‹ Ausone et les commencements du christianisme en GauleChapitre 38 sur 56 · Sainl Anibroiso, Epl^t., :)8, 3 [Miune, xvi · texte numérisé non relu

Sainl Anibroiso, Epl^t., :)8, 3 [Miune, xvi

(indignum facimis appellant). On n'imagine point de tels propos pour faire simplement un effet oratoire ; nous savons, en effet, que Paulin fut « moqué et haï des méchants ' » ; c'est aussi que les méchants étaient alors la force et le nombre.

Bien plus scandaleuse eut été la venue d"Ausone au christianisme ; et comment, dès lors, n'aurait-elle pas laissé trace dans l'histoire '? Kn effet, si nous voulons remettre à leur date les grandes conversions de l'époque, il sera aisé de voir que saint Augustin n'eut sa révélation qu'en 387 ; Sulpice Sévère attendit la sienne jusqu'en 392% c'est-à-dire qu'il imita l'exemple de Paulin, alors encore tout nouveau. Voilà qui nous repousse bien à l'extrémité du iv siècle, et il est édifiant de constater qu'à ce moment là Ausone chemine dans les toutes dernières années de sa vie. Si des conversions avaient alors encore une résonnance si fâcheuse dans la bonne société, quel éclat n'aurait pas eu, quinze ou vingt ans auparavant, celle du célèbre rhéteur de Bordeaux ! A la date où il serait naturel qu'il se soit converti, cette manifestation aurait eu l'audace bien plus affirmée d'une inquiétante rareté.

De telles citations et de pareilles dates font déjà trouver un peu aventureuse l'alTirmation de

1. TJUoinoiil, ()ui:)'((i/c <i(i'', xii, WtKi {i\ i)rnpns lin Siilpico SévôroK Voir, sur le scaïuhilc de l,i coiivci-sioii do P:mliii, \c livfi' de HMudrillart, !>. hb.

'1. Tilli'iiKHil, iMiinidn' ritt\ xir, .'iSS.

M. Boissier : « Le grand événemenl du iv*^ siècle, « c'est In victoire définitive du cliristianisme ' ». L'auteur de la Fhi du Paganisme se trouve ainsi d'accord avec M. de Broglie ' et avec les Bénédictins'; comme bien l'on pense, les savants religieux ne manquèrent pas d'assurer que le christianisme fut, au iV siècle, dans toute sa splendeur ; après eux, par une sorte de déférence polie, beaucoup d'historiens ont accepté, quelquefois avec d'inquiétantes réserves, les termes de ce jugement. Or, il fut impossible à Ausone de voir le triomphe définitif du christianisme, puisque le paganisme, qui était alors un beau vieillard, mit encore deux grands siècles à mourir '■.

Cette santé récalcitrante d'un «homme malade», condamné par tous les médecins de l'histoire, n"a pas de quoi nous surprendre : elle est d'ailleurs attestée par une copieuse unanimité de textes. Dans son Histoire de la destruction du paganisme en Occident\ vieillie certes, mais très profitable encore, déjà Beugnot en avait réuni

1. Fia du Paganisme, \\, 495. Même opinion cliez M. Jullian, Gallia, p. 231, et cliez bien d'autres.

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