CHAPITRE IV
Paternité, matcrnitc.
L'homme s'afrlic et Dieu le mène : voilà une viL'illc fornuilc de religieuse sagesse, dont la profondeur m'est apparue surtout lorsque j'ai songe au mystère de la vie dont nous sommes les gardiens. Nous le tenons des pères, nous le transmettons aux enfants et nul ne l'a jamais expliqué. En nous et par notre moyen, s'aceomplit une œuvre qui nous dépasse. Nous y sommes assoeiés par la joie, la douleur, par des actes où noire responsabilité est engagée au plus haut point, et cepentlanl nous ne sommes que les instruments d'une puissance supérieure. Les plus croyants et les plus intelligents n'ont jamais pu en pénétrer les vues dernières ni percer à jour l'action créatrice. Nous ne pensons pas assez à cela. Une vieille habitude semjjle avoir émoussé notre attention. Nous sommes pères ou mères par routine, iuiitislion ou fatalité, sans que la noblesse de ces titres nous soit révélée. Nous
connaissons de l'humanilc sa figure apparente et SCS gestes superficiels : sa sainteté nous échappe. C'est une fleur divine qui, dans la plupart d'entre nous, ne s'ouvre jamais.
Il y a plus : nos yeux s'arrêtent aux scories do l'existence, à ses misères, ses égarements, ses souillures. Nous nous abreuvons de sa lie, nous faisons notre pain de ses déchets impurs. Telle est l'ignorance et l'aveuglement de nos cœurs profanes, que les sources sacrées de la vie sont peut-être la région où il s'est accompli le plus de crimes et d'abominations. Nous les avons si bien piétinées et troublées qu'elles sont devenues suspectes h beaucoup. Ceux-là ont cru réaliser un degré supérieur de vertu en s'en éloignant, en renonçant h jamais à cette dignité, qu'aucune autre ne saurait égaler, et dont le pur rayonnement remonte jusqu'à Dieu : la dignité paternelle, la dignité mater- •<, nelle. ■
Être père, être mère, non plus seulement par la poussée des instincts et les lois naturelles, mais par la libre adhésion de l'âme; transformer en lien du cœur et de l'esprit le lien des fatalités extérieures, s'associer à l'intention qui a voulu que nous nous devions la vie les uns aux autres, c'est vivre dans les profondeurs, élargir son horizon, c'est presque participer, par une nouvelle naissance, à un degré supérieur de l'être. ;
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La vraie patcrailé ne s'improvise pas. Elle est préparée de longue date. Ne fait-elle pas partie de celle IkuiIo prévoyance qui partout se soucie de l'avenir, le combine et lui ménage sa place?
Il n'est permis à personne d'oublier qu'il porte l'avenir eu lui. Se rappeler cela, c'est acquérir rétoiFe préalaijle de la paternité. Le négliger, c'est sortir de la cohésion humaine.
Chacun de nous par sa conduite indue sur le sort de ceux (pii descendront de lui. L'homme n'imprime pas seulement la trace de ses pas sur le sable de ses jours rapiilos, il l'imprime sur le visage et sur le ca'ur des générations qui ne sont pas nées. Notre manière d'être détermine d'avance les lignes essentielles de leur constitution, de leur pensée, de leur caractère.
En plantant ses arbres le vieillard de La Fontaine dit :
Mes arrière-neveux me dcvrout cet ombrage!
