LIVRE II. — CHAPITRE IV
« raison; mais hélas I... » Le dernier argument qui le retenait loin de la religion était sans doute le même que le calviniste Théodore de Bèze faisait valoir pour ne pas rentrer dans le sein de l'Église. Marceau n'insista pas ; il se contenta d'offrir à Dieu les désirs de son cœur, et plus tard il parlait encore avec attendrissement de celui qu'il ne nommait pas, mais qu'il plaignait sincèrement.
Un aimant sacré attirait vers lui les cœurs incroyants et malades. Un officier lui écrivait : « J'ai « été huit jours entre la vie et la mort, dans une « affreuse tempête sur les côtes d'Afrique, et j'ai « senti le besoin de Dieu. Enseignez-moi, cher « ami, une religion. » On juge s'il répondit à l'appel !
Par ces citations qu'on pourrait multiplier, il est facile de voir que l'ardente charité de Marceau s'étendait sur tous les hommes, sur ceux qu'il connaissait et sur ceux qu'il ne connaissait pas, et qu'elle s'exerçait par la prière, l'exemple , le sacrifice.
Du reste, "comme le zèle véritable est moins un calcul qu'une émanation nécessaire et constante de l'amour divin, qui est dans l'âme, il suit de là qu'à chaque pas, et presque sans s'en douter, l'homme qui aime fait du bien à ceux qui l'environnent; Dieu, dont il est plein, s'échappe pour ainsi dire par tous ses pores; c'est une surabon-
dance de vie qu'il répand autour de lui (•!). Aussi toute l'histoire de Marceau n'est-elle, à proprement parler, que l'histoire du zèle en action. Déjà sa belle âme semblait aspirer à quelque chose de plus grand, et, sans démêler les desseins de Dieu sur lui, il croyait entendre une voix qui l'appelait. « Si je vais à Brest, » écrivait-il à un de ses amis, le 28 juin ; puis, se reprenant tout à coup : « Com- « ment trouvez-vous mon si, ajoutait-il, lorsque « ce matin j'ai prévenu l'amiral que je serai prêt « à partir le 5 juillet prochain? Je ne sais pour- « quoi j'ai toujours la pensée que je ne resterai a pas longtemps attaché à la marine militaire. Où « pourrai-je aller ailleurs?... Le grand maître qui « lit au fond de mon cœur saura bien, j'espère, ar- « ranger un jour les choses pour que je m'emploie « tout entier à sa gloire, comme je le lui demande « chaque jour. »
Nous serait-il permis d'ajouter que ce zèle brûlant que Dieu avait donné à Marceau, cette force qu'il avait reçue d'en haut pour remuer les cœurs, ont semblé lui survivre et sont restés attachés à ses exemples? Pendant que dans les couvents cloîtrés, dans les séminaires, dans les collèges,
(1) Montrez-moi, si vous le pouvez, un amour <?n repos et qui ne fasse rien pour l'objet aimé. (S. Augustin.)
L'amour de Dieu n'est jamais oisif. Quand il existe, il opère de grandes choses. S'il n'agit pas, ce n'est pas le véritable amour. Si operari renuit, amor non est. (S. Grégoire.)