Vieil amour ne rouille pas
par toute la vie, h l'anioiir tel que nous l'observons clans la jeunesse.
Quand on est jeune, pourquoi s'aiine-t-on? Car on a toujours quelques raisons pour s'aimer; n'estce pas une des choses les plus douces de se le répéter ? L'amour estaveusfle, dit-on. Cela sisrnifie seulement qu'il ne regarde pas avec les yeux ordinaires. S'il ne voit pas ce que nous voyons, il voit aussi ce que nous ne voyons pas. Il regarde pi'.r des yeux intérieurs. Jeune, on se sent donc attiré l'un vers l'autre par de mystérieux pouvoirs qui nous subjuguent. Mais à côté de ce qu'on ne saurait ni exprimer m définir, il y a certains motifs qu'on s'avoue et que l'on connaît.
On s'aime pour la grâce, la force, l'avenir, la boulé du cœur, l'esprit, pour la gaîté, la fraîcheur, l'éclat profond des yeux, pour tout ce que Dieu a mis de charme dans cette fleur fragile, ornée de tous les rayons des cieux et de tous les sourires de la terre, et qu'on appelle la jeunesse.
Et l'on a raison de s'aimer et de se dire pourquoi, sans jamais se lasser.
Mais s'il nous est donné de nous aimer longtemps, le pourquoi de l'amour se modifie et la comparaison de ces deux pourquoi, celui de la jeunesse et celui de l'âge mûr ou de la vieillesse, celui qu'on se dit sous la neige des pommiers et celui qu'on se dit sous la neige des années, est pleine d'une beauté d'âme infinie.
On s'aime alors pour les soufTrances passées, pour
les travaux communs, pour les rides du front où est écrite notre histoire, pour les fautes pardonnées, pour tous les souvenirs heureux ou tristes. On s'aime dans ses enfants et ses petits-enfants. Et, avec tout cela, on s'aime encore parce qu'on a été jeunes ensemble et parce qu'on se rappelle l'un à l'autre cette jeunesse.
J'estime que ceux qui ont ressenti cet amour, sur les sentiers changeants de la vie, ont reçu un trésor inestimable. Ils ont possédé ce qu'il y a de meilleur. Même s'ils sont pauvres, en cela ils seraient plus riches que ne peuvent nous rendre tous les autres biens; même s'ils pleurent sur des tombes, seuls désormais, je leur dirai : « Voiis êtes plus heureux que ceux qui ne l'ont jamais éprouvé. » Kl s'il m'était permis de formuler un souhait pour tous ceux, connus ou inconnus, qui liront ceci, je leur dirais : « Qui que tu sois, je te souhaite d'être aimé et d'aimer ainsi », et bien que nous soyons loin d'avoir toujours l'amour que nous méritons, j'ajouterais : « Rends-toi digne d'un tel amour. »