DESSIN DE RAVIER — 30RDS DE RIVIERE, A PONCINS (LOIRE
l’air, il y a des nymphes et des faunes antiques l’été, par certains vents, sur la mousse, au bord des eaux ou dans les bois, même à cette heure de midi où erre ce démon dont l’Ecriture dit de se méfier; mais surtout, il y a les ineffables tendresses du soir, choses intraduisibles par la parole, vaguement indiquées par la couleur et la forme et qui nous charment comme une musique dont il est impossible de rendre exactement les sons.
« Je suis un artiste inachevé, vous prêcherez plus tard. Il est des choses que vous pouvez faire voir, mais cachez les autres... »
« Votre lettre m’a fait plaisir non par les éloges dont on me gratifie et que je n’accepte pas, mais parce que je vois que sans les chercher je rencontre de ferventes sympathies par ci parla; une de
ces âmes, sœur de la mienne, qui poursuivent aussi leur rêve d’infini (tiens! un alexandrin), sera toujours la bienvenue chez moi.
Je dis, votre lettre m’a fait plaisir et peur aussi, je vais vous confesser mes faiblesses. Je ne sais si cette affreuse chose, qu’on appelle la queue de morue, ne va pas me donner des cauchemars. Vous ne sauriez croire combien cet appendice que Dieu n’avait fait que pour les terre-neuve ou les oies (si l’homme n’était pas si bète), m’inspire de répugnance. Je croyais en avoir fini avec lui, lorsqu’à la noce de mon beau-frère j’avais été décommander à la Belle Jardinière cette enveloppe que je remplaçai par des habits de chasse. Toute une histoire qui vous fera rire. Quoi qu’il en soit, je me disais : bon ! à présent, mon futur habit sera fait de chêne et de sapin. Et vlan ! j’aperçois cette horreur à l’horizon.
« Autre chose plus terrible encore : je crains de passer à vos yeux pour un organisé plus ou moins entaché de genre; je crains de poser, car personne plus que moi ne comprend le peu que nous valons et le peu que nous sommes(tiens ! un autre alexandrin, il faut surveiller sa plume). Si j’étais Victor Hugo, ou seulement roi, je voyagerais toujours incognito et en paletot. Il ne faut pas plus s’enorgueillir des choses de l’esprit que des dons de la beauté; c’est don de la nature et non mérite. Pour moi ce n’est pas Victor Hugo, ce ne sont