El nous lui savons gré de C(!tte solliciuide, de ce long regard bienveillant. Un jour, quand il aura depuis longtemps disparu, les arbres plantés par lui resteront. Sur la tète des enfants rieurs, sur les membres fatigués des voyageurs endormis, ils étendront leurs brauches lulélaires, et le vieillard est heureux du bien cpi il accomplira par eux. Recueillons cette leçon de prévoyante bi)nté. Nous
avons tous de tics fortes raisons pour nous préoccuper de l'aide ou du dommage que nous assurons h nos successeurs, dans notre être et dans notre sang-, dans nos habitudes, nos tares et nos qualités. On ne vit pas pour soi-n^.ème : c'est un axiome d'ordre général, vérifialjlc à travers toutes les relations humaines, mais avec quelle rigueur celle vérité ne s'applique-t-clle pas à l'hérédité! Tout ce que nous faisons et tout ce (pic nous sommes laissera des traces dans l'héritage que nous constituons h nos enfants. Une des paroles les plus touchantes et de la plus lointaine portée qui aient jamais été prononcées, c'est celle que M. Pasteur, le jour de son jubilé à la Sorbonne, consacrait pieusement au souvenir de ses parents quand il disait : « Je vous remercie de ce que vous avez été. »
Nous ne sommes pas ici en face de théories plus ou moins arbitraires. Nous touchons du doigt ce qu'il y a de plus positif. 11 ne s'agit pas non plus de chimères lointaines, de précautions exagérées, mais bien de la plus directe et de la plus urgente sagesse pratique. L'homme assez attentif et assez respectueux, pour observer simplement les conséquences que le titre futur de père et de mère nous engage h tirer pour notre conduite personnelle, n'aurait pas besoin d'une autre lumière afin de bien remplir son devoir. Toute la morale est indiquée par les relations humaines. C'est la loi éternelle, la loi divine gravée dans nos fibres.
Toutefois cette loi prend un caractère d'actualité,
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à partir du jour où il n'est plus question seulement d'une possibilité plus ou moins éloignée, mais de réalités prochaines. Là, alors, nous attendent d'étranges surprises, des leçons inattendues. Nous ressentons des choses aljsohiinent inouïes. On devient père et mère depuis qu'il y a des hommes, et ceux qui passent par là éprouvent des sensations aussi nouvelles que s'il se produisait un événement jusqu'alors inconnu! On a beau nous en parler, nous en donner des pressentiments, personne n'y a jamais rien compris que le jour où il a été lui-même père. Combien l'école de la vie est diderente de toute autre école, et que ses enseignements sont donc pénétrants !
L'attente de l'enfant est tout un monde de grâce et de recueillement salutaire. Géuéralement tout cela passe presque inaperçu, comme la plupart des événements de la vie intérieure. Jusqu'ici j'ai plutôt parlé des pères, ici je songe aux mères, mais toujours ce que je dis des uns est en une certaine mesure vrai pour les autres. Ils s'en aperçoivent bien lorsqu'ils pensent ensemble à celui qui n'est encore qu'une espérance, à cet inconnu aimé à travers le mystère cpii les en sépare. Mais la mère ici a le plus de privilège : Dieu l'a faite gardienne de l'espérance. Qui vous dira tout ce qui se passe entre vous et ce cher hôte à qui vous préparez l'accueil?
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Voioi sa ooucliclle où plus rien ne manque, ses petites ehcmises et ses brassières eousues avec amour. Vous essayez sur votre main son mignon bonnet, pour vous donner l'illusion d'une petite tête. Et quaîid vous regardez ses bas de laine très blanche, un petit pied vous sendjh> déjà sagilcr dedans. Si jamais on en arrive à désespérer de l'humanité, ou à la mépriser, le salut nous viendra de celles îi qui parlent tout bas, en leurs longs et délicieux tète-h-tète, les petits messagers du bon Dieu qui doivent arriver demain. Rien au monde n'est plus touchant que la vie quand elle est encore enveloppée, invisible. Le bouton de rose plus attirant que la rose épanouie; l'aube nous fait rêver bien plus que le midi éblouissant. L'évangile nous montre Marie saluée par un ange. Dans ce monde obscur et brûlai, où toute beauté vraie est une beauté cachée, dans la foule qui vous ignore, au foyer même où parfois on ne semble pas vous remarquer, jeunes mères à qui Dieu confie ceux auxquels il confiera Demain, je ne vous rencontre jamais sans entendre d'invisibles voix murmurer, sur votre passage, cet hommage éternel, qui de la mère du Sauveur s'étend à toutes les mères : Jô vous salue, Marie!
