FOYERS DÉVASTÉS. VEUVES ET OIIPHELINS
on le fait à Dieu lui-même. Jamais nous ne ressentons la puissance du droit des faibles ou l'horreur de l'iniquité, comme en présence d'un orphelin. Un signe mystérieux marque sa tête gracieuse -et fragile. Il est beau, il sourit, il a dans ses jeux le charme innocent répandu sur le matin de la vie et ceux qui pourraient s'en réjouir dorment au fond des tombeaux. Jamais sa mère ne le prendra sur les genoux pour le couvrir de baisers. Jamais il ne sentira l'étreinte des bras paternels. Puisqu'il est si déshérité que tous les cœurs lui soient ouverts, que sa place soit marquée au foyer; qu'il soit l'enfant de tous. Malheur à qui lui donnera du scandale! malheur à qui pourra le frustrer, l'opprimer! « Le père des orphelins, le défenseur des œuvres, c'est Dieu dans sa demeure sainte. »
Si j'ai voulu parler d'un sujet si chargé d'ombres, c'est pour l)ien de raisons. D'abord parce qu'il ne faut jamais oublier ceux qui pleurent et que dans ces pages consacrées au foyer, il y aurait une grave lacune s'il n'y était pas fait mention des plus grandes infortunes qui puissent frapper le foyer, comme des responsabilités qui de ce fait résultent pour ceux mêmes qui ont le bonheur d'être épargnés. Ensuite, il est salutaire de regarder quelquefois du côté des choses qui sont l'exception, mais contre lesquelles personne ne possède de garanties. La sagesse nous
conseille de nous souvenir que nous sommes mortels et de nous demander parfois ce que deviendraient les êtres que nous aimons le plus, si nous venion» h leur manquer. On emploie mieux les jours quand on se dit qu'ils peuvent finir.
Mais la raison principale qui nous engage à tourner nos yeux et notre attention vers ces régions, la voici :
Les foyers dévastés et les nids détruits offrent sans doute un aspect désolé. On y voit des figures voilées, des blessures, des privations. Mais on y rencontre des qualités ignorées : les longues patiences, les saintes résignations. Des trésors de sacrifice, de dévouement, de solidarité active, y sont accumulés. C'est une région où l'on coudoie sans cesse les réalités invisibles. Des miracles de bonté s'y accomplissent et, plus que partout ailleurs, on y découvre des vertus qui sont absolument au-dessus du niveau vulgaire. Nous sommes en face d'un monde austère; mais c'est le noir écrin où des perles sans prix luisent comme des étoiles.