LIVRE II. — CHAPITRE IV. 17S
« de l'intelligence, est bien autrement forte et iné- « branlable; et elle ne saurait plus être soumise « aux oscillations causées par l'imagination et la « sensibilité. » Ensuite Marceau fait remarquer à son ami que si la grâce seule a triomphé de son âme, c'est néanmoins surtout par l'action de ces deux facultés (sensibilité et imagination) qu'il a été amené à reconnaître et à embrasser toutes le? vérités catholiques, a Ce qui a suffi , ajoute-t-il , et pour vous faire revenir à Dieu, pourra ne pas et suffire pour vous maintenir dans le bonheur « dont vous êtes enivré. Ces deux facultés, qui « tiennent plus du corps que de l'âme, sont su- « jettes à errer et à entraîner notre volonté; au- « jourd'hui elles sont en vous de dociles instru- « ments de Dieu, mais plus tard elles voudront « se mettre au service de votre ancien maître , et « alors il faudra que la volonté calme ait à leur a opposer leur souveraine , l'intelligence , cette « faculté sur laquelle le démon n'a pas d'influence « directe. Allez donc chercher dans la méditation a la démonstration des vérités catholiques qu'au- « jourd'hui vous goûtez. Dieu au commencement « fait tout en nous. Il faut profiter de ce moment, « afin de nous préparer des moyens de défense « contre l'ennemi pour le jour où le Seigneur a nous soumettra aux épreuves; sans l'épreuve il « n'y a pas de mérite. Adieu, mon bien cher ami, « adieu. Continuons de prier l'un pour l'autre.
« Considérons que nous ne pouvons rien par u nous-mêmes, et que toujours nos cœurs unis « dans les Sacrés Cœurs de Jésus et de Marie, bé- « nissent le jour où nous nous sommes rencontrés « au pied de la croix. C'est là que je puis me dire « en vérité votre frère dévoué en Notre-Seigneur, « — Marceau. »
L'ami de Marceau est converti, il est tout à Dieu. A dater de ce jour, notre admirable lieutenant de vaisseau, qui autrefois se reprochait d'avoir tardé quatre jours à lui répondre, commence à laisser des lettres de lui sans réponse. Puis nous retrouvons encore quelques pages de temps à autre, puis sa correspondance meurt. C'est un disciple de Paul : « J'oublie tout ce qui est en arrière : Je vais « en avant (1) ! »
Faut-il ajouter que l'honorable commandant dont nous avons esquissé l'histoire est devenu un homme de prières et de bonnes œuvres, un des chefs les plus distingués des conférences de Saint- Vincent de Paul, un intrépide et éloquent défenseur de la religion, et que, lorsque vingt ans après, la Révolution et l'Hypocrisie se liguèrent contre- Pie IX, il marcha tôle levée, arrachant tous les masques, soutenant les faibles par ses paroles et par ses exemples, réprouvant toutes les équivoques
(1) Qux relrà sunt obliciscens , ad ea verà qux sunt priora extendens meipsum.