REPONSE DE FRANÇAIS LE 8 NOVEMBRE
« Cher ami,
« Je reçois votre lettre à l’instant et ne veux pas que ma réponse tarde à vous arriver.
/( Je serai bien heureux si je puis contribuer à vous faire rendre justice en compagnie de nos excellents amis X. et Y. J’ai déjà fait plusieurs démarches et je continuerai. Dans ma seconde lettre au directeur des Beaux-Arts, je lui demande de me ménager une
LETTRE DE RAVIER A M. B... QUI VOULAIT FAIRE DE LA RECLA- ME AUTOUR DE SON NOM... PUBLIER UNE BIOGRAPHIE, ETC.
entrevue avec M. le Ministre que je ne connais pas personnellement (ils changent si souvent). J’espère beaucoup de X... avec qui j’ai fait, le 8 octobre, l’inauguration du monument de J. Dupré. Nous
en sommes restés amis et pourtant il a laissé ma première lettre sans réponse.
« J’irai encore le voir demain, mercredi, je ne le lâcherai plus. »
« Je réponds en gros à la dernière partie de votre lettre dont je vous sais le plus grand gré, mais je vous prie de suspendre la publication. Il y a beaucoup de vrai, mais je trouve prématuré et contraire à mes principes de me poser comme une espèce de grand homme. Il faut pour cela qu'une espèce de succès puisse excuser cette prétention. Il faut attendre.
Si on tombe, on tombe de moins haut et l’on est resté dans la modestie qui convient au sage; ensuite, il ne faut nommer personne. Je crois comme vous qu’il çst dçs artistes lyonnais à qui j’ai pu être utile. J’ai pour cela le témoignage de Chenu, de Daubigny et de quelques autres, mais ce n'est pas à moi à le dire. D’autres ont été évidemment
rebelles à mon influence et pourraient justement réclamer d’être nominalement exceptés.
« Je ne veux jamais me poser en maître, tout enchanté que je
sois de pouvoir être utile à ceux qui veulent bien me demander des conseils. Il n’y a qu'une chose qui puisse intéresser le public : l’œuvre! Quant à la biographie, attendons le tombeau pour voir (s’il y a lieu). Dans nos temps de reportage et de pose, réaction-
nons et rappelons-nous la simplicité de vie et de moeurs de nos grands hommes, Poussin et Lorrain, pour ne nommer qu'eux... Oui, je crois qu’il est des éloges que je puis mériter, mais qu’est-ce
que cela fait au public qui peut dire : réclame, réclame, et à quion donne le droit de contredire. Croyez-vous que je sois cela pour tout le monde ? Pour d’autres que vous je suis un ours, un égoïste, un sauvage mal éduqué, un être personnel, autoritaire, misan-
thrope, c’est-à-dire un homme qui, voyant les choses comme elles sont, a la franchise de le dire. Il vaudrait mieux être voleur, peut-être assassin. Grévy passe l’éponge et vous blanchit. Mais
moi, je ne suis pas blanc pour tout le monde, ; allez! J’ai le courage de le dire et de m’en consoler. Ne faites pas mon éloge pour ne pas réveiller le chat qui dort. »
Ici s’arrête la série de lettres de Ravier dont nous avons la disposition.
La dernière est écrite en janvier 1 894. A partir de cette époque, sa santé s’affaiblit progressivement jusqu'au 25 juin 1 895, date de sa mort. Il la vit arriver avec calme. Les sentiments spiritualistes et chrétiens qu’il avait toujours professés et la dignité de sa vie laborieuse adoucirent ses derniers moments.
Il conserva la lucidité de son esprit et mourut sans souffrances, après avoir exprimé simplement d’une façon touchante les sentiments qu’il éprouvait pour sa famille, ses amis, ainsi que sa confiance en la Providence. Il laisse un vide profond dans le cœur de tous ceux qui, l’ayant connu, ont su apprécier son caractère et son talent.