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CHAPITRE XXI Souvenirs, Traditions, Reliques

Dans les vieilles maisons, à la campagne, on trouve toujours quelque grenier garni d'antiquités. C'est dans ce capharnaûm que j'ai pris mes premières leçons de patriotisme et d'histoire, par les jours de pluie ou de froid où les courses en plein air chômaient. Avant d'avoir ouvert les livres, c'est là que je trouvais la trace de nos prédécesseurs dans la maison, et sur le territoire national. Vieux tableaux ravagés par le temps, dévernis, dédorés, où des vestiges de figures apparaissaient sous des voiles de fine poussière. Sièges vénérables manquant d'un pied ou d'un bras. Lambeaux d'étoffe, drapeaux, armes démodées; lourds fusils à pierre, restes d'uniforme de plusieurs époques. Volumes gigantesques illustrés, à couverture de bois garnie de ferrures ; la moitié des pages manquaient. Quelles richesses, et comme cela fait travailler une tète d'enfant! Toucher à toutes ces choses, les

examiner longuement est un plaisii" dont on ne se lasse pas. Mais lorsqu'un membre de la famille, plus âgé, veut bien nous raconter d'où viennent ces objets, à qui ils ont appartenu, quel est leur âge, oh! alors, le charme est complet. Les portraits effacés s'animent; sur les sièges boiteux on croit voir des personnages, et les choses d'autrefois tant admirées, tant aimées par l'enfance, se mettent à défiler vivantes dans notre pensée. Il en est ainsi depuis qu'il y a des hommes et il en sera ainsi juscpi'à la fin.

Pour cet être pétulant, ivre de vie qu'est l'enfant, le souvenir est une magie. Il l'hypnotise, le fixe là sans mouvement et bouche bée. Des histoires, des histoires du temps passé, jamais l'envie n'en passe au jeune âge, il en a une soif inextinguible. Je pense que c'est bon, qu'il faut nourrir cette aspiration et prendre soin que les traces de ceux qui vécurent avant nous, demeurent visibles dans la famille. Ce n'est pas seulement un élément d'éducation et de poésie au commencement de la vie, c'est un signe de solidité, un gage de fidèle cohésion à toutes les étapes. Et puis, insensiblement, les souvenirs de famille nous conduisent aux souvenirs nationaux. La petite patrie où nous avons germé nous révèle la grande. Partis de ce coin familier et des collines prochaines, nous nous mettons en route vers un horizon plus large où se déroulèrent de plus vastes destinées. Et nous aimons le pays à travers notre piété familiale : il devient vraiment pour nous la terre des aïeux.

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