‹ Auguste RodinChapitre 30 sur 39 · L'EMPRISE · texte numérisé non relu

L'EMPRISE

ne mnémonique, un trait qu'il retrouvera lorsqu'il recommencera l'œuvre. Ce travailleur obstiné est un patient ; il retouche sans cesse, il recommence sans cesse, il cliche l'idée dès sa venue embryonnaire sur le papier ou dans la glaise et la note sculptée, la petite note d'argile modelée vite, en fièvre, sous la dictée du moment, il la met de côté, se créant ainsi comme un carnet de sa pensée artiste ; c'ést Mpar ices rapts prompts à la vie, par ce système de notations superposées, cet élan discontinu mais opiniâtre vers les réalisations d'une idée, qui n'est jamais qu'une facette de son idée générale, par la recherche patiente d'un mode d'arrangement qui soit le seul d'accord avec la vérité décorative et la vérité du mouvement, qu'il parvient de la belle esquisse au chef d'œuvre,

de la vérité lo-

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LA PENSEÉE.

cale à la transfiguration, et que par exemple du buste réaliste et vigoureux de Hugo, il s'élève au grandiose héros qu'il entoure de Muses, de Renommées, et d'Océanides pour le Luxembourg et le Panthéon? Rodin ne discourt pas, mais il ne se refuse point à parler de ce qu'il fait; par phrases certaines et brèves, par des intonations murmurées à mi-voix, il jette des clartés sur son art propre et sa conception générale de l'art. Son goût de critique admet des époques, des âges de floraison pure, où la vie plus harmonieuse à favorisé des élans, des créations, des individualités, des ensembles. Il aime l'Hellénisme,

le Gothique, la Renaissance. Il regrette du moyen âge d'art

certaines études patientes, les longs apprentissages auprès dun maitre, la parfaite connaissance des métiers d'art chez les vieux artistes ou artisans. Il admirera combien dans une architecture du XVI: siècle, dans un chàteau commeChenonceaux, tout est en place, que les subordonnés obéissaient avec un dévouement absolu au maître d'œuvre, l'architecte, que personne ne cherchait à briller à part, que tous faisaient leur métier en conscience et le connaissaient à fond.

On perçoit quelquefois chez lui (et cela concorde avec sa théorie des belles époques de plénitude d'art comme le regret d'un temps qui lui eut permis, comme aux vieux tailleurs d'images, d’entrainer sous une forte discipline, nombre de bons artisans et d'artistes obéissants et appliqués, des élèves diligents, des praticiens habiles et nombreux qu'il eut occupé au dégrossissement des monuments inspirés par ses maquettes.

Il n'aurait pas trop de cent bras pour fixer dans le marbre et le bronze tout le rêve qu'il confie à la glaise, et ainsi plus facilement il peuplerait les villes de grands ensembles décoratifs. Non, sans coquetterie, il s'attaque parfois au souci de l'originalité, qui à notre époque lui semble un complément ingénu du développement excessif de la personnalité ou tout au moins du désir de la personnalité à tout prix. Mais il faut s'entendre. Sa maitrise, soit quil ait en sa première manière fait aboutir une étude complète et précise des structures, soit qu'il ait dans sa seconde manière, modifié la sculpture, qu'il l'ait rendue lumineuse et caractériste, qu'il l'ait associée au grand mouvement impressionniste, sa maîtrise n'est complète que parce quil a

été un reformateur. La sculpture depuis lui, n'est plus abso-

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