‹ Auguste Marceau, capitaine de Frégate, commandant de l'Arche d'allianceChapitre 96 sur 178 · LIVRE II. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE V

et qui n'avait fait aucune démarche, fut Marceau. Il est vrai que , les cinq autres lieutenants de vaisseau éliminés ayant tous passé au grade de capitaine de corvette , cette faveur lui était accordée comme dédommagement, et comme gage assuré d'obtenir bientôt lui-même le grade auquel il avait droit. Néanmoins quelques esprits jaloux s'émurent, et cette circonstance ranimant les soupçons qui avaient été élevés sur la sincérité de sa conduite : « Voilà, disaient-ils, le dénouement « de cette intrigue dévote que l'hypocrisie cer- « tainement a préparée, on ne peut plus en dou- « ter maintenant. » Pour lui il reçoit avec calme îa nouvelle de sa nomination, quitte le Tartare, à bord duquel il avait été embarqué , ainsi que nous l'avons vu, peu après sa conversion, part de suite pour Indret, et prend le commandement du yacht royal pour le conduire à Lorient.

Le roi Louis-Philippe , en venant à bord , devait lui-même remettre à Marceau le brevet de capitaine de corvette.

Une distinction si flatteuse aurait tenté tout autre que notre ami ; de plus, en dehors de ses frais de table, sa solde devait être portée à près de 7,000 francs, et nous apprenons dans une lettre à sa mère, que, tout en se proposant de faire une large part aux exigences de sa position, pendant le séjour de la famille royale au château d'Eu, il se réjouissait de mettre. 4,000 francs d»

côté par an pour ses pauvres , et pour ses dettes.

Mais le digne homme examina à Lorient et pendant le voyage, avec le plus grand soin, le nouveau bâtiment et sa machine, et il prit son parti. « Je ne puis , dit-il , en honneur et en « conscience , accepter le commandement d'un « navire qui , à mon avis, est mal fait et qui , sous « ma responsabilité , pourrait compromettre les « jours de la famille royale. »

Quelques susceptibilités se trouvèrent en jeu dans cette affaire ; Marceau ne tint compte que de la vérité, et malgré les avantages que devait présenter la mission qu'on lui confiait, malgré une certitude d'avancement et de récompenses, il n'hésita pas à faire ressortir, devant deux Commissions et devant le prince de Joinville lui-même, les défauts de la construction et des machines. Plusieurs ne lui pardonnèrent pas d'avoir eu raison. D'un autre côté, ceux qui s'intéressaient à lui ne comprenaient pas tant de générosité. L'amiral de Joinville lui-môme disait : « Marceau est a un fou de refuser tant d'avantages ; mais c'est « un homme d'honneur; il ne sait pas parler « contre sa pensée. » Et en montant à son bord à Lorient : « Marceau , lui dit le Prince avec noce blesse, mon estime pour vous redouble. » Quant à l'honorable commandant, sans se laisser ébranler ni par les amis, ni par les adversaires, ni par les compliments , ni par les reproches, il

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