LIVRE II. — CHAPITRE IV
« aussi l'ai-je toujours nommé le premier dans « mes prières.» Cet officier devint un modèle. On le voyait (1864) chaque malin, à cinq heures, faisant son chemin de croix, autre Marceau, avec la foi du centurion se frappant la poitrine au calvaire. Enfin, en 1869, il entrait au noviciat de la compagnie de Jésus; et, en 1876, prêtre et jésuite, il rendait à Brest à d'autres officiers les biens qu'il avait reçus du ciel par l'entremise de Marceau. Que le révérend Père de Plas nous pardonne de soulever, ad majorem Dei gloriam, le voile que nous avions jusque-là laissé sur son nom dans nos éditions précédentes.
Nouveau trait de zèle. Un officier avait entraîné dans le mal une personne d'une honnête famille, et par ses prodigalités il subvenait à ses folles dépenses. Tout à coup un ordre le force à s'éloigner : la malheureuse paraît inconsolable. « Tranquillisez-vous, lui dit-il, je vous laisse « mon camarade Marceau; il est généreux, il aura soin de vous. » La femme se présente. Dès que Marceau peut démêler, au milieu des pleurs qu'elle répand, le but de sa visite : « Celui qui « vous a envoyée, dit-il, s'est trompé. Madame, « je suis converti. Vous auriez bien besoin d'en « faire autant vous-même pour vous donner à
« Dieu... Allez, madame, allez àYéglise passer une « demi-heure devant le saint sacrement, et ne re- « mettez pas les pieds chez moi avant de l'avoir « fait. » A ce début inattendu et qu'elle ne peut s'expliquer, ses larmes redoublent. « Il y a quatre « ans que je n'ai mis les pieds à l'église, s'écriea t-elle en sanglotant. » Marceau se lève, et lui indique la porte d'un œil sévère : « Faites ce que je « vous dis ou ne reparaissez plus chez moi. » Elle sort. Quand elle revint, elle était dans une agitation voisine du désespoir. « Avez- vous prié? « lui demanda Marceau. — Je n'ai pas prié, je ne « sais pas de prières. Je suis allée à l'église comme ((vous l'avez voulu. » — Madame, il faut prier... a Oui , je veux vous être utile ainsi que l'a dit « M.N..., mais non pas comme il l'entend. » Il ne négligea rien pour la calmer, la porter à Dieu, la renvoya à l'église une demi-heure encore, et cette fois pour y prier sincèrement. Elle le fit, et s'en trouva bien. Sans doute aussi, dans le même moment, le fervent lieutenant de vaisseau offrait à Dieu de touchantes supplications pour elle. Il ne s'en tint pas là. « Vous devriez vous confesser, madame, « lui dit-il, la paix et le bonheur sont à ce prix, a — Je ne connais pas de prêtres. — J'en connais u un. » Il la conduisit lui-même, avertit le prêtre; elle se confessa et communia.
Lorsque le jeune officier revint, il fut aussi irrité que surpris d'un tel changement, et rien ne