LIVRE II. — CHAPITRE IV
« lia étroitement avec moi ; il venait me voir à « peu près tous les jours, et j'avoue que j'avais à « modérer et à régler sa ferveur et son zèle, plu- « tôt qu'à les exciter. Il était l'âme de l'œuvre de a l'Adoration nocturne, qu'il avait puissamment « contribué à établir. A son bord , il s'était fait le « catécbiste des mousses. Il était de plus le centre « auquel venait se rallier tout ce qu'il y avait d'of- « ficiers croyants dans l'escadre, et Dieu seul sait « le bien immense qu'il a fait sous ce rapport. « Tous le regardaient comme leur maître et leur « modèle en religion. Depuis, il ne passait jamais « dans la ville où j'étais sans me donner plusieurs « beures, car il avait la mémoire du cœur; et il « était si humble, qu'il ne se déterminait à rien « d'important sans demander conseil. Je ne savais a qu'admirer le plus en lui, ou son austère mor- « tification, ou la vivacité de sa foi, ou la ferveur a de sa piété, qui le retenait de longues heures a aux pieds du très-saint sacrement. »
Nous ne finirions pas si nous voulions donner le détail de toutes les œuvres de zèle de Marceau.
Au bagne, il va visiter des forçats qui lui ont été recommandés, et il cherche à leur inspirer des sentiments chrétiens.
On lui apprend qu'on veut placer un enfant dans une école sans foi. Les souvenirs de sa première jeunesse lui font aussitôt éprouver une vive compassion, et il signale les dangers de cette dé-
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lermination avec des accents déchirants, propres à émouvoir les cœurs les plus durs, à ébranler la résolution la plus ferme.
Un jour il trouve une association d'ouvriers chez les Frères des écoles chrétiennes, et il forme aussitôt le projet d'en fonder dans deux des villes principales de France.
Il se sert de son influence pour porter les matelots à remplir les devoirs du christianisme; il conduit à des prêtres des jeunes gens qu'il a déterminés à mieux vivre, et des prêtres au chevet des malades afin que ceux-ci se confessent.
A Brest, il abonne, à ses frais, le cabinet de lecture au journal l'Univers, qui a si bien mérité de l'Église et des catholiques, pour que le remède soit toujours à côté du mal, et il engage fortement sas amis à propager cette feuille si dévouée à la religion. On sait qu'en 1864, l'illustre Pie IX félicitait Louis Veuillot, le principal rédacteur de VUnivers, d'avoir combattu parmi ceux gui ont Jaim et soif de la justice.
Dans une de ses campagnes , Marceau rencontra un homme haut placé qui ne vivait pas en chrétien : il l'entreprit avec la charité la plus grande. Il croyait l'avoir poussé à bout, et espérait que le pauvre dévoyé, n'ayant plus rien à répondre, se rendrait à la force de la vérité, lorsque celui-ci, dont l'esprit était moins malade que le cœur, fît un aveu : « Je sais bien que vous avez