CARRIÈRE MILITAIRE DE MARCEAU DEPDIS SA CONVERSION
(1841... 18W inclusivement.
Marceau, par ses talents, était en voie de parvenir haut et vite, au témoignage d'officiers trèséclairés. Toutefois on l'oublia, et quoiqu'il fût le premier sur la liste d'avancement, ses camarades passaient avant lui. «Le Seigneur, disait-il un jour, « dans sa miséricorde, a eu pitié de moi ; il a vu « que j'étais un orgueilleux, et que je n'aurais pu « revenir à lui, si j'eusse été trop élevé. » Cependant, même avant sa conversion, il avait été inscrit sur la liste des capitaines de corvette, ainsi que plusieurs lieutenants de vaisseau. Mais le roi Louis- Philippe, désirant conserver en activité de service les anciens officiers de marine qui, par suite de cette promotion, devaient être mis à la retraite, six nominations, et entre autres celle de Marceau, furent rayées. Bientôt ses camarades ainsi ajournés furent de nouveau, l'un après l'autre, élevés à ce grade. Marceau seul resta en arrière, dévorant sa colère et son dépit avec une tranquillité apparente, et attendant chaque jour une nomination qui ne pouvait plus tarder.
Dans cet intervalle, se passa tout ce que j'ai raconté. Dieu avait éclairé son esprit, touché son cœur, il était un autre homme. Ses camarades, ses amis ne savaient plus ce qu'il devenait; on ne le voyait plus au café, plus au théâtre... Tout à coup un matin , à six heures, un officier l'aperçoit sortant d'une église. « Ah ! voilà l'énigme : // est devenu bigot , » dit-on, et il fut le point de mire de mille traits satiriques. Il n'a jamais fallu beaucoup d'esprit pour tourner en ridicule la vertu. Quelques-uns disaient qu'il avait pris le parti de la dévotion pour gagner les bonnes grâces de lareine Amélie dont la piété était connue , et par son moyen parvenir plus vite et sans coup férir; mais on n'osait lui adresser en face ces plaisanteries, peut-être parce qu'elles n'étaient, chez plusieurs, que les remords mal déguisés de consciences réveillées par ses exemples, et que du reste son noble caractère était connu.
Une circonstance toutefois parut favoriser ces inventions calomniatrices.
On venait de construire, suivant un système nouveau qu'on disait supérieur, mais que plusieurs officiers habiles n'approuvaient pas, le yacht royal qui prit le nom de Comte d'Eu, pour l'usage de la famille de Louis-Philippe. Le capitaine de ce navire privilégié n'était pas encore nommé, et plusieurs, dit-on, sollicitaient cet honneur. Or celui qui fut appelé à commander le Comte d'Eu