LIVRE II. — CHAPITRE IV
avait mis en rapport : « Tous les événements sont « entre les mains du Seigneur. Rien ne lui coûte, a pas même de mettre en tête à quelqu'un de « faire un yacht royal de 900,000 francs, mais qui h sera manqué, afin que je sois obligé d'aller o dans ce port et de vous dire : Vous vous trouvez u malheureux ; c'est tout simple : vous vivez d'une « vie opposée à la volonté de Dieu ; mais levez les t yeux au ciel et lisez-ij la volonté du Seigneur; émet brassez-la en conformant votre conduite à sa loi, « et vous trouverez le bonheur. »
Ensuite Marceau exhorte son ami à se livrer chaque jour à quelques bonnes lectures , il lui recommande en particulier l'Athée redevenu chrétien, de Dulauro-Dubès. « Puis, ajoute-t-il, viendra le « moment où Dieu, vous faisant tomber aux ge- « noux du prêtre, éclairera entièrement votre es- « prit. » C'est qu'en effet la lumière divine se fait dans l'âme beaucoup mieux par l'humilité du cœur qui s'abaisse que par les efforts de l'esprit qui travaille (I).
L'officier avait écrit à Marceau qu'il voudrait savoir à gui s'adresser dans la ville où son service le retenait. Notre ami se souvint alors sans doute de ce qui lui était arrivé. « Mon cher, répondit-il,
(1) Pascal a dit : « Vous voudriez avoir la foi pour pratiquer; « et moi je vous dis : pratiquez, et vous aurez !a fui. Ceux qui « vous donnent ce conseil étaient tels que vous, et ils n'ont « présentement aucun doute »
« dans votre position, la mienne il y a quinze mois, « je sais que l'orgueil rend très-exigeant pour le « choix d'un confesseur. C'est toujours un moyen « de reculer d'autant ce moment, pénible pour « notre indigne nature. De N... notre camarad « ne connaissait personne à Marseille quand il a « voulu revenir à la religion : il est entré dans « une église , et est allé s'adresser au premier « prêtre qu'il a aperçu. »
Ensuite, l'exhortant à puiser dans le recours à Dieu les forces qui lui manquaient, Marceau ajoute : « Tout ce que vous demanderez en mon a nom à mon Père, a dit Jésus-Christ, vous sera « accordé. Demandez, demandez, mon cher, forcez « la main à Dieu par vos instances. Sainte Moni- <r que pendant je ne sais combien d'années a « sollicité la conversion de son fils. Elle deman- « dait qu'il devînt un bon chrétien, Dieu en a fait w une des colonnes de son Église. »
Puis, reprenant ses allures militaires : « Que « diantre ! mon cher ami, continue Marceau , ce « que Dieu a à nous donner vaut bien la peine « qu'on le lui demande avec persévérance. Vous « vous êtes laissé endoctriner par Monsieur N..., ot et sur ses instances , voilà que vous avez pris le « rôle de solliciteur du ministre pour en obtenir « quelque chose. Ne me croirez-vous pas aussi « un peu moi-même? Car, en fin de compte, je « vous promets mieux que lui au moins.