LIVRE II. - CHAPITRE IV
a Adieu, mon cher ami; de la foi, de l'espèce rance et de la charité! Avec cela la vie est belle, « et l'on bénit Dieu chaque jour de vous avoir « donné l'être. Adieu. Votre tout dévoué, Mar- « ceau. »
Pendant que notre ami poursuivait avec vigueur cet officier de ses conseils pieusement impétueux et de ses brûlantes prières, celui-ci était en proie à ces luttes effroyables, à ces inexprimables angoisses qui décident souvent du sort éternel, parce qu'elles aboutissent ou à la résurrection ou à l'insensibilité de l'endurcissement. Terrible alternative ! moment décisif qui a toujours si vivement excité le zèle des hommes apostoliques! « J'étais « réduit, nous disait-il, à comprendre parfaitece ment, et par ma propre expérience, l'état si dé- « plorable de l'enfant prodigue : Et cupiebat im- « plere ventrem de siliquis quas porci manduca- « bant. »
Voici venir à lui une autre fois son énergique camarade, qui veut le forcer dans ses derniers retranchements, a Nantes, 43 novembre 1842. — « Mon cher ami , vous sentez la main de Dieu qui « s'appesantit sur vous pour vous faire revenir à « des sentiments meilleurs, et vous hésitez! Vous « voudriez retrouver le calme sans la vertu, et pou- « voir reprendre les joies qui vous valent aujour- « d'hui tant de tourments. Malheur à vous, si vous « éprouvez du répit dans vos chagrins ! Malheur
« à vous si vous trouvez le calme autrement « qu'en vous réconciliant avec ce Dieu de bonté « qui vous appelle! Cette paix ne serait pas un u acte de miséricorde, mais un acte de cette terci rible justice qui, retenue longtemps par la « bonté divine, reprendrait tous ses droits sur « un cœur endurci et vous abandonnerait à vous- « même et à tous les mauvais appétits de la naît ture.
« Mon bien cher ami , réfléchissez, réfléchissez « à tout ce que Dieu fait pour vous depuis quelque « temps, et alors vous comprendrez combien il est « honteux de vous retirer quand il fait tant d'a- « vances. Comment donc, dites-moi, résister par « orgueil à un Dieu qui pousse la bonté, je dirai « plus, l'humilité jusqu'à nous supplier à chaque « instant de revenir à lui ? Eh quoi, mon Dieu ! c'est « moi qui vous ai offensé , moi misérable créature a qui ne suis rien que par vous, et c'est vous qui « faites les premiers pas pour me réconcilier avec « vous , pour m'apporter un bonheur que je ne « saurais trouver que dans votre sein. Non ! non ! « mon Dieu, je ne tarderai pas davantage à me « jeter àvos pieds, en m'écriant : J'ai péché contre « vous, contre vous seul; ayez pitié de moi, Sei- « gneur, selon votre grande miséricorde. »
Marceau ensuite, déchirant brusquement les nuages dont le démon cherche à envelopper les esprits que Dieu sollicite : « Voyez-vous, mon