Mais si vous êtes saluées, mères heureuses, il faut penser plus encore à celles qui sont dans la peine, et aux pauvres petits sur qui l'on pleure d'avance. La question humaine, résumée dans toute sa tristesse, c'est une mère attendant dans le
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dénuement et pour qui respcrance se transforme en nngoissc. De quoi le vctiruiisnous, avec quoi le eouvrirons-nous? Comment sera-t-il accueilli? Y aura-t-il seulement quelqu'un pour lui souhaiter la bienvenue? Oh! combien la vie est dure, et l'avenir noir pour certains, les déshérités de la fortune, de la santé et pour les déshérités du bonheur, c|uand le logis est froid, la bourse vide, ou que les cœurs sont désunis! Nous avons vu la lumière, mais voici l'ombre. II n'y en a pas de plus froide et de plus effrayante dans la création. Ceux c[ui sont assis dans la chaude lumière ne doivent jamais perdre de vue cette ombre! Si la maternité est sacrée, si elle imprime à nos fronts un signe céleste, si bien comprise elle résume tout ce que l'homme doit à riiomme, ne commencera-t-elle pas par attendrir nos cnuirs? A travers nos émotions devinons celles des autres. Que la maternité heureuse ait souvenir de la maternité malheureuse! Les pères et les mères s'entendent et fraternisent par les entrailles d'un bout du monde à l'autre. Quelque chose nous est commun qui triomphe de toutes les barrières, de tous les schismes. Et voici, l'enfant attendu, avant même d'entrer dans le monde visible, de s'encadrer dans un milieu social, de recevoir une éducation et de subir une empreinte, nous recommande cet autre enfant, arrivant comme lui, et qui peut-être n'aura pas où reposer sa tète. Si nous savions écouter cette voix discrète qui s'élève du centre même de notre être, elle nous enseignerait la plus
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pure tendresse, et le faible, le pauvre, celui qui s'apprête à échouer sur nos rivages comme un naufragé, trouverait en naissant des mains pour le porter, le couvrir et le réchaufler. Tous les jours les parents font connaissance au cimetière, avec d'autres parents venus visiter de petites tombes, où pleurent parfois de si grandes peines. C'est la fraternité dans les larmes et dans la mort. J'en appelle de mes vœux une autre, celle de la vie, d'avant la vie, devrait-on dire. Pour l'amour de l'enfant attendu, on veut une terre meilleure, des mœurs moius souillées, des cœurs moins durs; on désirerait, pour lui, aplanir les routes, adoucir les pentes, apaiser les colères. Pas de souhait plus légitime. Transformons-le en actes. Pratiquons la sainte cohésion de la famille humaine. Tendons une main secourable aux mères qui attendent dans les larmes.
Ainsi nous préparerons le chemin anx arrivants et leur permettrons de s'aimer mieux que nous. Et, donnant à cette pensée une extension plus grande, j'ajoute : que cet hôle attendu nous rapproche de Dieu et nous rapproche des hommes, de tous les hommes. Puisqu'il va venir, pardonnons à ceux qui nous offensent, sourions à ceux qui nous font grise mine, mettons de la lumière dans nos yeux et de la chaleur h notre foyer. Ceux que Dieu nous envoie ne doivent pas tomber au milieu du désordre, des disputes et des visages assombris ou courroucés.
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Mais voici, l'heure est venue. Celui qu'on attend est à la porte, et pour l'avoir, pour le posséder, le serrer dans ses bras et sur son cœur, il faut le conquérir de haute hitle, dans l'angoisse et la douleur. Pourquoi ces souffrances, ces cris? Pourquoi ces danj^crs, ces elTorts, ce drame de la naissance! Oh non! jamais l'homme ne s'y fera. Si nous étions les maîtres des destinées, nous n'aurions pas mis tant de difficultés et de labeurs à l'entrée de la vie. Tout cela nous dépasse. Combien de fois, depuis qu il y a des créatures humaines, leurs mains se sont-elles jointes, pour demander que ce calice leur fût épargné!
