LIVRE II. — CHAPITRE IV
vaisseau allaient se recommander à Marie et entendre la messe, avant de s'embarquer.
Une année, le 14 août, il se mit en route à sept heures du soir avec un officier de marine. Les deux jeunes pèlerins marchèrent toute la nuit, et firent sept ou huit lieues pour arriver le matin à Notre-Dame de Rumengol et recueillir les saintes bénédictions de l'Assomption. Qui eût entendu, pendant ce voyage, les brûlants entretiens de ces deux cœurs si généreux, certainement aurait senti leur ardeur embraser son âme.
A Paris, il aimait à prendre son logement dans un hôtel situé près de Notre-Dame des Victoires. « Je cède à mon attrait, écrivait-il à sa mère, en « me mettant dans la nécessité de ne pas sortir « de chez moi sans voir cette église. » « Que la « sainte Vierge, disait-il à un prêtre, m'arrache « d'un naufrage inévitable , me tire des portes « de la mort, qu'elle ressuscite un homme privé « de la vie, rien de tout cela ne m'étonne : sa « puissance est au-dessus de tout ; mais qu'elle « descende à l'égard d'un gredin tel que moi, « jusqu'aux attentions, jusqu'aux petits soins « d'une mère, c'est ce qui me passe, mepéu nètre. »
Un pauvre poitrinaire qui se mourait à Toulon avait un désir extrême de revoir Brest, son pays. On ne pensait pas qu'il lui restât assez de temps à vivre pour y arriver ; néanmoins, afin de le satis-
faire, on l'embarqua : il fut confié à Marceau. Le «alut éternel de ce malade était attaché à cette dernière circonstance. Le charitable officier s'adressa avec ferveur à la très-sainte Vierge : « II « est certain, écrivait-il, que je dois à notre bonne « Mère d'avoir conservé mon malade jusqu'à « Brest. J'ai eu le bonheur de pouvoir le faire « confesser et communier à l'île d'Aix, où j'ai « relâché un jour, et il n'est mort que dans . sa « ville natale, le lendemain de mon arrivée. « Notre-Dame, de Recouvrance avait daigné « m'exaucer. »
Marceau s'adonnait avec amour à toutes les pratiques en l'honneur de Marie consacrées par l'Église. La récitation du chapelet faisait ses délices, et il lui arrivait, en le disant, de répandre des larmes de piété. Le lecteur a pu remarquer qu'après sa conversion, il communia la première fois à l'autel de la sainte Vierge. On se souvient aussi de sa dévotion à l'Immaculée Conception et au saint Cœur de Marie, de son affiliation à l'Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires, de son respect pour la médaille miraculeuse. Nous verrons ces sentiments de piété filiale aller toujours croissant.
Cette tendre dévotion pour la sainte Vierge est une de ces grâces singulières que Dieu ne fait, dit le pieux et docte saint Liguori, qu'à ceux qu'il veut combler de ses faveurs; nous pouvons la re-