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si constante, qu’ils gagnèrent pendant longtemps chacun quatre cents francs par semaine.
Bref, tous ces différents genres d’exploitation ont déjà, depuis 1851, produit la somme énorme de près de trois milliards huit cents millions de francs , et il est d’heureux mortels qui ont découvert plus de cent et deux cent mille francs d’un coup .
Voici les noms et les valeurs de quelques-uns des plus fameux lingots :
Le Sarah Sands . 280,000 fr.
Le Welcome . 268,000
Le Blanche Barkly . 18-4,000
Un bloc d’or trouvé par un enfant aborigène dans le détritus d’une grande mine . 122,000
J’en ai vu ensuite une liste de cent cinquante variant entre 10,000 et 80,000 francs, puis une autre de quatre-vingt-dix-huit, formant un total de 3,621,000 francs.
Que d’heureux coups de pioche ! que d’émotions délirantes ! que de souvenirs éveillent tant de trésors, fiévreusement arrachés à Une terre qui les cachait depuis des siècles ! que je suis enchanté d’avoir parcouru aujourd’hui tous ces terrains bouleversés, où chacun dégageait l’or du roc ou du
gravier, d’être descendu dans ces puits profonds, d’avoir même lavé au bord d’un ruisseau quelques pelletées de sable aurifère, et détaché à six cents pieds sous terre deux ou trois cailloux où brillent des veines d’or! Ç’a été pour nous une grande fortune de faire cette course très-fatigante, mais aussi bien curieuse, avec les propriétaires des plus grandes mines et deux ingénieurs du gouvernement.
C’est le gouvernement, comme de juste, qui s’est déclaré propriétaire du sol. Dans le principe, il accorda à chaque mineur une surface de huit pieds carrés où il lui permit de creuser, moyennant une licence de 37 fr. 50 c. par mois : de plus, il mit une taxe de 4 fr. 40 c. par once d’or (100 francs) sortant de la colonie. Dans ces temps de fièvre vertigineuse, où les bandes de mineurs récemment débarqués parcouraient les placers , il s’efforça de maintenir l’ordre , mais ce ne fut pas toujours sans effusion de sang. De nombreux détachements d’une admirable police à cheval furent organisés; ils inspectaient les campagnes occupées par les mineurs et faisaient tous les deux jours de grandes battues, afin de se faire montrer par chacun sa licence, et de le maintenir dans ses liuit pieds carrés : les délinquants étaient punis de la prison et de 1000 francs d’amende.
Aujourd’hui il suffit de 6 fr. 25 c. par an pour que le mineur ait sa propriété garantie contre toute convoitise. La taxe sur l’exportation a été abaissée à
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I fr. DO c. par once d’or et sera même entièrement abolie l’an prochain. Ainsi une grande révolution économique s’est opérée : les taxes tombent, et l’exploitation vraiment productrice a passé des particuliers aux grandes compagnies : le gouvernement leur loue pour de longues années les terrains d’exploitation, et tous demandent à l’Etat appui et contrôle. Chaque district a sa Cour de mines, dont les juges sont nommés par le gouvernement, et, poulies appels, un Mining Board, composé de dix membres élus par tous les mineurs inscrits.
Aussi maintenant tout est-il réglé et se passe-t-il en bon ordre : ce qui était il y a quinze ans fureur et presque folie, est rentré dans les éléments réguliers de la prospérité coloniale. La spéculation seule a conservé ses hasards : c’est une bourse , un jeu constant! Je vois dans le journal d’aujourd’hui le taux d’actions qui se vendaient dans la première semaine de juin à raison de 15 fr. 65 c. l’une et qui rapportent maintenant 75 francs par semaine ; la Compagnie a enfin trouvé son magot ! Voici une autre mine, « la Warrana » , où on a trouvé cette semaine 6,000 onces d’or (60,000 francs) dans un terrain de sept mètres cubes! Pour moi, en outre de mes charmants souvenirs , je ne rapporte que mes trois cailloux de la valeur de 50 francs d’or tout au plus! je m’en vais encore content, dussent mes chers cailloux ne pas croître ni multiplier en route !
La course de Ballarat terminée, nous allons, le
25, à Geelong , petit port sur la baie de Port-Philipp, d’un aspect pittoresque et charmant : là on nous promet, non plus de l’or, mais du gibier. Avant toute chose nous trouvons à chasser des myriades de puces qui nous assaillent avec acharnement : cet animal sociable abonde décidément d’une manière incroyable dans la cinquième partie du monde. Le
26, nous partons de bon matin pour Barnon-Park, grande propriété des environs où nous faisons force coups doubles sur des perroquets et des lapins. Le brave M. Austin, propriétaire de céans, eut, il y a dix ans, l’heureuse idée d’importer ces derniers d’Angleterre , et ils ont engendré une telle fourmilière de descendants, que leur dit propriétaire donnerait maintenant bien des lingots pour se débarrasser de ces rongeurs, qui dévastent ses 30,000 acres ou 12,140 hectares de terrain. 30,000 acres, songez-y ! voilà le modeste domaine d’un homme qui débarqua ici en sabots, il y a vingt-neuf ans ! J’aimais à entendre ce brave vieillard raconter son histoire i s’installer au milieu des sauvages, dans ce coquet assemblage de verdoyantes collines, faire le coup de fusil sur les Noirs qui l’attaquaient comme sur les kanguroos , en gardant ses moutons ; voir si vite prospérer son troupeau, qu’après six ans il demande au gouvernement de lui assurer son bien contre l’invasion des nouveaux colons : tels sont les com-
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mencements du squatter. Puis le gouvernement lui loue, pendant quinze ans, à raison de 1 fr. 25 c. l’acre, ce run de 30,000 acres : ses moutons, qui réussissent comme ses lapins, lui donnent trois millions de francs en quelques années, et il finit par acheter cette terre au prix de 750,000 francs. — Actuellement il a deux cents chevaux pur sang, un nombre considérable de bœufs, dont je ne me rappelle pas exactement le chiffre, et trente-sept mille moutons. Toutes ces bêtes se promènent à l’aventure dans d’immenses prairies naturelles, ombragées par des arbres à gomme rouge et à gomme bleue.