Et pourtant c'est dans cette misère et cette souffrance, que se trouvent nos plus belles richesses. Achetée à ce prix, l'existence n'en paraît-elle pas plus précieuse? Nous aimons les biens en raison de ce qu'ils nous ont coûté, et nos enfants en raison de ce qu'ils nous ont fait soufTrir. S'ils n'étaient pas un morceau de nous-mêmes, douloureusement séparé de l'cnseml^le, nous n'y tiendrions pas tant. Notre bonheur est un trésor dont la souffrance est le prix.
Cette souffrance d'ailleurs, toujours redoutée laisse en général peu de regrets. On ne se plaint pas du mal qu'on a eu, si on lui doit d'être plus aimé, et d'apprendre à mieux aimer. Ces douleurs auxquelles nous devons la vie sont un très puissaut ciment. L'homme, pour cette heure, aime davantage
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sa femiiic parce qu'elle a souffert. Et n'est-ce pas au lendeaiain de cette crise redoutable, qu'une jeune femme aime mieux que jamais sa propre mère, et l'embrasse en lui disant « maman », avec une tendresse toute nouvelle? Sa propre expérience lui a révélé la profondeur du sacrifice maternel.
La Bible dit : La femme oublie ses douleurs y;(7/-(;c fjue riioinme est né. Parce que l'homme est né : dans ces trois mots, il y a toute une philosophie, toute une religion. Oublier sa douleur parce que l'homme est né, c'est donc dire : la vie est bonne, il faut se réjouir qu'un être nouveau y soit admis. Et cette joie a résisté à tous les pessimismes et à toutes les désillusions. L'antique parole s'accomplit tous les jours. La terre est vieille, l'humanité chargée de fardeaux, le mal est monstrueux; mais tous les jours, ici, là, on se réjouit de ce qu'un homme est né. Ne semble-t-il pas qu'avec chaque enfant des hommes une étoile se lève, pour éclairer notre nuit, et que Dieu nous l'envoie pour nous dire : « Courage, je suis là, je pense à vous et vos misères finiront. »
En attendant, cette petite étoile est bien pâle et bien trcndjlante. Ce n'est f[u'un point dans l'ombre, un lumignon qui s'éteindrait vite. Aussi le premier sentiment qu'il nous inspire, après la joie, c'est la pitié! Quel spcclaele que celui de l'homme aux premières heures de la vie! 11 est nu, il est pauvie, il
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est infiinic, il ne sait rien, ne voit rien, ne peut lion. C'est à peine si on peut le loucher, tant il est IVagile ! Mais, ne crains rien, petit mendiant dont les cris s'élèvent comme une supplication au bord de quelque chemin perdu! Ton dénuement l'ait ta victoire; ta faiblesse fait ta force. Ta inisèr(; est un al)!me, mais l'amour maternel, la pitié maternelle, eu est un autre. Dans ses bras, sur ses aenoux, lu seras roi. Bientôt, grâce à ses soins, lu deviendras robuste, souriant; tes yeux brilleront comme ces doux rayons du soleil printanier, qui mettent de la lumière sur les fronts les plus somljres, dans les coins les plus obscurs. La tendresse t'aura transformé : lu seras beau comme un amour, « comme uii Ind astre », selon l'expression du vieil Homère.
Avez-vous remarqué comme la beauté de l'enfant rayonne dans la peinture et dans la poésie? Elle fait partie de ce que l'art a de plus pur cl de plus attendrissant. L'enfant Jésus, sur tant de toiles admirables, est eniiehl de tous les charmes des enfants des hommes, et, de toutes les grâces maternelles ramassées dans la vie et dans le souvenir, les peintres ont composé l'auréole de sa mère Marie.
