LE PRINCE DE ROHAK, 177Ï
subordonnément aux vues que je viens d'avoir l'honneur de vous exposer et d'une manière si bien compassée que ses démarches ne puissent point la compromettre.
En effet, Monsieur, le Roi n'a contracté qu'une seule obligation formelle, et il se bornera à la remplir : c^est celle de secourir la maison d'Autriche si elle est attaquée dans ses possessions. Lu traité du 1" mai 1756 détermine les cas do l'allianco ainsi quek portée des secours- En lisant ce traité, on voit avec précision que les secours stipulés doivent être entièrement à la disposilion dt la partie requérante. Ce ne seroit donc point au Roi d'eu déterminer l'emploi, et si ce cas cxistoit. Sa Majesté ne pourroit qoe se conformer aux vœux de son allié. Je présume. Monsieur, qilè M. Durand ne vous aura pas laissé ignorer la décinralion que ie ministbru autrichien lui a faite que Leurs Majestés Impériabt opteroient pour la prestation en argent du secx>ur8 stipulé.
Cet exposé succinct, Monsieur, suffira sans doute pour fixer votre jugement et votre conduite relativement aux différentes vues que votre zèle, la position cntique de la cour de Vienne et la collision des intérêts et des desseins des puissances orioD' taies do l'Europe vousavoit fait nuttre. Dès que le Roi est résolu de ne pas s'inuniscer dans leurs querelles, il ne seroit ni juste ni praticable de fonder sur les conjonctures des vues quelconques d'agrandissement. Los avantages qu'il seroit peut-être possible d'en retirer soit relativement à une acquisition de territoire, soil relativement à la consotidatiou du système intérieur de l'Ilalic, ne compenseroient jamais aux yeux de Sa Majesté les maux qu'il pourroit eu coûter à ses peuples et h la chrétienté, nin'excuseroîenl l'espèce d'iuridélîté qu'elle feroit aux sentiments et aux devoirs do l'alliance et de l'amitié.
Le Roi est donc résolu^ Monsieur, de remplir avec exactitude MA engagemcuts et de cultiver l'alliance de Leurs Majestit Impériales sans épouser leurs querelles particulières, mais aussi sans susciter des obsUicles aux mesures que pourroient letir dicter les intérêts les plus puissants, puisque le succè>i de CQ» mesures ne peut être qu'agréable à Sa Majesté cl à ses vœux «t à sa politique.
Je ne puis même me dispenser d^avoir Thonneur de vdui
AFFAIRES D'OniKNT ET DE POLOGNE.
observer h ce sujet que c'est probablement moins par fierté que la cour de Vienne n'a point invoqué te concours du Roi, que par la juste opiuiou que Sa Majesté a pris à lAche do lui inspirer.
H Tel est, Monsieur, lo cercle étroit des vues dans lequel le nystème actuel du Roi nous circonscrit. Nous sommes d'ailleurs ires tranquilles sur les vues et sur les dispositions de l'Auglcterre : celte puissance est non seulement très éloigaée de favoriser la
ttissie dans l'Archipel, mais sa jalousie est tellement marquée et constante qu'on poun'oit se reposer sur elle du soin d'empêcher » Russes de former aucun établissement dans les mers du Levant en deçà des détroits. Quant aux vues d'agrandissement fbnl il est probable que le roi de Prusse fonde le succtis sur les conjonctures actuelles, nous devons nous borner à observer réimpression que la conduite de ce prince peut produire à Vienne, et le Roi se réserve de vous faire connoîlre, selon les temps et les circonstances, sa fa(;on de penser sur cet objet.
ISa Majesté vena avec plaisir, Monsieur, que Leurs Majestés kipériales défèrent aux instances que lo roi d'Esjiagne leur fait 'envoyer un ambassadeur à Naples, et Sa Majesté trouve bon que vous unissiez vos bons oftices h ceux de M. le comte Maliony pour y déterminer cette cour. Sa Majesté adopte entièrement le vœu et les sentiments du Koî son cousin à cet égara.
La pointure que vous faites dv. la manière dont l'Elmpereur se conduit dans les alTaires de Dolième ne promet pas h ce royaume un prompt soulagement.
