'il affectionnait, il s'en défit aussitôt et le donna à un prêtre, pour orner l'autel de la sainte Vierge. Il disait : « Il faut toujours « donner ce que nous aimons le plus. »

Le règlement spirituel qu'il s'imposa est une nouvelle preuve de sa générosité. Il y était si fidèle, que, lorsque le devoir le retenait à bord et qu'il ne pouvait, par exemple, se rendre à l'église pour assister au saint sacrifice, il aimait à réciter sur son navire les prières de la messe. On sait que, même au fort de l'hiver, il lui arrivait de faire, de onze heures à minuit, l'heure sainte, en l'honneur du sacré Cœur de Jésus. On a pu le voir, durant une indisposition qui lui ôtait ses forces, lutter contre le mal , et se lever pour offrir à Dieu ses hommages accoutumés. Le mot de sainte Thérèse , ou souffrir ou mourir , qu'il avait Irouvé dès les premiers temps de sa conversion, le transportait, et il en avait fait sa devise. « Cette « maxime, disait-il, me paraît résumer tous les « désirs d'un véritable chrétien, » et son âme tout entière s'inclinait vers la grande âme de cette sainte, amante passionnée des souffrances. Il ne se passait pas de jours qu'il ne l'invoquât; il la suppliait de lui obtenir la grâce d'adresser à Dieu cette même prière : ou souffrir, ou mourir, sans crainte d'être pris au mot. Aussi, quand il éprouvait de vives contrariétés, quand il était contre-

Page 1