I. ALLIANCE DE \i:iCu
erre; la tranquillilf'' dv l'Italie ne Icnciil qu à la modération du i de Sardaigiic, toujours atlontif à s'agrandir à ses dépens; elle voyoil les Pays-Bas muiinacés (loiir une cause ùlrangfcre ot le roi do Prusse pnH à fondre sur clic. Telle fut lu situation qui la porta
t rechercher l'alliance do la France.
On ne s'arrêtera pas à suivre la marche des deux cours ndant la guerre ni les variations que ses succès et ses revers apportèrent dans leurs vues et dans leurs engagements, son issue ninlheureuse les ayant fait évanouir. On se rappellera simplement ici la position où la conclusion do la paix laissa l'alliance. Les deux puissances eurent à s'applaudir de la (idélité qu'elles avoient respeclîvenient apjnorléo dans l'accomplissement des devoirs de Talliance et de l'amitié.
On crut assez généralement que les deux paix no s'étant pas faites de concert, il en résulleroit des mécontentemenls; mais l'al- Hance dans son origine n'ayant de relation avec la guerre contre RAnglelerre que par l'effet possible de la neutralité du continent, «l la combinaison des vues que les deux cours formi'rent dans la suite, ayant pour objet des convenances particulières, chaque partie, en renonçant à cet avantage, recouvroit la faculté de dissoudre l'union.
S La cour de Vienne, vit h la vérité, s'évanouir le projet d'abaisser la cour do Berlin et l'espoir de récupérer la Silésie, en quelque manière contre le gré de ses alliés; mais elle recueillit Tavantage immense de se convaincre que son ennemi n'étoit point invincible, d'avoir déconcerté ses mesures et fait éclater •es projets à contre-temps,
La France, de son côlé^ u'avoil nul sujet de se plaindre de la maison d'Autriche. Lorsque les tentatives, dont on a parlé sous raiiide de l'Angleterre, concernant la neutralité du conlineal furent faites, le ministère anglois. pénétré du sentiment de ses fautes, sollicita vivement la cour de Vienne d'abandonner notre nlliance et do reprendre ses anciennes liaisons, et même d'en former de nouvelles avec la cour de Berlin, auprès de laquelle le roi d'Angleterre offroil son enlremisp. Son ministère ayant ainsi mis se» intentions à découvert, fouinll à la cour de Vienne un prétexte plausible pour éluder une négociation qu'il ne lui cou-^
venoil pus dv. jjousseV plus loin. Elle se aonliînta d'avoir dessillé les yeux au ministère unglois et d'avoir préparé le germe de réflexions profondes qui dévoient tôt ou tard rendre pcsHible 8on retour vers l'Angleterre.
Elle s'applaudit au surplus d'avoir eu cette occasion de donner à la cour de Versailles, qui ignora dans le temps les particularités que l'on vient de rapporter, une preuve de son atUchcmcnt à ralliance. On peut penser, eu eflfel, qu'elle est fermement résolue de lu iiiainltMiir tiint qu'elle no recevra pas de sujet de méconlemeut et de délionce. Il est aise de se convaiocre que son intérêt est garant de sa fidélité.
Des avantages respectifs de notre alliance avec la coor de Vienne et de la conduite politique du Roi à cet égard.
Les avantages qui résultent pour la cour de Vienne de l'alliance sont eu effet visibles. Elle assure la tranquillité de Tltalic et des Pays-Bas; elle diminue les inquiétudes et les chagrins que donnoieut à la cour impériale les eCTorts continuels de la France à combalLre ses inlér6ts dans l'Empire, et elle la met en étal d'employer, en cas de besoin, toutes ses forces contre la Prusse cl conlro la Porte. Enfin, elle ne se défend peul-élre pas de l'espoir secret de devenir la puissance prédominante sur terre, en engageant également l'Angleterre et la France k porter toutes leurs vues sur raugmenlalion de leurs forces maritinkes.
L'utilité que la France lire, de son côté, de cette réunion, consiste en ce qu'étant rassurée sur le continent, où elle n'a point d'autre ennemi à redouter que TAulriche, elle peut diminuer le nombre de ses troupes de terre, s'épargner les liaisons onéreuses qu'elle avoil entretenues en Allemagne et dans le Nord jusqu'à l'époque de l'alliance, porter sa principale attention sur sa marine et diriger ses eflbrts à contre-balancer la puissance de TAngleterre dont la supériorité sur mer doit intéresser ta prévoyance.
