‹ Ausone et les commencements du christianisme en GauleChapitre 23 sur 56 · Edition Peiper, p. 3(56, s · texte numérisé non relu

Edition Peiper, p. 3(56, s

minutieuse et forte put être sa direction littéraire : il serait invraisemblable qu'après avoir ainsi réglé, pendant une vingtaine d'années, l'intelligence de Paulin de Noie, il n'eût pas fini par avoir prise tout à fait sur son esprit.

Un jour Paulin cessa d'écrire ; il s'obstina dans son silence ; Ausone, surpris d'abord, ensuite peiné, lui adressa trois lettres ' ; avec une insistance un peu attligée, il suppliait son ami de reprendre cette correspondance si douce pour lui. Point de réponse encore ; le vieillard ne se susceptibilisa point de cette indifférence du jeune bomme, et, pour la quatrième fois', il voulut que la vivacité de ses plaintes parût tout entière dans une suite de vers soigneusement ornés. Paulin enfin répondit, mais ce fut pour renier son maître.

Ce silence, douloureux pour Ausone, s'explique bien aisément : on subissait depuis longtemps une influence, et à Pliaijitude de cette obéissance intellectuelle est venu, par surcroît, s'ajouter un sentiment d'affection : tout d'un coup, dans l'élan entbousiaste d'une conversion, cette influence disparaît brutalement ; il y a alors comme une làcbcté du co^ur et de l'espi'it : on bésite d'al)ord à réapparaître devant celui qui fut votre maître, et dont on sent encore l'étreinte passée, bien qu'on soit pris ailleurs. On se tait, on attend, on espère

1. 1)(! ces trois iiroiiiirrcs k'Ili'cs, il n'en rf!sl(> i[uo doux, rilHimi P('i}n') , p. 27'2.

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que tout sera su ou deviné, sans qu'il soit besoin d'une confession ; et de l'attitude de celui qu'on abandonne, la vôtre alors dépendra. Si Ausone eût été chrétien, croit-on que Paulin ne lui aurait pas tout de suite annoncé sa conversion? Pourquoi ce silence? Comment l'expliquer, sinon par la peur des reproches ? Et pourquoi Paulin les aurait-il redoutés, s'il n'avait su que son maître devait être hostile au christianisme, hostile à la conversion d'un disciple affectionné ?

Ausone paraît avoir été en effet très surpris, lorsqu'il reçut cette nouvelle ; d'autres se chargèrent de la confession que Paulin n'avait pas osé faire ; et quelque précaution que le poète y mette, il ne peut dissimuler son inquiétude et son mauvais vouloir. Il sent que son ancien élève s'est détourné ; que, dans le nouveau milieu où il s'enferme, on doit lui faire honte de son amitié avec le vieux païen ' ; il craint même qu'on no lui ait interdit toute correspondance désormais avec celui qui était son ordinaire confident'. Aussi lui propose-t-il, si grand est son désarroi, d'assurer à leurs relations un mystère convenable : il promet de lui enseigner comment, grâce à certains secrets, les lettres peuvent échapper aux surveillances les plus avisées ^ : Surtout, dit-il, la femme

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