PROPOSITIONS DE PAIX
sarritier les intérêts de sa rouronne aux idées ambitieuses el souveriL chimériques des cours impériales. Pour allier ces deux objets de ses désirs, elle a pris le parti de faire connoître, à chaque occasion, lu vérité do ia chose el de sa volonté aux deux impératrices. On a tArhé de les ramener à celle vérité, et quand il n'a pas été possible de les faire revenir d(> leurs préventions, on ne leur a pas dissimulé rintérêt du Roi et sa détermination sur les partis qu'il pourra prendre. Cette méthode a réussi jusqu'à présent au delà de toute espérance.
Il est essentiel que le sieur comte du Châtelet la suive et qu'il snisisse bien les principes de ce pluu qui a dirigé la conduite de Sa Majesté depuis deux ans.
■ Avant que de quitter cotte matière, il est bon d'obscner que quoique les deux impératrices aient consenti à rassemblée du congri^s ot qu'elles aient déclaré qu'ellits vouloienl, pour l'amour de la paix, renoncer h une grande pailic de leurs prétenlions, il s'en faut beaucoup que le désir de ta paix soit aussi sincère de lour part que de celle du Roi, parce que leur unique objet dans C4»tte guerre est la destruction du roi de Prusse et la conquèle de la plu» grande partie de ses États. Mais le minisire plénipotentiaire du Roi se gardera bien de paroîlre instruit do leur répugnance à la paix ; il aura plutôt l'air d'être persuadé que l'Impératrice-Reino la désire aussi sincèrement que Sa Majesté. et il emploiera toute son ntlenllon à découvrir ce que la cour de Vienne pourra faire au contraire.
H A regard de la couronne de Suède, les insinuations de la paix ont produit sur elle reffet que le Roi en attendoil. Elles ont arrêté l'impétuosité du parti opposé à celui de la patrie, el Ton
fut compter que la cour de Stockholm secondera avec emprc»monl toutes les vues pacifiques do la Franco pour la paix. Quant à la cour de Saxe, elle a |>aru d'abord conlraire à la lue du congrès. Mais depuis que le Roi lui a fait sentir que n'ayant aucun traité avec elle, ce n'éloit que par amitié pour Sa Majesté polonoise que la France pouvoil s'intéresser à la salis- ^■ction qu'elle prétend, et que la continuation de la guerre ne feroil que lui procurer de nouveaux malheurs, elle a déféré aux désir» de Sa Majesté sur la tenue du congrès. Mais comme le
comte de BruhP est activement livré à la Russie, le minisln? pléaipolenliaire du Roi éclairera de près les déinarrhe«> du miaistëre saxon à la cour de Vienne.
Il ne reste qu'à parler de TEmpire relativement à la nvgociulion de la puix.
Sa Majesté Impériale a fait représenter au Roi, que connut' rKmpire a une port principale à la gueiTC d'Allemagne au moyen de Tarmée d'exécution * qu'il emploie contre le roi de Prusse, il n'éloit pas naturel qu'il fût exclu du congrès qui s'assembloil dans son territoin? pour traiter de la paix qui doit terminer c^tte même guerre; et par cette raison. l'Empereur a demandé que le Roi et le roi de Suêdi', comme garants de la paix de Westphali»*, voulussent bien lui notilier la tenue du congrès, l'inviter » y envoyer en qualité de chef de l'Empire, et inviter rEmpire même à remettre ses intérêts entre les mains do Sa Majesl« Impériale.
L'objet de cette représentation a paru sujet à beaucoup d'iocouvéuienls; mais il a paru raisonnable, et c'est ce qui a déterminé le lloi et le roi tle Suède à accorder à l'Empereur l'effet de su demande. En conséquence, le duc de Clioiseul et le barou Ax Scheffer, ministre du roi de Suède, ont écrit une lettre au comte de Starhemberg pour notifier le congrès à l'Empereur, et Leur» Majestés Très Chrétienne et Suédoise ont envoyé une déclaration, dont copie sera ci-joiule, à la dièlo de Ratisboune pour faii'e la même signification à l'Empire et l'inviter à remettre ses intérêts entre les mains de l'Empereur en qualité de chef do l'Empire,
Le sieur comte du ChAlelct aura soin d'entietenir avec l'ambassadeur du Moi au congrès d'Augsbourg une correspondanci* exacte et de l'informer, en même temps qu'il rendra compte au ministre des affaires étrangères, de tout ce qui aura rapport à celte démarche des couronnes garantes et h la paciiication générale de TAllemague.
i. Le comte de Brabl, ministre iJ'AugusIe Uï, né en 1700, mort eo 1783.
2. En 1737, la di^ie, sur la proposition de l'Autriche, avait décidai que le roi <U Prusse, ayant enrr«iQt la paix de l'Empire, il serait formé contre lui ud« armte d'exéoutioD.
LA FRANCE ET L'ALLEMAfiNE.
Tels sont les principaux objeU île la mission du sieur comte lu Cbàlelet. Comme son zèle pour le service du Roi, ses lalents, son application et l'avantage qu'il aura de trouver la cour de Vienne préparée h lui donner sa confiance pour colle que les flieurs duc et comte de Choiseul se sont acquise auprès d'elle» ont fait le mulif du choix de Sa Majesté, ils le sont aussi de l'espérance qu'elle a qu'il s'acquittera h la satisfaction réciproque des Ideux cours de la commission qui lai est confiée, I Quoiqu'il ait pu reconnoitrc par les différentes lettres qui lui lut été communiquées quel est l'état des cours étrangères rela- Bveroent à la France, cependant on a cru devoir lui donner un Bémoire d'observations séparées sur chacune d'elles. On n'y a pas oublié les niraires de ta diète de Ratisbonne; mais par la counesion intime qu'elles ont avec la cour impériale, on ne croit ^■as pouvoir se dispenser de faire connoître ici en général le ^^ystèmo du Roi par rapport à rEmpire.
