LIVRE II. — CHAPITRE IV
o bonté de lui répondre. Il est digne de votre « compassion. C'est un jeune homme de la ville « deN..., qui s'est enfui avec une femme mariée. « Quand ils ont eu dépensé tout l'argent qu'ils « avaient à leur disposition, dans la crainte que « la justice les poursuivît, ils ont résolu de s'as- « phyxier et de mourir ensemble à l'hôtel qu'ils « habitaient ; mais le moment suprême étant « venu, et ne sachant plus que devenir, la femme, « épouvantée, s'échappe.... et va se cacher dans o un confessionnal. Mais, ô surprise !... le guichet « de la grille s'ouvre, et elle se trouve vis-à-vis a d'un prêtre. Celui-ci voit une femme hors d'elle-
« même, il l'interroge Dieu l'attendait là. Le
« confesseur l'engage aussitôt à passer à la sacris- « tie, la fait conduire dans une maison sûre, chez
« des personnes pieuses et elle est revenue à
« Dieu. Nous allons ensuite à la recherche du « jeune homme. Depuis trois semaines, nous l'a- « vons retiré ici dans l'espoir de lui être utile; « mais nous ne pouvons rien en faire. » Marceau lui parla avec bonté et zèle, et sachant, par ce qui lui était arrivé à lui-même, que le seul moyen de pouvoir ce qui nous est impossible, c'est de s'adresser à Dieu, il l'exhorta à prier. Le jeune homme résistait. « Que risquez-vous, lui dit le « commandant? Récitez le chapelet en l'honneur « de la Bienheureuse Vierge Marie, je vous pro- « mets que vous serez soulagé. » Il se trouva mieux.
a Ces prêtres, disait-il au commandant , m'enga- « geaient bien aussi à prier Dieu; mais c'est leur « métier, me disais-je; je vous ai vu, je vous ai « entendu , vous officier, vous décoré de la croix « d'Honneur, et vos paroles m'ont touché. » Marceau le laissa en bonne voie. Que d'âmes les ministres de la religion sauveraient si tous les chrétiens se souvenaient qu'en un sens, et suivant le langage de l'Écriture, eux aussi sont prêtres (1).
Marceau a Brest. — On lit dans le journal VOcéan, 17 février 1851 : « Le dernier séjour un a peu long de M. Marceau dans nos murs fut d'une « année (du mois d'août 1843 au mois de sep- « tembre 1844). M. Marceau consacra cette année « tout entière à la fondation de la société de Saint- « Vincent de Paul. Comme tous les hommes d'ini- « tiative et de dévouement qui se placent à la « tête du mouvement, quelque salutaire et fécond « qu'il soit d'ailleurs, M. Marceau se trouva d'a- « bord dans un complet isolement, et pendant « trois mois entiers il n'eut pour coopérateur que « M. de L... Cet isolement fut même tel, dès l'a- « bord , que des hommes animés par les senti- « ments religieux les plus profonds, des ecclésias- « tiques, tout en applaudissant à ses intentions,
(1) Vos... regale sacerdotium, écrivait saint Pierre aux hrétiens.