Quel centre chaud et huniiieux (pie l'enfant! Son berceau, blanche nacelle, est comme un symbole de [)aix dans ce monde agile. Peut-on rien voir de plus paisible qu'un enfant endormi, dont les poings fermés, l'absolue sécurité et le calme parfait, nous
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rappellent ce vers tlii poète llebcl à rimmortel patois :
Er schlofl, er scliloft, do liegt cr wie'ne Grof *.
Il y a bien plus diins ce eliarnic de l'enfance que la grâee innocente d'un âge qui n'a pas encore touché à une souillure. L'enfant, c'est la colombe de l'arebe, c'est un divin symbole d'espérance, un gage permanent que Dieu nous donne. En chaque tète bouclée refleurit le rcve infini, pour la réalisation duquel tout l'univers est construit. En chacune renaît de ses cendres la sainte flamme de l'espérance.- Certes, chacun de ceux en qui s'incarnent ces belles promesses, ne tiendra que pour un seul et peut-être même tiendra bien peu de chose. N'importe, à son heure il nous a rappelé que rien n'est jamais fini, que dans la vieille lutte pour le bien, la justice, la vérité, il naît d'heure en heure des recrues nouvelles, qui relèvent le drapeau et recommencent l'assaut. Apres les batailles perdues, les découragements et les capitulations, quand tout semble fini, voici venir, profonde, à perte de vue, comme les vagues de l'Océan, l'incommensurable réserve de l'avenir!
Obscurément, c'est là ce que nous ressentons à travers nos soucis pour l'enfant, à travers le sentiment paternel et maternel. Pour nos mères, nous traversons la vie, enlourés de la lumière qui éclairait nos visages d'enfant. Elles nous voient toujours à travers
« 1, Il dort, il doi't ! le voici couché comme un prince. •
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cette magie première. Si elles pouvaient, elles nous irarcleraicnt jeunes, éternellement. Comme Josué arrêta le soleil sur la p];iine de Gabiion, elles arrêteraient sur nous le sourire du matin. Ne pouvant empêcher la vie de changer, elles donnent pour abri h leur rêve un cœur qui ne change jamais. Même sous les traits de Thomnie dégradé, la mère sait retrouver ceux de l'enfant innocent qu'il était jadis; pour l'amour de l'enfant elle paidonne à l'homme. Nous avons beau grandir ou vieillir et nous enlaidir, perdre les cheveux, la gaité : en esprit elles nous tiennent sur leurs genoux, nous avons des boucles blondes et elles ont vingt ans. Dernièrement à Genève, en compagnie d'un vieillard de soixante-quinze ans, je rendais visite à sa mère qui en a quatre-vingt-treize. Elle l'appelait « petit », et quand il lui disait « maman », je sentais bien que ce qui parlait en ce vieillard, c'était son cœur d'enfant. — La terre n'ofTre rien de plus grand que ce qui se cache sous ces petites scènes-là.
Ainsi nous marchons enveloppés de la tendresse maternelle. Avant la vie elle nous attend et nous prépare la place; elle nous reçoit à l'entrée et ne nous quitte plus. Pour elle nous sommes et nous resterons; l'âge n'y change rien, le temps n'y peut rien, la mort non plus. Pour une mère on n'est jamais mort. Aussi l'amour des mères et des pères, cette immuable et (idèle Iciulresse est-elle la représentation même, dans ce monde périssable, de la Bonté éternelle.
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Le visogc de nos pareuls est la première figure par laquelle Dieu nous regarde en ce monde. Il nous apparaît parfois plus tard sous des formes troublantes et terribles. Nous ne le reconnaissons plus : l'univers nous paraît morne, froid, ennemi, et la tristesse noire nous gagne, la tristesse des orphelins ou des enfants qu'on n'a pas aimes. Mais il faut garder la première impression : là est la vérité. Pour vivre, il faut croire à la sainte paternité, dont notre père tient la sienne, au foyer éternel où s'est allumé le cœur de nos mères!