‹ Auprès du foyerChapitre 28 sur 35 · CHAPITRE XX Foyers dévastés. Veuves et orphelins · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX Foyers dévastés. Veuves et orphelins

Rien n'est plus triste qu'un nid ravagé, une couvée abandonnée. Le foyer des hommes est souvent ce nid et plus que jamais alors c'est avec respect et sympathie qu'il faut en franchir le seuil.

On avait construit cet abri ensemble; ensemble on y avait partagé les soucis comme les joies de la vie. De chers petits hôtes étaient venus y demander leur place. Maintenant l'un des deux est parti, laissant l'autre tout seul en face des difficultés qu'amènent les jours incertains. Un voile couvre le foyer, voile de tristesse et de deuil.

Ici c'est le père qui est mort. La femme et les enfants, de ce coup, gardent dans tout leur être une sorte de tremblement et d'effroi. Comme de pauvres poussins effrayés, les enfants se serrent autour de la mère, se cachant sous son aile. Mais elle-même qui donc la rassure? Elle a perdu son soutien. Plus jamais elle n'entendra la voix aimée, sûre, dont le

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seul timbre lui ôtait l'anxiété, lui rendait le calme et l'enveloppait de ce sentiment de douce sécurité que procure à la femme aimée la présence de l'homme en qui elle croit. Elle ne pourra plus s'abriter dans ce refuge toujours ouvert. Directement exposée aux atteintes des événements, elle aura le sort de tous ceux qui couvrent quelqu'un de leur protection et ne sont eux-mêmes garantis par personne. Le fardeau des responsabilités se pose lourdement sur des épaules que rien n'a souvent préparées à le porter. Il faudra prendre des décisions importantes et le conseil, où donc le cherchera-t-on? Des donneurs de conseil il n'y en a que trop pour les veuves. Du jour au lendemain, par le fait seul que le chef de famille est absent, une foule de gens s'arrogent le droit d'intervenir et de leur donner des avis. Chacun pense pouvoir se mêler de leurs affaires. Pauvre, la veuve expérimente durement la destinée du faible. De tout leur poids les institutions sociales, l'égoïsme des hommes, retombent sur elle et ses enfants. C'est à qui lui fera sentir qu'elle est seule et ne peut plus se défendre. Et si quelqu'un se présente pour plaider sa cause, prendre son droit en main, de cruelles expériences lui apprennent à s'en méfier d'abord, elle qui aurait tant besoin d'avoir confiance. La veuve qui vit dans une condi- .J tion moins précaire, dans l'aisance ou même dans la richesse, connaît d'autres misères. Ce n'est pas le souci du pain qui l'obsède, c'est le souci de son indépendance. Pour ne pas aliéner sa liberté.

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accepter, par lassitude ou par besoin, des directions qui commencent sous forme de bons offices et finissent dans la servitude; pour ne pas être prise dans l'engrenaji^e et garder le droit de disposer de SOS aiïaires, de son jugement, du genre de vie qui lui convient, il lui faut se résigner à une lutte presque journalière. La femme du monde qui devient veuve est exposée à des contrariétés dont la femme du peuple n'a môme aucune idée.

Quelquefois la mort, comme il arrive dans certaines familles de fonctionnaires, entraîne à bref délai un changement de domicile et de milieu. La maison qu'on habitait tenait à l'emploi du père. Lui mort, il faut la quitter. Alors ce n'est pas seulement le deuil, c'est la destruction du home, l'exode. Il faut avoir assisté à ces lugubres déménagements pour en comprendre toute ramertume. Prendre un à un tous les souvenirs, tous les témoins muets du bonheur d'autrefois ; décrocher les tableaux, démonter les meubles... ne rien toucher sans éprouver des impressions de mort et de séparation... s'asseoir en pleurant au milieu de tant d'objets désorganisés, comme on s'assoirait sur les ruines d'une ville, combien cela augmente la tristesse des adieux, et aggrave l'infortune! Bien des choses en ce monde ont excité ma pitié. Parmi les plus navrantes il y a ce tableau :

Sur une grande route, derrière la voiture où s'entassent leurs pauvres meubles, la veuve et les orphelins, marchant vers l'avenir inconnu.

Tant que les enfants sont en bas âge, une femme seule se tire mieux de leur éducation qu'un homme. Avec de l'esprit de suite et du discernement, elle parvient à leur donner une empreinte morale. Mais le danger est que sa tutelle ne se modifie pas assez selon les exigences de l'âge. Une mère de famille qui partage avec le père le soin de l'éducation se trouve préservée de cet écueil. Mais la veuve qui pendant de longues années n'a travaillé, lutté, vécu que pour ses enfants, s'attache à eux d'une façon tellement étroite, s'habitue si bien à les couver, qu'elle éprouve une souffrance intense à les voir voler de leurs propres ailes. La moindre opposition lui parait le signal de la rupture définitive et lui est un trait enfoncé dans le cœur. Tout en comprenant ces sentiments, il faut signaler les dangers qui en résultent. Et quoi qu'il lui en puisse coûter, on ne saurait assez engager la mère restée veuve, h ménager de bonne heure la liberté de ses enfants, surtout de ses fils. C'est la meilleure manière de s'épargner plus tard de profonds chagrins et de garantir les enfants contre de graves errements. 11 est impossil>le à ceux-ci de sentir ce qui se passe au cœur d'une femme restée seule dans la vie. Ils risquent

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