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Il est dit dans les écrits hippocratiques que toute plaie contuse doit être conduite à la suppuration pour être vite guérie, cet aphorisme sera utilisé par les partisans des suppuratifs et pourrissants.
Hippocrate veut qu'on panse les plaies légèrement, rapidement et qu'on agisse de façon à causer au patient le minimum possible de douleur. Pour panser les plaies : il n’est point besoin de les torturer.
Dans les siècles qui vont suivre on tendra, progressivement à compliquer les choses, les chirurgiens oublieront que le rôle principal dans la cicatrisation des plaies incombe à la nature, certains d’entre eux croiront devoir établir, si bizarre que cela paraisse, une certaine analogie entre les plaies et l'estomac : ce viscère transformant en « chair » ce qu'il ingère, ils penseront que les plaies pourraient bien en faire autant de tous les onguents, baumes et autres drogues, qu'on mettrait en leur contact ; Paracelce qui, lui-même, contribua à enrichir la pharmacopée d'une foule de médicaments d'efficacité douteuse, s'éleva contre celte conception. « Arrière, dit-il à ceux qui se croyan{ plus sages que la nature, s'efforcent de troubler sa marche sous prétexte de lui porter secours. il n’y a point de médicaments incarnatifs, la nature seule pourvoit à l’incarnation des plaies, cette théorie des anciens chirurgiens vient d'une étrange comparaison entre l’action d’une plaie et celle de l'estomac ; et comme les aliments portés dans l'estomac se transforment en chair vivante, ils ont pensé aussi que les plaies avaient un estomac capable de digérer les médicaments et de les transformer en chair ». (Traduction de Malgaigne).
C'est surtout du XII au XVI° siècle que la méthode
suivie dans le pansement des plaies devient de plus en plus bizarre, que les drogues se multiplient et se compliquent à loisir. Drogues engendrées au milieu des discussions subtiles des Pique
On ne s’attachera pas à à rechercher la réunion immé-
diate, iet alors s’établira progressivement le règne tout
puissant des bourdonnets, tentes, mèches et autres tampons, qu'on emploiera pour dilater et exciter les plaies ; “on renouvellera les pansements ? et 3 fois par jour, pardois plus souvent encore, On fouillera les plaies avec les doigts, avec des sondes, tout cela s’accompagnant pour le blessé d’atroces souffrances qui feront dire à Belloste :
«On n'entend que des cris et des hurlements à l’heure des pansements, qu'on est obligé de faire. Mais à cette occasion on ne peut trop recommander aux chirurgiens
d’en user le plus doucement qu'ils pourront envers les
malades, car il faut avouer qu'il y en à quelques-uns
parmi eux qui croiraient ne s'être pas acquittés de leur devoir, s'ils n'avaient fait crier pendant un grand espace de temps ceux qui sont entre leurs mains ; ce qui fait croire à beaucoup de gens que la chirurgie est inséparable de Ja cruauté » (1)
Il surgira bien de temps à autre un esprit observateur qui s’élèvera contre la nécessité de seconder si activement la nature. Sa voix ne sera pas écoutée. |
Si les chirurgiens d'aujourd'hui avaient à choisir entre les deux alternatives suivantes :
1°. — Panser les plaies avec un matériel septique ou
(1) Chirurgien d’hôpilal, Tome I, page 43.
mieux hyperseptique : avec de la gaze, de l’ouate, des
drains ayant traîné un peu partout, maniés par des mains souillées de toute la flore microbienne que peut
contenir un hôpital.
2°. — Toucher aux plaies le moins possible.
Il est infiniment probable que la seconde méthode serait jugée préférable. |
Quelques chirurgiens «les siècles passés ont vaguement entrevu les avantages d'une méthode voisine de l'expectative. Ils préconisèrent il est vrai, cette expectative d’une façon des plus relatives. Leur mérite n’en est pas moins grand pour cela. Au premier rang de ces hommes se place Belloste ; mais il faut dire que d’autres avant lui préconisèrent dans le pansement des plaies une conduite voisine de celle exposée dans le « Chirurgien d “Hôpital » :
Ce furent : Jean Languis — Septalius, et surtout César Magatus. :
JEAN LANGIUS naquit à Lœuvenberg, en Silésie, en. 1485, étudia d’abord à Leipzig où il prit ses degrés de maître ès arts en 1514. Revêtu de ce grade, il enseigna à Leipzig la Cosmographie.
