LES ÉPOUSAILLES
AUGUSTIN DUPRÉ. ii
que sur d'autres s'enrubannent des couleuvres. Puis, ce sont, pour rendre précieux le travail d'une clé de montre, un satyre, une coquille, une simple feuille d'acanthe transformée dans le goût d'alors ( i).
Veut-on se faire une idée plus précise de l'exécution déli-
JETON POUR I,ES SIX CORPS DE MARCHANDS. (Dessin. — Miisi.'e Carnavalet.)
cate? Des modèles en plâtre et en étain d'Augustin Dupré, également conservés au musée des Arts Décoratifs, vont le permettre : un sucrier s'ornemente de satyres qui se jouent au milieu de guirlandes de roses, deux boutons en étain reproduisent le « Réveil de l'amour », dont parle si élogieusement
(i) Ces dessins, sur papier jauni, où entrent du crayon, de la gouache, du lavis ne pouvaient faire espérer de bonnes reproductions. On a donc dû renoncer à en intercaler quelques-uns dans cet ouvrage.
Charles Blanc^ et le « Sacrifice à TAmour », autre charmante composition où deux femmes drapées à Tantique s'avancent vers un autel que domine le terrible petit dieu.
En contraste avec ces clioses contemporaines des aristocratiques bergeronades de Trianon, de petites plaquettes à sujets antiques, exécutées pour Tencrier de Timpératrice Marie- Louise et conçues sous Tinspiriition de David, affectent la raideur chère aux nouveaux temps. Mais contre la volonté de Dupré, la grâce ne perd pas ses droits ; en dépit de la sécheresse voulue, telle figure, telle draperie s'incline, se moule avec Télégance de jadis.
Le musée Carnavalet complète heureusement la bonne impression laissée par ces différents travaux, avec les trois splendides gardes d'épée que lui a léguées M. de Liesville. Deux sont en cuivre et, par leur style et leur décor, rappellent Tornementation courante du dix-huitième siècle : en des cartouches contournés, sur Tune, un combat de cavaliers, sur Tautre, une Bellone et un guerrier au repos ; la troisième, en acier, d'une ornementation plus sévère et somptueuse, un peu Louis XIV, est surtout intéressante en ce qu'inachevée elle montre la merveilleuse sûreté d'outil de Dupré : une déesse casquée, assise sur un lion couché, tient de la main gauche une épée; son bras droit se tend vers un œil rayonnant. La figure, d'un beau modelé, est élégante sans préciosité, le lion couché garde une vivante allure. Le faire de tout cela est large et gras, l'œil se plaît à terminer les parties inachevées, reconstitue l'épée entière et s'émerveille de ce travail splendide.
Mais les sérieuses études d'Augustin Dupré l'ont préparé à un art plus hautain. Sa savante technique, mise au service d'une imagination délicate, d'un goût épuré, va lui permettre d'exécuter d'impeccables médailles : les six corps de mar-
AMORIS MUTUI PIGNOS.
Allégorie pour la naissance du duc de Normandie. (Bas-relief, plàtie. — Musée Carnavalet.)
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chands, Tayant chargé d'interpréter, sur leur jeton, la devise : ViNCiT coNCORDiA FRATRUM, il couçoit uuc Œuvrc simple et puissante : Hercule tente vainement de rompre, sur son genou, un faisceau.
Cette médaille et d'autres exposées, en 1776, au salon du Colisée, classent Dupré parmi les meilleurs médaillistes. Des travaux officiels lui sont confiés. En 1782, il commémore la jonction souterraine de TEscaut et de la Somme, dans une
JONCTION SOUTERRAINE DE l'esCAUT ET DE LA SOMME, (Bronze. — Musée Carnavalet.)
composition allégorique, très dix-huitième siècle, d'une grande habileté. La maquette en cire, d'un module assez grand, actuellement au musée Carnavalet, permet de se rendre compte de son talent de modeleur. Les gradations sont heureuses, les lignes pures et il faut surtout louer la belle courbe des torses et Thabile indication des muscles. Mais ce n'est pas encore là le style concis qui lui assurera la gloire. L'œuvre est d'un joli maniérisme qui, trois ans plus tard, s'épanouit entier dans un projet de médaille composé pour la naissance du duc de Normandie : Louis XVII . La légende Amoris mutui
iG AUGUSTIN DUPRÉ.
PiGNUs fut le prétexte d'une gracieuse scène en laquelle la France recevait un enfant nouveau-né des mains d'un jeune homme : l'Amour.
A partir de ce moment Dupré va réformer son style^ se rapprocher des partisans de l'antique. 11 aura encore des hésitations, des retours, mais de moins en moins sensibles; et, lorsque la République américaine triomphante voudra perpétuer le souvenir de ses glorieux débuts, elle pourra s'adresser à Augustin Dupré qui gravera pour elle d'inoubliables médailles.