‹ Ausone et les commencements du christianisme en GauleChapitre 22 sur 56 · Baudrillart, onrrai/c cite, p. lo · texte numérisé non relu

Baudrillart, onrrai/c cite, p. lo

'i. Edition Pcijn'r, p. 17.

leui":^, là encore, son iuspiratiuii cliréLieimc n'est guère abondante ; il se contente de développer poétiquement ses connaissances sur le christianisme, connaissances de fraîche date et bien superficielles ; il a voulu se mettre au ton de la cour, et, comme presque tous les nouveaux venus, il le fait vite et maladroitement. Même, s'il a traité un sujet chrétien c'est qu'il était fin courtisan et qu'il trouvait là une occasion ingénieuse de flatterie : s"il parle abondamment de la Trinité céleste, c'est pour aboutir à la Trinité glorieuse des trois empereurs romains: Valenlinien^Valens, Gratien.

Taie et terrenis spécimen speclalur in oris : Auguslus genilor, geminorum sator Auguslorum. Qui fratrem natumque pio complexlt utrumque Numine partitur regnuni nec divicHt unum'.

Voilà une comparaison dont se serait fort mal accommodé un chrétien ! Mais un poète, même païen, devait se sentir au cu'ur quelque sympathie pour une religion qui lui permettait d'écrire de si jolies choses".

] . \Vr.s((S Pasc/iak's, vers ■24.

■2. On cite aussi: Ep.,\m, 9. Iiislaiitis revoeaul ([uia nossoileiiniia Pasclia}, et E^i., x, 17, primis sanctum post Pascha diebiis. Ces vers sont postérieurs au consulat d'Ausoue: il est de retour à Bordeaux, el obligé, par sa haute situation, cPassister aux fêtes de Pâques. Tliéodose {Co(L T/n'o<l., 2, 8, 2) venait de les ranger parmi celles (ju'il fallait obligatoirement chômer. Les fêtes légales, établies en France à la suite du Concordat, n'étaient-elles pas également obligatoires pour les membres de toutes les confessions'.'

M. Baudrillart fo((r?'rt,7'^ cité,]). 10) écrit: « Ausone se félicitait, bien (jue [)eut-otre il n'y fréciuenlàt jjas beaucoup, cpie près de i-a

A dautres niomeuls, au coiitrairc, Ausonc en a voulu au christianisme: il s'est at^igé de l'attitude hostile que celui-ci avait envers la poésie et les lettres ; il s'est plaint qu'il lui prit ses amis. Sa correspondance avec Paulin de Noie va nous donner ses sentiments vrais, la croyance sincère du poète, aux dci'niers jours de sa vie.

clit'îrc \ill;i de, PiiiiiuliiU'iiiii il y cul iiiif (''^ii>('. Il t'hiil ddiic rinrticii ». •It; n'ai pu retrouvai If [)as!sa}ie avec la rcl'éix'iiof iiuiitiiiéc par Taul(Hir (l-'.p., vin ; 1<I.,\, 2), et je^ no me souviens lias d'avoir renoonirc pareille nienlioii dans i'ti'uvrt! d'Ausoiie.

LA RELIGION DAUSONE (Suite)

Ausone avait alors quatre-vingts ans ; il est naturel, à cet âge, qu'on aime les jeunes gens, et qu'on les veuille autour de soi pour jouir de la flamme de leurs yeux et de leur parole. Seuls les vieillards décrépits ont peur de cette énergie qui passe auprès d'eux et qui pourrait troubler la quiétude peureuse de leur engourdissement ; mais si Tintelligence a survécu à la ruine du corps, si elle anime encore le regard, alors le vieillard sera tout amour pour la jeunesse qui agite devant lui. vives et brutales quelquefois, les formes multiples de cette vie qui le quitte. Ausone aimait ses jeunes amis, ses anciens élèves : par eux le vieux professeur était heureux, et par eux aussi il soufl'raU.

Paulin de Noie ', son élève le plus affectionné, lui avait donné de grandes joies. Le joui- où il se

\. De son vrai nom Pontius Pauliiuis MerO[)ius. Il ne lui aiipolé IVulin de Noie ({u"a[)iés sa conversion, et lorsqu'il se fut lixé à Noie. Mais cette appellation est la plus fréquente. Voir sur la correspondance de Paulin de Noie des pagesinléressantes dans Ebert, oin-ra^/c cité, I, 31 6-33:1.

coiivoi'lit (Ui chrisUanisinc. Ausoiie en eul un extrême chagrin.

Cette conversion fit grand l)ruil à l'époque et, ' nicme longtemps après, les écrivains chrétiens la trahièrent orgueilleusement en triomphe dans leurs livres'. Voici les faits avec toute leur simplicité : vers 37 ans. Paulin de Noie, riche et de famille sénatoriale, se convertit au christianisme (390). assez brusquement pour que ses intimes en aient été surpris. Inutile- ici d'expliquer cette conversion : il suffit de voir l'impression qu'elle fit sur Ausone et ce qu'elle nous apprend de lui.

En quittant l'Université, Paulin de Noie n'avait pas prétendu se débarrasser, comme d'une gourme de jeunesse, des influences ([u'il y avait reçues ; il semble au contraire qu"il ait voulu, même devenu homme, rechercher les conseils et la direction littéraire de son ancien professeur, il lui écrivait souvent ' : c'étaient des lettres déférentes et affectueuses, où il disait ses projets de poèmes, où il sollicitait des critiques, où il présentait ses essais. Ausone, avec affection, mais conscient de son autorité, conseillait, critiquait, corrigeait, encourageait : nous avons conservé quatre de ses réponses', et par elles on peut voir combien

Page 1