Nous voyons avec plaisir, Monsieur, la manière favorable
Émt la cour de Vienne a fait traiter les confédérés de Bar. Il mbie qu'elle s'échaufîe peu à peu en faveur des Polonois. Comme il convient au service dn Roi que vous ayez connoissance Hm instructious que nous adressons à M. le baron de Vioménit, ^ai l'honneur de vous envoyer ci-joint la copie des trois dernières itlrcs que je lui ai écrites.
J*ai l'honneur d'être, avec un très sincère attachement, [onsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Les négociations onlann?es entre Berlin, Pctersbourg et Vienne
)outirent aux traitas du premier partage de k Pologne signés à
îr&bourg le 25 juillet 1772. L'Autriche prenait le Zips, presque
>ule la Russie rouge avec Lemberg, une partie de la Podolie et de
Volhynie, la partie méridionale de la petite Pologne sur la rivo
lile de la Vistule supérieure , avec les salines de Welicka et do
ïbnia; le Zips fut réincorporé à la couronne d^ Hongrie, le reste
la le royaume de fîallîcie : le tout constituait pour l'Autriche un
:croissement de deux millions six cent mille habitants.
La guerre entre les Russes et les Turcs se termina par le traité
Kaloardjî, du 10 juillet 1774. La Russie prenait les deux Kabarda,
faisait la proteclriee dos principautés du Danube, la garante de
•indépendance des Turlares de Grimée et s'assurait, en gardant
\rof, Yéni-Kalé, Kinburn, l'exercice de la libre navigation qu'elle
obtenait dans la mer Noire.
Le prince de Rohan resta à Vienne jusqu'à cette époque,
HbiîUel 1774. Il partit alors, laissant l'abbé Oeorgcl comme chargé
^■'affaires. 11 eut pour successeur M. le baron de Breteuil. dont l'in-
^Ptruction est datée du 28 décembre 1774, Louis XVI étant roi de
France cl M. de Vergennes ministre des affaires étrangères.
IM
LE BARON DE BRETEUIL, 177t.
MÉMOIRE POUR SERVIR P INSTRUCTIONS AU SIEUR BARON I>E BRrmiD, ALLANT RÉSIDER A VIENNE EN QUALITË D* AMBASSADEUR CXTRAOBniNAlBE I)U noi PRÈS LEURS MAJESTÉS IMPÉRIALES ET ROT A LE APOSTO- LIQUE. 28 BÉCEMBBE 1774'.
Le zèle, rapplication el loa talents que le sieur baron de Breteuil a monlrés dans lo cours des diiïércntes missions qu il a remplies, ayant inspiré au Roi la confiance la plus entière dans son attachement à son service, ainsi que dans ses lumières etsoQ expérience, Sa Majesté n'a pas cru pouvoir faire un meilleur choix que de le charger de ses intérêts auprès de la cour la plus importante et dans les circonstances les plus délicates. Elle est persuadée que la manière dont il remplira cette destination rt ' les nouveaux serN'ices qu'il rendra h l'Ltat lui donneront de nODveaux droits à son estime el k sa bienveillance.
La confiance particulière que le Roi accorde h son amba»-' sadeur extraordinaire et l'importance des fonctions dont il va être chargé, détenninent Sa Majesté à lui faire donner ime connoissance exacte et détaillée do ses intérêts et de ses vues politiques combinés avec les intérêts et les vues des autres États de l'Europe, que leur puissance et leur position mettent h |iortéûl d'influer dans les affaires générales.
Comme l'alliance rend la cour de Vienne en quelque sorte centre de nos calculs politiques, il est important que le baron île' lîreteuil soit instruit dos principes de notre conduite, afin df mieux sentir leur liaison avec les différentes mesures que les circonstances peuvent conduire le Roi à prendre et de lo mettre k portée d'éclaircir et d'apprécier le système el la conduite tle la cour de Vienne. Pour remplir cet objet avec quelque ordre on parlera :
1" Du système el de la situation de la cour de Vienne, vis-à-vi« des principales puissances de TEurope ;