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païen ; toutefois, ces quelques lignes expriment une invitation profitable et, pour donner à l'exemple d'Ausone toute sa valeur historique, il sera grandement utile d'apercevoir maintenant ce qui s'agitait, à cette époque, dans le monde des sentiments et des crovances.
LES OPINIONS RELIGIEUSES AU iV SIÈCLE
On n'a point le dessein, sous le couvert de cette ambitieuse transition, d'étudier, même à grands traits, la croyance chrétienne en ses luttes et en son développement. Cette histoire s'est fort péniblement constituée, mais elle arrive maintenant à un degré de vérité satisfaisante, et je ne crois pas qu'on puisse démentir, autrement que sur des détails sans grande portée, les conclusions des travaux les plus récents'. Il suffira ici de montrer qu'Ausone ne courait point risque de paraître un arriéré'; au moment
1. Le volume de VHi^toire de France publiée sous la direction de M. Lavisse, déjà cité, et le volume de Harnuek, Die Mission mu/ Auflireitunçi des Christenthums in den cvsten drei Jalivhunderten, Leipzig, 1902. (Voir le compte rendu de M. Monceaux, Journal de» Savants, juillet 1904). Si l'on cite ces ouvrages parmi bien d'autres ((ui composent la bibliographie du sujet, c'est ([ue, étant les plus récents, ils paraissent pouvoir résumer l'état actuel de la question.
2. On négligera par consé(iuent les i)reuves excellentes que donnent, contre le triomphe du christianisme au IV siècle, la rareté et la dite tardive des inscu'iplions chrétiennes. Voir Le Blant, Mamwl d'épi- (/rap/iie chrctienne, 1869; Recueil d'inscriptions c/n-ctiennes, 1856; Nom-eau Recueil, 1892; L'Ejncfraphie chrétienne en Gaule, 1890; •lullian. Recueil des inscriptions de Bordeaux. Toujours en raison de ce |)Oint de vue, on s'est interdit de rien écrire dans ce chapitre, (pii \)ii\ ressembler à un résumé de l'histoire générale des rapports entre le christianisme et le paganisme, telle qu'on la jieut lire dans les ouvrages dé Schuitze, Allard... etc.
où Paulin de Noie se détoclin de lui, le vieux, païen pouvait avoir la sensation de vivre dans une société faite à son image. L'originalité n'est point en son (ruvi'C une qualité remarquable ; c'était apparemment qu'elle n "était point de son caractèi'o ; et, juscju'en religion, il s'est gardé soigneusement de cette tare. Sur les croyances ancestrales, comme sur les discours do Cicéron, il lui aurait fort répugné d'avoir des opinions nouvelles et scandaleuses.
Or, des conversions, comme celles de Paulin de Noie, ont été à l'époque un grand scandale. « Les « gents du monde condamnaient sa conduite, « constate le dévot Tillemont... Ils aljoyaient « contre lui, s'il faut ainsi parler, par des paroles « profanes et insensées. Ils traitaient sa piété « de folie'. » Et si Tillemont, pieux mais véridique, nous l'assure aussi nettement, c'est qu'il l'a lu dans saint Ambroise ou ailleurs. << Quand tous « ces grands seigneurs apprendront ce qui s'est « passé, que ne diront-ils pas? Un homme d'une « si grande famille, si ancienne, si respectable, (( un tel caractère, un si grand orateur, quitter <( le Sénat, ravir aux siens son héritage pour le « donner aux pauvres, cela ne se peut suppor- « ter. . . Qu'un chrétien se donne tout entier à sa « religion, ils appellent cela un scandale ' »
1. Tillemont, Mchnoirc!' sio- J'Histoi)'t' crclc-iiafttiqvc, Paris, 1719, XIV, 29.