Quelque forte que soit l'union du Roi avec l'Impératrice,
quoiqu'il soit animé du désir le plus sincère de la rendre à jamais
^Burable, son idée n'a jamais été, on la formant, d'abandonner
^rEmpire ni les princes protestants en particulier, ni de se prêter
à aucune mesure qui put donner atteinte aux lois et constitutions
de l'Empire consacrées dans les traités de Westphalie, duiit il
it garant. Au contraire, Sa Majesté, persuadée que Leurs
ijcMé» Impériales n'ont aucun dessein contraire au maJutien
sj-Ktème grermanique. a déclaré nettement ses intentions là-
*ua en s'alliant à la cour de Vienne, et c'est par ce motif que
^traités de Westphatie ont toujours été mis pour base dos
ûtés que la France a faits avec elle.
L'intention du Roi est donc que son ministre plénipotentiaire
ivaille à aiïennir la nouvelle uuion de la France avec la cour de
tenne, sans aiïoiblir celle qui est anciennement établie entre la
et l'Empire, et dont le nœud le plus ferme réside dans la
^rantie de la paix de Westphalie qui, en fixant les bornes de
rauloritc impériale, assure aux princes de l'Empire les droits de
ienn libertés et de leur religion.
II est d'autant plus important que te sieur comte du (Ibâtelet informe à ses principes sa conduite près la cour de Vienne et
son langage aux ministres des princes de l'Empire, qui lui feront paroîtiT quelque inquiétude sur les desseins de la nouvelle ulliance à cetrgard. que les rois du Prusse et d'Angleterre n'ont cessé de la représenter comme tendante à établir le despotisme de k cour de Virnne en Allemagne et à élever la religion catholique sur les débris de la protestante.
S'il arrivoit, contre toute attente , que le sîenr comte du Châtelet s'aperçût que la cour impériale voulût faire quelque démarche opposée aux lois et constitutions gemianiques, non seulement il s'abstifndroit d'y prêter son ministère, mais il eniploîcioil les conseils les plus amiables pour tâcher de les en détourner, et il en informeroit sur-le-champ le sieur duc de Choiseul, afin que l'on pût prévenir à temps les inconvénients qui en pourroient résulter, et qui seroient aussi contraires au bien de l'Empire et aux intérêts de Leurs Majestés Impériales qu'à ceus de la cause commune.
Le sieur comte du Cliàtelet pouna s'ouvrir avec le comte de Barck, ministre du Suède, sur ses instructions relativement k TEmpirc, cl dans cette partie marquer, à chaque occasion, delà conliauce audit comte du Barck, commr ministre d'une puissance garante avec le Roi des traités de Westphalic.
Outre les choses obligeantes que conticuneut les lettres de créance que l'on fait remettre au sieur comte du ChAlelet pour Leur» Majestés Impériales, il ne pourra trop les assurer de la parfaite amitié du Roi pour elles, de sa pleine confiance dans leurs senLitiments à son égard, et du désir sincère dont il est animé pour leur gloire et leurs avantages.
Comme il est important de donner au ministre pléniputcntiaire du Roi des notions préliminaires du caiactère et des affections des principaux personnages qui composent la cour impériale , ainsi que des ministres étrangers qui y résident, on en a fait un tableau séparé que le sieur comte du Châtelet gardera très secrètement et qui ne lui servira que pour sa direction.
Quant au cérémonial qui doit être observé à l'égard du minift- Ire plénipotentiaire du Roi et qu'il doit observer, soit avec la cour de Vienne, soit avec les minisires étrangers, le sieur de Sainte-
DEVOIRS DES AMBASSADEURS
'oy, chargé des aiïaires du Roi h Vienne, lui donnera sur cet objet tous les éclaircissomonts nécessaires.
Comme le comle do Choiseul, ambassadeur de Sa Majesté & ^Augsbourg, sera instruit plus promptemeul que la cour des int<>rùl9 du Roi qui seront nég^ociés en cette ville relativement à la pacification do l'Allemagne, le sieur comte du Chfttelet suivi*a le» instructions dans chaque circonstance qui lui seront adressées par le comte de Choiseul, comme si lesdites instructions lui étoient envoyées par le ministère des alTaires étrangères et fera passer au ministre du Roi à Varsovie et à Pétersbourg celles iqui concerneront les objets qui seront relulifs à ces deux cours.
Pour assurer le secret des correspondances du sieur comle >du Chàlelet, soit avec le ministre des aiïulres étrangères, soit avec les ministres du Roi en pays étrangers, ou lui remet les tables de chiffres contenues dans l'état cî-joinl.
L'intention du Roi étant que tous ses ministres dans les cours étrangères lui remettent à leur retour une relation déttiillée de tout ce qui se sera passé de plus important dans le lieu de leur résidence, soit par rapport aux négociations dont ils auront été chargés, soit sur le cérémonial, l'élat des cours et dos pays où ils auront été employés, sur le caractère et les inclinations des princes et de leurs ministres, enfin sur tous les objets qui peuvent intéresser le bien du service de Sa Majesté ou sa ruriosité parlicuh'ère, le sieur comte du Châtelel aura soin de former sur la fm de sa mission un mémoire qut rassemblera tous ces détails.
Le Roi voulant encore que «es ministres, après qu'ils seront revenus auprès de Sa Majesté, remettent en original les instructions, les chiflVes et tous les papiers concenianl son service, le tout avec un inventaire sur la vérilication duquel il leur est donné une décharge, le sieur comte du Châtelet mwa attention de s'y conformer.
Fait à Morly. le 29 Juin 1781