LIVRE II. — CHAPITRE IV
garder comme une source des grandes vertus qui ont éclaté dans la personne de notre ami.
Intérêt de Marceau pour l'éducation chrétienne de la jeunesse. — A l'époque des grandes luttes qui eurent lieu, durant le rèprne de Louis- Philippe, entre l'Episcopat et l'Université, Marceau, élève de l'Université, écrivait à un de ses amis : et Que dites-vous de la lutte qui s'engage « aujourd'hui? Avec quelle rage le maître du « monde est sorti de cette espèce de sommeil qu'il « simulait pour nous tromper! Je suis fort suret pris par moments de trouver cet esprit voltai- « rien si profondément enraciné chez des hommes « que je pensais avoir fait justice de tout cet amas « de mensonges. Prions pour la France ; car en « ce moment s'agite une question de vie ou de « mort. A vrai dire, j'ai bon espoir que tous les « efforts de l'esprit du mal échoueront devant la « croix, pourvu que nous la prenions pour signe « de ralliement. »
Il disait encore : « Je regrette bien vivement « d'être si paresseux et de ne pas savoir écrire, « attendu que j'aurais trouvé un rôle bien naturel « dans cette lutte, en écrivant dans le journal qui u traite de la marine particulièrement. 11 est cer- « lain que l'état déplorable, dans lequel s'est trouvé « ce corps sous le rapport religieux, est une con- « séquence inévitable de la mauvaise éducation.
« Quand on songe qu'à une certaine époque, au- <( cun élève du Vaisseau-École ne remplissait ses « devoirs religieux, n'a-t-on pas le droit d'être '( effrayé? Il y avait bien, il est vrai, un aumônier; « on disait, matin et soir, la prière en commun, « et l'on entendait la messe le dimanche. Mais < tout cela ne suffisait pas pour détruire, en des '< jeunes gens, l'effet produit par la connaissance » qu'on avait de l'indifférence des chefs, qui, à
« l'exception de , ne pratiquaient pas. Il faut
« avoir, à coup sûr, les principes fortement en- « racines dans le cœur, pour ne pas être ébranlé « par de tels exemples. Pour moi qui sais ce qu'est « l'homme irréligieux, puisque jusqu'à trente-cinq « ans j'ai eu le malheur de vivre dans un état de « révolte ouverte contre Notre-Seigneur, j'aurais « été à même d'écrire sciemment sur cette ques- « tion. Il est certain qu'humainement parlant, « nous sommes menacés d'avoir à subir un rude « joug; car les Chambres ne paraissent pas dispo- « sées en faveur de la religion et de la liberté « d'enseignement. Mais espérons que Dieu dai- « gnera ouïr les prières des catholiques, qui géa missent de cet état de choses. Combien, hélas! « paraissent ne pas se soucier, et effectivement a ne se soucient que peu de la tournure que prend « la question! Prions pour que la pauvre France « ne devienne pas la proie des ennemis de Jésusa Christ. Prions et combattons ; car Nosseigneurs
L1VREII. — CHAPITRE IV. 143
c les évêques ont donné l'exemple; je vous avoue « que, par moments, je me sens tout fier d'appar- « tenir à l'armée qui combat avec eux. »
Ainsi pensaient tous ceux qui, après avoir passé par ces écoles, étaient rentrés, comme Marceau, dans la voie du bien; ainsi pensaient les professeurs universitaires religieux eux-mêmes. Un illustre prélat, monseigneur Parisis, qui, dans la grande campagne pour la liberté d'enseignement, lut en quelque sorte le général des catholiques, a écrit à ce sujet des ouvrages où la vérité apparaît d'autant plus effrayante qu'elle est un simple exposé des principes et des conséquences, sans aucune personnalité. A l'exception de deux, tous les évêques français firent entendre de si puissantes, de si persévérantes réclamations , que l'impiété leur donna le nom d'émeute épiscopale (1).
Zèle. — Le zèle est la flamme de l'amour divin. Saint Paul est terrassé sur le chemin de Damas; il se relève apôtre, et on le voit aussitôt prêchant,
(1) Peu après la révolution de 1848, un homme d'une sagesse supérieure, le maréchal Bugeaud, écrivait : « On ne préservera « la France d'une longue suite de déceptions, d'engouements et « de secousses pareilles, qu'en coupant le mal à sa racine, « c'est-à-dire en régénérant l'éducation publique. Immense ■ et indispensable réforme qui portera ses fruits avec le « temps. Je signale aux coups de votre plume acérée les empoi- « sonnements de la jeunesse depuis Véciole du village jvs~ « qu'à la chaire du haut enseignement, a
dans les synagogues, celui dont il venait de persécuter les disciples. Ce besoin insatiable de communiquer au prochain les grâces reçues se révèle, dans Marceau, dès son début, avec tant d'ardeur, qu'on croit déjà entrevoir que ce sera sa vertu dominante, celle qui consumera sa vie (1). Tantôt on le trouve dans une cbapelle dont j'ignore le nom, mais qui parait lui avoir été fort cbère, s'unissant à trois amis, recevant avec eux le corps et le sang de Jésus-Cbrist, et avec eux levant ses mains suppliantes au ciel , pour lui demander grâce, comme il le disait, en faveur d'un pauvre aveugle; « et ce que nous avons obtenu alors, « ajoutait-il, me semble un gage de ce qui est u réservé à la persévérance de nos prières. »
Tantôt on le voit au cbevet d'un ollicier malade, qui revient à Dieu le neuvième jour d'une neuvaine faite à Notre-Dame des Victoires, s'édifiant de sa bonne volonté, mais le soutenant aussi par son affection.
Ici, il cberche à établir en faveur des apprentis une œuvre ayant pour but de les placer cbez des patrons chrétiens, de les instruire de la religion et d'en prendre un soin paternel.
(1) « Si celui qui corainence, dit sainte Thérèse, vait, avec « l'aide de Dieu , de magnanimes elforts pour s'élever au « sommet de la perfection , jamais , à mon avis, il ne va seul « au ciel. Il y mène après lui une troupe nombreuse; comme à « un vaillant capitaine, Dieu lui donne des soldats, qui mar- •• client sous sa conduite. »