Il voyagea en Italie, se fixa à Pise et y étudia la médecine ; de retour en Allemagne, il enseigna cette science à Heidelberg.
11 fut médecin des 4 électeurs palatins : Louis, Frédéric Il, Othon Henri, Frédéric III.
Jean Langius mourut à Heidelberg le 21 juin 1565.
Langius critique amèrement la méthode suivie par ses
contemporains dans le pansement des plaies, il ne veut
pas qu'on y introduise du crin de cheval ou d’autres animaux, et qu'on les y soutiennent par le moyen de compresses ou plumeaux ; ce sont, dit-il, des corps étrangers qui s'opposent à l'issue de la sanie de la plaie et qui la font refluer, dans les interstices des muscles, l’obligent à se frayer de nouvelles routes sous la peau ou la font rentrer dans la masse des humeurs,
Portal (1) dit : « Ce conseil est salutaire ; si les chirurgiens qui sont venus après Langius y avaient fait attention, on aurait épargné à Belloste les frais de sa dissertation sur l’abcès des tentes et pelotes. ÿ
Les premiers chirurgiens qui eurent à s'occuper des blessures produites par les armes à feu, furent frappés de la gravité qu’elles comportaient, ils supposèrent qu’à l'action traumatique il fallait adjoindre une action toxique ; ainsi naquit la fausse conception de la « vénénosité ;, des plaies produites par les armes à feu. On préconisa plusieurs méthodes pour conjurer ce péril imaginaire ; les uns, s’adressèrent au fer rouge , d’autres répandirent de l'huile bouillante sur les blessures, d’autres enfin trouvèrent plus simple de recouvrir les plaies de poudre à canon et de l’enflammer à leur surface.
Jean Langius s’éleva contre ces procédés, mais sans être écouté ; il ne faudra rien moins que l'autorité d’Ambroise Paré pour faire cesser une méthode aussi inutilement cruelle.
Langius est grand partisan des emplâtres, agglutinatifs,
cicatrisants et autres : « Quelle bizarre façon de penser,
(1) Portal, Histoire de l’Analomie et, de la Chirurgie (1770). (Tome IT, page 276).
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dit Portal, quelle inconstance, Langius dans un autre chapitre défend toute introduction des corps étrangers dans les plaies et ici il en ordonne l'usage ! »
L'Histoire est prolixe de renseignements biographiques
sur Septalius :
SEPTALIUS, connu encore sous le nom de Septalla, naquit à Milan le 27 février 1550. |
Il fut, semble-t-il, d’une précocité extraordinaire : à 16 ans, il soutint avec distinction des thèses publiques de philosophie devant Saint Charles Borromée, archevêque de Milan. Septalius étudia la médecine à Pavie, et il se distingua si vite qu’à 23 ans il fut nommé professeur ; sa renommée alla croissant, et dans la suite il occupa les plus hautes situations, entre autres, celle inattendue pour un médecin : d’historiographe de Philippe III, roi d’Espagne.
En 1629, la peste ravagea Milan ; Septalius en fut atteint, mais en guérit ; ce n’était pas la seule épreuve qui lui était réservée ; peu de temps après, «il tomba dans une apoplexie qui lui fit perdre l'usage de la voix et de la moitié de ses membres »; il en guérit encore, mais la mort le guettait, bientôt « à une santé languissante, il survint une fièvre ardente avec un flux du ventre » (Portal) qui enleva Septalius le 12 septembre 1633.
Septalius a émis une foule de conceptions des plus bizarres : il prétendait que les taches et tumeurs congénitales, étaient dues à « l'imagination frappée » de la mère, il prétendait encore qu'il était possible de déterminer, par la position particulière d’une tache sur le visage, la situation d’autres taches sur Îles autres parties du corps,
No
en supposant bien entendu qu'il en existât. La tache, ditil, qui a son siège au front en suppose une autre à la partie antérieure de la poitrine, « comment, dit Portal ‘une telle CORSÉUECe peut-elle être déduite par un grand homme. »
Septalius croyait aussi pouvoir prédire 1 avenir par la seule inspection des traits du visage.
