FRAGMENT DE SUCRIER
(Plâtre. — Musée des Arts Décoratifs.)
nateur parfois secondaire (i), était surtout un merveilleux exécutant : la composition cherchée en de hâtifs croquis, puis arrêtée en un dessin souvent repris, c'était au ciseleur à parfaire Tœuvre, à montrer toute la souplesse d'une main artiste.
(i) Comme dessiiiateur, Dupré était loiii d'avoir la belle sûreté de dessin d'Augustin de Saint-Aubin dont le moindre croquis est doué de caractère : ainsi ces projets de candélabres, voisins des présents dessins, dont les sculpturales figures s'apparentent à celles de Prud'hon. Cependant l'estime du sévère David pour Dupré est expliquée et justifiée dans certaines compositions très travaillées où les lignes élégantes et précises ne laissent en rien à désirer : « Mairie de Paris », << la Confiance relève le commerce », « Paix avec l'Angleterre >>, etc.. (Dessins du Musée Carnavalet).
Dupré vécut dans une période de transition : le style Louis XIV était mort, Tidéal style Louis XV, si français, inspiré par les caprices de la flore et de la faune, allait être délaissé pour rornementation déjà plus sévère de Louis XVI , prélude de la sécheresse révolutionnaire. Le ciseleur suivit l'évolution du goût, mais on peut affirmer que, dans ses travaux d'orfèvrerie, il se tourna souvent en arrière, s'attardant à admirer les glorieuses mythologies Louis XIV : cela, très sensible dans ses gardes d'épée où des ligures et des détails chers aux contemporains du Roi-Soleil se mêlent aux ornements rocaille. Et ce fut peut-être Toriginalité de Dupré que cette indépendance qui lui permit d'enfreindre les lois de la mode et de mettre la grâce des temps royaux jusque dans l'austérité des monnaies républicaines.
Les dessins du musée des Arts Décoratifs, antérieurs à la Révolution, montrent en effet Dupré- sous des aspects très divers : il sait la grâce des hauts bustes de femmes, l'élégance des croupes de chevaux, les attitudes des épagneuls et des lévriers dont il arrive à tirer décorativement parti, les courbes des cols de cygnes, les reploiements des couleuvres et des allégoriques dauphins; il sait, en de futiles bijoux, encadrer de guirlandes de roses des cœurs enflammés, grouper les attributs des plaisirs champêtres : mandores, musettes et flambeaux d'amour enrubannés; il connaît les grimaces des mascarons, les enroulements des dragons, les courbes des feuilles.
Aussi, dans ses œuvres, les batteries de fusil se transforment-elles en furieux dragons; les angles des salières, sur les parois desquelles la mer furieuse balance des navires aux élégantes voilures, sont-ils ornés de dauphins affrontés qui se retrouvent encore sur de délicieux encadrements, tandis