CHAPITRE XIV Les beaux jours
Les beaux jours sont ceux où l'on s'aime bien, même s'ils étaient, autrement, pleins de difficultés. Ce sont encore les jours de santé, de vigoureux travail, de succès; les heureux revoirs.
Puis ce sont les jours où l'on se donne quelque répit, où l'on s'amuse en un mot. Je ne songe ici qu'à des amusements simples, accessibles à tous, par lesquels la vie de famille peut être égayée et éclairée. Et d'abord j'indiquerai ce que nous pouvons faire à notre foyer pour nos propres enfants. Tout cela ne comporte que peu de dépense. Point n'est besoin d'être riche pour le tenter. Il suffit d'avoir du cœur et un peu d'entrain. Une condition cependant me paraît presque de rigueur : c'est la présence de plusieurs enfants. L'enfant unique est rarement amusable.
Une femme peut beaucoup, nous le savons tous, sur la conduite de son mari, par un certain nombre
de petits procédés qui rendent l'intérieur attrayant. Que cet intérieur soit simple ou luxueux, cela ne lait rien à railaire, pourvu que l'on s'y sente à l'aise et aimé. De même les parents peuvent beaucoup pour rendre le foyer agréable aux enfants.
Dans un nid d'oiseaux, quand les vieux se battent ou se disputent, les petits prennent la fuite aussitôt emplumés. Beaucoup déjeunes gens se sont perdus parce que le père et la mère entretiennent autour de la table, et dans leurs instants de loisir, un feu roulant de paroles amères. Alors les jeunes gens s'en vont et se réfugient où ils peuvent. La maison ne leur réchauffe pas le cœur.
Par contre, il y a des familles où l'on s'entend, où il y a de la bonté, de la paix. Ce qui fait défaut, c'est la clairvoyance. Les parents se suffisent réciproquement et ont le cœur largement entretenu par l'affection de leurs enfants; mais les jeunes manquent de sourires, de divertissements. Et lorsqu'on le rappelle, à ces bons et excellents parents, qui l'oublient, ils se sentent blessés. Les jeunes leur paraissent ingrats, exigeants, très coupables de ne se point contenter de ce qu'ils ont. Volontiers on les rappelle à l'ordre quand ils rient trop fort, dérangent les meubles et mènent quelque train par la maison. Il y a toute une grande catégorie de parents protectionnistes. Ils se protègent perpétuellement contre le désagrément qui résulte pour eux des amusements de leurs enfants. A force de prohibitions, ils font de la maison une cage. Or, il est