LES BEAUX JOURS
tout le bien qu'elles méritent. Évidemment, la jeunesse doit avoir aussi les siennes. S'il est des jours où les enfants célèbrent les aïeux et les parents, où les vieux souvenirs s'éveillent, où d'antiques récits peuplent les mémoires, où les derniers venus cimentent leur union avec le passé, en s'amusant en son honneur, il est des jours aussi où les anciens doivent se mettre en fête en l'honneur des derniers venus. Les rôles changent ainsi, mais l'esprit est toujours le même. Une fête, pour un jour, fait d'un membre quelconque le centre de la famille. Il lui est démontré qu'il est quelqu'un de très intéressant et qu'on aime beaucoup. Roi d'un jour, il voit toute la maison entourer sa tète couronnée, mais cela ne le gâte pas. Le lendemain, en effet, il gravite, à son tour, autour d'un autre centre et obtient ainsi la révélation de la solidarité familiale : Tous pour un, un pour tous.
On peut donner à ces fêtes une forme quelconfjue, pourvu que l'âme y soit. Ceux qui s'imaginent qu'elles sont le privilège d'une certaine classe de la société, se trompent. Voici, en trois mots, ce qu'il faut, pour organiser les fêtes de famille rêvées : en premier lieu, avoir travaillé; en second lieu, avoir un peu de savoir-faire, de bonté et une certaine dose de bonne humeur, pour assaisonner le tout. Aucune de ces choses n'avant une valeur marchande, il est inutile d'avoir de l'argent pour se les procurer.
Si les hommes savaient combien, avec peu de
chose, on peut égayer son prochain, surtout quand il est jeune et que la nature vient à votre secours, il n'y aurait pas tant de fronts tristes, d'intérieurs morues, de foyers voués à l'écrasante banalité, et la joie purificatrice renaîtrait, puisée aux sources intarissables.