A côté de ces extravagances, on trouve dans l’œuvre de Septalius de sages conseils en ce qui concerne la con-
duite à tenir dans le pansement des plaies : Septalius blâme l'usage des tentes et bourdonnets, et veut qu'on s'applique à rechercher la réunion.
CÉSAR MAGATYUS, naquit en 1579, à Scandiano, de
parents aisés qui lui fournirent une solide instruction,
Comme Septalius, il semble que lui aussi ait été extra-
ordinairement précoce ; dès son jeune âge, il se distinoua de ses condisciples, par son zèle pour le travail, la pénétration de son jugement et la justesse de ses conceptions.
On l’envoya étudier la médecine à Bologne, il fut reçu
docteur à 17 ans. De retourà Scandianoil s’y acquit
l'estime de ses concitoyens. Le marquis de Bentivoglio l'attira à Ferrare où il vit sa réputation augmenter. L'histoire nous apprend que César Magatus, était dans le traitement des plaies beaucoup plus heureux que ses confrères qui suivaient une méthode opposée à la sienne, les praticiens de Ferrare en furent jaloux, ils voulurent interdire à Magatus, d'y exercer son art sous préteste qu'il n'était pas docteur de l’Université de leur ville ; la protection du marquis de Bentivoglio changea complète-
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ment les choses ; Magatus finit même par obtenir une chaire à Ferrare.
Quelques années plus tard étant tombé malade, il entra dans les ordres (1). Magatus mourut en 1647 à la suite de l'opération de la taille, lui qui durant son existence avait taillé avec succès un nombre prodigieux de calcu- Jeux. i
L'œuvre de Magatus se rapproche par plus d’un point
de celle de Belloste :
César Magatus pense que l'air est extrêmement nuisible aux plaies, qu'il contient des germes qui infectent les parties avec lesquelles ils entrent en contact ; il est partisan des pansements rares ; les plaies ayant besoin de repos pour se cicatriser, il blâme ceux qui bourrent les plaies de charpie : il veut qu’à aucun prix on ne se serve de tentes, ni de bourdonnets. Selon Magatus, la cicatrisation est l’œuvre de la nature et non celle de l’art ; il pense aussi que la nature, par la suppuration, se charge tôt ou tard, de débarrasser l'organisme des corps étrangers, qui n'auraient pu être extraits facilement. Il est grand partisan des sutures tout en étant d'avis qu'il ne faut pas suturer une plaie suivant toule sa longueur ; Magatus veut qu'on laisse un vide par lequel le pus en excès puisse s’écouler, il dit bien le pus en excès, car il pense qu'une certaine quantité de pus est favorable à la cicatrisation.
Les plaies pénétrantes de la poitrine doivent être entre-
tenues ouvertes, ou même élargies, afin de donner une
(1) Sous le nom de P. Liberat de Scandiano,
large issue aux liquides épanchés. Magatus fait, dans les plaies du bas-ventre, un usage outré des sutures. I s'attaqua à l'absurde théorie qui voulait queles
plaies par armes à feu fussent vénéneuses. La méthode”
de Magatus est exposée dans son traité intitulé : De rara medicatione vulnerum.
Les sages-conseils de Jean Langius, de Septalius et de
Magatus, ne furent pas suivis, leur voix avaient prêché
dans le désert. Au moment où. Belloste commença à exer-
cer son art, le principe de bourrer les plaies de toutes
sortes de tampons était universellement admis ; dans les
premiers temps de sa carrière, Belloste fera comme les autres, mais à partir de 1686, il changera complètement d'avis à la suite de l'observation suivante qu'il rapporte dans son « Chirurgien d'Hôpital (1) » : g
Lorsque les Vaudois furent chassés des vallées de Lucerne en l’année 1686, un nommé Le Grand, François de nation, sergent dans le régiment des Gardes, et depuis officier dans un régiment des fusiliers de S.A.R., ayant été blessé d'un coup d'arme-à-feu à la partie presque supérieure et externe de la cuisse droite, fut apporté dans l'hôpital de Lucerne.
