LIVRE II. — CHAPITRE IV
a vos projets bien arrêtés, vous êtes venu confier « vos misères à un pauvre pécheur comme vous, « n'ayant d'autre caractère à vos yeux que celui « d'ami, d'ami chrétien, il est vrai; et parce que ce « misérable a pu vous dire d'avoir confiance en « Dieu, si miséricordieux auteur de vos peines, et « de prier, vous avez prié et vous avez éprouvé « quelque soulagement. Cet ami a ajouté et il vous « répète qu'il ne peut rien pour l'entière guérison « de votre àme, mais qu'il connaît un remède à « vos maux. Pourquoi ne le croiriez-vous pas enci core cette fois? Et que ne devez-vous pas es- « pérer de ce qu'il vous dit de faire? Remarquez <( que ce n'est pas sur des on dit que je vous en- « gage à recourir au remède, c'est sur mon expé- « rience propre, c'est pour avoir éprouvé tout ce u qu'il a de souverain. Allez, allez, mon cher ami, u allez vous faire pardonner vos fautes, et la joie « rentrera dans votre cœur. Vous êtes effrayé des « forces qu'il vous faudra déployer pour faire les « sacrifices qu'on exigera de vous. Rappelez-vous « donc que notre divin Sauveur, en nous disant « de prendre notre croix pour le suivre , nous a « promis qu'il nous aidera à en supporter le poids. « Tout ce qu'il demande de nous, c'est que nous a nous mettions franchement à l'œuvre. Vousrai- « sonnez toujours au point de vue humain; mais « Jésus-Christn'est point unphilosophe qui, comme « Zenon, vient dire : Niez la douleur; c'est un
« Dieu qui dit : Acceptez la croix, et je vous vien- « drai en aide et je vous inonderai de consola- « tions. Voyez-le bien, mon cher ami, la vérité « est dans la religion catholique, elle n'est que là ; « tout le reste est vanité, mensonge, et ne saurait « vous conduire qu'au malheur dans cette vie et « à la perte éternelle. Dieu est assez bon pour « vous avoir averti des dangers que vous couriez; « n'abusez pas de sa miséricorde. C'est avec l'es- « pérance qu'avant peu vous m'apprendrez une « bonne nouvelle, que je continue à prier pour « vous et à me dire votre tout dévoué frère en « N.-S. — A. Marceau. »
Et la citadelle tomba !... Celui que la grâce avait renversé fit bien des fois vingt-huit lieues (et il n'y avait pas de chemin de fer) pour commencer, continuer et achever sa confession générale, « qui, nous disait-il naguère, fut fort longue». Dieu l'avait terrassé à force de remords. «Les peines que «j'avais éprouvées, nous ajoutait-il, étaient un « avant-goût de l'enfer! »
Lorsque Marceau apprit cette glorieuse conquête à laquelle il avait eu tant de part, sa félicité ne connut plus de bornes. « La joie que vous res- « sentez, écrivait-il au converti, ne saurait égaler « celle qu'on éprouve en voyant une pauvre âme « égarée qui a retrouvé la voie du bonheur véri- « table. » « Qu'elle est vraie, s'écriait-il encore « dans ses transports de zèle, qu'elle est vraie