LIVRE II. — CHAPITRE V. Ifc
« au ministre. Quand on a connu l'illustre amiral « Duperré, il est facile de comprendre la scène « qui dut suivre.
« Marceau aussitôt grandit et s'éleva dans l'oa pinion de la marine militaire , de toute la hau- « teur que méritaient et son intelligence et sa « fermeté héroïque. Quelle que dût être l'issue « de la lutte, chacun savait qu'il allait briser en- « tièrement sa carrière, ou du moins, si quelque « prince voulait le soutenir, l'embarrasser de « difficultés inextricables (1). »
Plusieurs de ceux qui s'étaient crus en droit de taxer notre ami d'hypocrisie, admirèrent franchement sa conduite. « Il paraît bien, disaient- « ils, que son changement est le fruit d'une con- « viction profonde; beaucoup d'autres n'auraient « pas agi aussi noblement. » Un amiral préfet le mit à une place d'honneur dans un splendide repas donné à la commission du yacht, malgré les nombreux dignitaires qui y assistaient. L'amiral de la Susse qui commandait alors l'escadre de la Méditerranée, était émerveillé de la généreuse loyauté de Marceau, et il le témoignait hau-
(1) A celle époque (1842) deux ou trois officiers, parmi'lesquels Marceau, pouvaient seuls jouler avec nos meilleurs ingénieurs. Depuis, plusieurs des officiers militaires se sont mis au niveau de la science, et par un effet nécessaire l'influence du Génie maritime a baissé en proportion. (Noie fournie par ua officier supérieur, le 17 mars 1860.)
tement. Oa a même dit qu'il fut question de lui faire une ovation à son retour. Marceau que les accusations d'ambition et d'hypocrisie, puis d'ignorance et d'entêtement, n'avaient pas touché, fut épouvanté celte fois; il craignit, nouveau converti qu'il était, que la fumée de la gloire mondaine ne vînt à le surprendre, et, passant à Lyon, il monta tout exprès à Notre-Dame deFourvière, pour supplier la sainte Vierge de le préserver des louanges des hommes, et de faire en sorte que sescamarades ne lui témoignassent que de l'indifférence. «11 fut « exaucé,» ajoutait-il, et on l'accueillit assez froidement. Cette grâce, qu'il disait fort grande, l'affectionna singulièrement au pèlerinage de Fourvière. Plus tard (en 1845), quand nous le voyions sans cesse monter et descendre par le chemin escarpé de la chapelle, il nous disait : «J'ai obtenu dans « ce sanctuaire d'échapper à un grand danger. »
11 obtint encore plus (car, pour nous conformer à son langage, il faut appeler faveur ce que d'autres appellent affliction); et il parut, après cette honorable conduite, avoir été soumis à une espèce de disgrâce; on semblait aussi embarrassé de lui que du yacht. « Eh! bien, dit un officier « supérieur à l'amiral de Joinville, on oublie « Marceau, parce qu'il a été loyal. » L'amiral, qui appréciait la noblesse d'âme et les qualités du lieutenant de vaisseau , fit entendre que parfois il est certaines exigences que les princes sont