LE CHRISTIANISME ET LA FAMILLE D^XISONE
Ce long détour no nousn point éloignés du sujet; bien souvent, en une ascension, les voyngours. parvenus à un point remarquable, d'où le paysage se découvre, abandonnent un moment le rigoureux tracé du clicmin ; il leur faut s'écarter un peu pour voir tout le panorama. Mais bientôt, revenus là où ils s'étaient arrêtés, ils reprennent la route d'avance décidée; cette station ne donne point de scrupules à leur conscience de touriste, d'abord parce qu'elle faisaitpartie du programme, ensuite et surtout, parce qu'elle leur a montré tout le paysage qu'ils ont laissé derrière eux, et fait deviner celui qu'ils domineront au terme de la promenade.
Ausone, bicMi persuadé que la société galloromaine serait, après lui, telle (juil la voyait, c'est-à-dire essentiellement païenne, vivant d'ailleurs à Bordeaux, dans une ville à peine touchée par le christianisme ', ne dut point hésiter à don-
1. Voir Julliaii, Ri-rucil dos iiiso'ijiliuii.-i ilo /)Or(/fau.r. ("osl apn'-s rail M)0 seuloinont (|ii(! coinmeiicoiit vraimoiil à paraître 1rs iiis<Ti|ilioiis clirotieiiiu's. Vdir aussi : nuclicsiio. /Ws^-j; ,;y, />■,•<)/)(/(/, c.
lier à SCS enfants réducation que lui-même il avait rec.-ue. Ils pouvaient avoir, sans baptême, une carrière brillante; pourquoi les faire baptiser? Ce n'est pas en effet avec les enfants d'Ausone, comme il va paraître, que le christianisme s'empara de cette famille; mais il est nécessaire, pour la clarté des explications, de reprendre brièvement l'histoire des Ausone où nous l'avons laissée.
Il n'a été parlé jusqu'ici que du poète, de ses parents et de ses grands parents: nulle part encore, nous n'avons trouvé trace de christianisme. Mais le poète avait deux tantes et une sœur qui, peut-être, à bien interpréter certains textes, sont allées vers la foi nouvelle. Il vaut la peine d'examiner si c'est avec elles vraiment que la religion chrétienne fit sa première apparition dans cette famille païenne. De soi, le fait nous laisserait sans étonnement ; toutes les religions et celle du Christ en particulier, ont commencé par émouvoir la sensibilité des femmes, avant d'atteindre la conviction plus récalcitrante des hommes. C'est de sa femme Therasia que Paulin de Noie reçut les premières velléités de conversion, et l'histoire des développements du christianisme ne refuserait pas à qui voudrait les y chercher, quantité d'exemples analogues. Mais la famille d'Ausone est-elle un de ces exemples?
yEmilia Hilaria était sa tante maternelle, Julia Cataphronia, la sœur de son père: nous les con-
naissons un peu. par deux Ivb^ convies Paj^enkiles', où Ausone a commémoré assez hâtivement leur souvenir: toutes deux restèrent vieilles filles et, de l'une comme de Tautre, Ausone nous apprend qu'elles avaient au cœur, très vif, « l'amour du vœu de virginité » ■ (amorem virginitatis detotœ); de plus, dans la Parentale qui lui est consacrée, le nom d'/Kmilia Hilaria est accompagné de ces deux mots : virgo devota. 11 n'en a pas fallu plus pour qu'on les consacrât religieuses Tune et l'autre; et il faudrait avouer, si le fait était vrai, que la famille du poète, quand elle se décida à venir au christianisme, ne commença pas par les demimesures.
Qu'était-ce qu'une t'irgo devota^ On trouvera, dans les éditions d'Ausone ou dans les ouvrages ecclésiastiques', des renseignements fort abondants, mais un peu contradictoires, d'où il résulte tantôt que ces premières religieuses furent une manièi'e de tiers ordre féminin, tantôt qu'elles étaient réellement les habitantes cloîtrées d'un couvent. Mais si l'on a la curiosité de lire les textes mêmes où il est parlé d'elles^ on aura la surprise de constater que l'expression rirgo derola parait n'avoir pas été employée, du moins à l'époque d'Ausone. Tertullien s'en garde dans son