LIVRE II. - CHAPITRE IV
« cher ami, lui dit-il, dans la religion catholique <( tout est tellement lié, que quiconque admet « une vérité est obligé de les admettre toutes, a même sans en avoir l'intelligence. Ainsi vous « reconnaissez que l'Église est dépositaire de la « vérité; dès lors vous êtes invinciblement con- « duit à reconnaître tout ce qu'elle enseigne. Or, « vous le savez, ajoute-t-il, et cela est effrayant, « elle enseigne que pour l'homme en péché mor- « tel il n'y a pas de mérite dans les bonnes ac- <x tions, en sorte que ce que vous pouvez faire de « bien aujourd'hui, ne vous sera pas compté pour <( le ciel au jour du jugement dernier, ne vous « donnera droit à aucune récompense. Ces bonnes « œuvres, il est vrai, sont très-utiles et elles ser- « vent à attirer sur vous la continuation des misé- « ricordes de Dieu, pour vous obtenir peut-être « d'arriver lentement à lui ; mais ces mêmes ac- « tions faites en état de grâce vous mériteraient « des faveurs nombreuses. » Et Marceau par cette considération exhorte son ami à ne plus différer à se rendre. Mais allant au-devant d'une objection qui devait naturellement se présenter, et supposant que son camarade trouve, cette doctrine incompréhensible : <c II ne s'agit pas de savoir, « ajoute-t-il, si vous ne pouvez faire accorder cette à manière de voir avec vos idées de la justice de « Dieu. Ce n'est pas là la question. Il est clair que « notre misérable intelligence ne sait pas décou-
« vrir tous les rapports du fini à l'infini. Aussi « Dieu est-il venu en la personne adorable de « son divin Fils les enseigner aux hommes , et il « a donné le soin à son Église de les leur trans- « mettre d'âge en âge , et il sera, a-t-il dit, avec a cette Églisejusqu'à la consommation des siècles. « Voilà ce qu'il y a de positif, d'irrécusable, d'irré- « fragable, et tous les sophismes de votre orgueil ne « sauraient rien faire contre l'immuable Vérité qui « a été, qui est et qui sera jusqu'à la fin des siècles « et durant toute l'éternité. »
Qui ne remercierait Dieu, en lisant ces paroles, de la fermeté que produit la foi dans l'âme ! Quel autre que le catholique peut dire sans hésiter : Je crois, je suis certain ? et que le moyen qu'a pris Jésus-Christ pour nous transmettre sa doctrine [l'enseignement de l'Église) est bien approprié à la nature et à la faiblesse de l'homme ! Une fois qu'il a reconnu ce roc inexpugnable , et qu'il y a mis le pied, l'enfant de Dieu n'a plus aucune recherche à faire... Car l'Église , c'est Dieu parlant à l'homme.
L'officier qui voulait et ne voulait pas avoue que la parole de Marceau l'écrasait; il était devant lui sans réponse. (En général, les formes incisives plaisent aux militaires. ) Mais en même temps son ami l'attirait par sa douce charité. Après s'être exprimé avec tant de force , il continuait ainsi : « Poussé par le Seigneur, vous êtes venu, malgré