Il’avait passé un jour et une nuit entière sans aucun secours, ce qui lui causa une fluxion et une inflammation considérable dans tout le membre ; je lui fis des incisions fort amples, et n'épargnai aucun soin pour trouver la balle, mais je la cherchai inutilement.
Il fut d’abord saigné et clystérifié, et on lui prescrivit un régime fort exact ; les saignées et Îles autres remèdes
(1) Page 206, tome T.
révulsifs furent réitérés, la fluxion et l’inflammation
diminuèrent et je crus les choses en assez bon train ; j'entretenais dans la plaie une petite tente de la longueur de deux travers de doigts, fort molette et d’une douce charpie.
Ayant vaincu les premiers accidents, il en fallut combattre d’autres plus embarrassants et plus tristes ; car il se fit une suppuration si abondante, et une si prodigieuse fonte d'humeurs, que je crus qu’il arriverait à mon blessé une entière dissolution de tout le corps. À chaque pansement qui se faisait deux fois le jour, il sortait par l’ouverture plus d’une chopine de matière, sans ce qui s'écoulait d'un pansement à l’autre, qui pouvait être de même quantité ; c’est pourquoi je voyais que mon blessé perdait-ses forces et s’exténuait insensiblement.
Je ne pus accuser que la balle comme cause de tous ces accidents, parce qu'elle était restée dans la partie, et que presque toutes celles qui furent tirées des blessures pendant cette campagne-là, étaient pleines de sublimé ou de verre, et quelques-unes de cuivre et d’étain.
Je consultai M. Conte, chirurgien ordinaire de S.A.R. lequel pour lors était à Lucerne ; après s'être informé de l’ordre de la curation et des symptômes, il erut qu'une purgation pourrait tarir ces humidités, et elle fut ordonnée. DUR Le
J'avais une si grande envie de guérir ce malade, que je m'en étais fait un point d'honneur : il semblait que Je ciel me l'avait réservé pour me désiller les yeux, et pour soulager par l'expérience que je fis sur lui un grand nombre d'autres blessés.
La médecine causa un tel désordre à la partie offensée,
que je pensai qu'elle allait tomber en mortification ; la fièvre augmenta au blessé, et je vis pour lors toutes ses espérances perdues, malgré la parfaite confiance qu'il avait eu de guérir entre mes mains.
Moi-même, voyant la cuisse toute livide, tous les inters-
tices des muscles et généralement tout le membre rempli
Dr
et abreuvé de purulences, j'étais sur le point d’en déses- pérer, contre mon naturel, qui est de ne jamais abandonner un blessé tant qu'il respire. Les matières augmen-
taient tous les jours : c'était une source intarissable, je
songeais mille fois sur ce que je pourrais faire de plus
et si je n'avais rien d'avantage à mettre en usage ; j'avais”
employé tout ce que l’art ordonne pour absorber le pus dont ce membre était rempli, ayant avec les bandages usé de compresses expulsives pour empêcher les dépôts, et le séjour des matières, sans oublier l'usage des décoctions sudorifiques, et tout cela en vain. Je projettai une contre-ouverture sous la cuisse pour donner une issue plus libre aux matières, et empêcher leur séjour ; mais après avoir bien examiné le cas, je la crus tout-à-fait inutile. M. Conte, et généralement tous ceux qui le virent,
désespérèrent de sa guérison, et me dirent qu'inutilement.
je me fatiguais l'esprit pour le guérir comme si ma réputation avait été enfermée dans la cuisse de ce blessé. Toutes sortes de voyes ayant été tentées sans aucun fruit, je m'obstinai à en chercher une de mon chef, aussi bien mon blessé était désespéré.
J'avais comme j'ai déjà dit, entretenu dans la plaie une petite tente de la longueur de deux travers de doigts et
fort molette, je résolus de l'enlever tout-à-fait et de pan-
— (V2 M ag Fr DEN FT LORIE hu Dr SE Er | DER FRE AR RE NE OT CCE