La cour de Vienne sent bien qu'en pesant exactement avantages mutuels, les siens remportent sur les nôtres : que l'alliance avec la Prusse nous seroit peut-être plus profitable que
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sienne; qiio s'il semble au premier coup d'œil que la France auroit un ennemi de plus, on no peut se dissimuler que les choses ayant rhangé de face par la perle de la Silésie et par lc3 nouvelles acquisitions du roi de Prusse en Pologne, les forces autrichiennes Irouveroient assez d'occupation du côté de cette puissance pour TroipAcher de faire beaucoup de mal à la Franco; que, d'un autre côté, celle-ci no pouvant plus faire la guerre »m' le continent que d'une manière fort onéreuse pour elle, il no lui resteroit ni espérance de conquête, ni les moyens de se procurer dans le continent des nantissements pour récupérer les pertes qu'elle feroit sur mer; enfin, qu'elle devroit perdre do
IYue ses forces naturelles, qui sont celles de terre et que, au ^ntraire, en formant des liaisons avec le roi de Prusse, les Pavs-Das et la Hollande lut présenteroient Toccasion d'une nierre moins dispendieuse et des vues d'agrandissement, r Le ministère autrichien s'est aperçu plus d'une fois que ces réflexions n'échappent point au ministiire de France , qu'il senloit le défaut d'égalité dans les avantages réciproques du
kyslème et qu'il n'étoit pas sans inquiétude pour 1 avenir. II a enti que Tamôlii^ration du gouvernement autrichien, le goiU de Émpi'reur pour le militaire et les finances, TindilTércnce supée de ce prince pour la France, la crainte de voir les puisci»» prussienne et ottomaue abaissées, le penchant île l'Auhe pour des liaisons avec la Russie et avec FAnglelerre, il a taenti, dis-je, que tous ces motifs pouvoient arfoibtir la conliance Bu Ciibinol de Versailles, et le résultat de ces combinaisons étant juc l'Autriche perdroit beaucoup et la France très peu à la dissolution de l'allianoo, la cour de Vieimo y trouvoit un motif de plutf de faire tout ce qui dépendroit d'elle pour eutrctenir l'allîaoco avec cette couronne, et elle a regardé, comme on Ta déjà observé, l'amitié de l'Espagne comme un des meilleurs moyens do fixer la France dans le système actuel.
On ne peut se dissimuler que différents événements relatifs ait guerre des Turcs et au partage de la Pologne, n'aient un peu altéré l'esprit de l'union des deux cours. Celle de Vienne, fidèle à la lettre du traité, n a pas toujours pensé que la confiance fût un effet nécessaire de l'amitié; et croyant la satisfaire par quel-
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quns ouvertures h demi articulées, elle agissoit sans son conaraw et supposoit que la France, en vertu de l'union, devoil approuver aveu 1,^1 ément tout ce qui étoil utile à la maison d'Autriche, sans considérer que dans une telle alliance les avantages doivent être é^ux; elle supposoit, d'ailleurs, que l'assistance réciproque* déterminée pai* le traité devoît être illimitée.
Le feu Roi ne fut pas insensible à ces procédés ; mais sa modération ne lui permit pas de s'en ressentir. Il se contenta <1« faire déclarer à la cour de Vienne que les guerres qu'elle s'attireroit à raison de ses acquisitions en Pologne, ne seroient pas censées comprise dans le cas de rallianco.
L'impression que cette déclai'ation a produite h Vienne, Ml encore subsistante, el il seroit important que le Roi en conntl toute la force el loules les conséquences. Il recommande particulièrenn^nt h son arabassarli^ur de s*occuper à pénétrer les dispositions de Leurs Majestés Impériales et de leur ministère i cet é^ard. On doit d'autant moins présumer que la sincérité de leur attachement au système en ait souffert quelque atteinte, que les bases les plus salid»^s dv l'alliance subsistent et que les accroissements de la Prusse et de la Russie et rafToiblissement de l'Empire ottoman forment de nouveaux motifs pour affermir TAutriche dans le système qui lui a été jusqu'ici trbs utilct mais qui paroît lui devenir désormais nécessaire.
Le Roi croit donc pouvoir compter sur ces dispositions et sur les sentiments personnels que les liens de son alliance avec une princesse autrichienne ont si heureusement cimentés. Il sait, d'ailleurs, que le prince de Kaunîtz, créateur du système, yc*l inviolablement attaché, et que si sa politique est d'ailleurs ingénieuse à trouver des expédients pour concilier les intérêts de sa cour avec les devoirs de l'alliance, sa façon de penser personnelle l'cngageroit à quitter le ministère plutôt qu'à la rompre sans sujet. Le ministère autrichien a d'ailleurs une confiance entière dans les maximes du gouvernement de France, et il a souvent avoué que la cour de Versailles n'avoit rompu que très rarement ses traités, ni manqué à ses engagements sans motifs légitimes.
Sa Majesté, de son côté, est animée du désir le plus sincère
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îver des liaisons qii'ello juge convenables au bien de son
Liai. Elles assurent en eiïet la paix qu'elle désire avanl tout de
■Dnserver. Le roi de Prusse connoît trop bien le prix de ses
troupes el l'avantage de rassembler et de faire mouvoir ses
trcos autour d'un centre fixe et à la moindre distanre possible» lur les exposer dans uue guerre lointaine dont les succès ne lui oiTriroient aucun objet utile d'accroissement. La réunion de ce prince avec qutdque autre puissance du continent contre la France paroît impossible. D'un autre côté, le danger le plus apparent de r»illiance éloil jusqu'ici l'anéantissement de cette même puissance prussienne : un des bassins de la balance que la France doit lenir rehilivement à rAUemagne, se seroit par là trouvé détruit ; mais ce danger est aujourd'bui passé par la constance que cette monarchie vient de prendre. Le partage de la ologne, qui pouvoit d'ailleurs intéresser l'humanité des princes de l'Europe et le respect dû aux droits des nations, a produit cet effet sahitjiire. En augmentant les sujets de jalousie et de discussion entre les trois puissances qui y ont participé, les suites de ce partage les occuperont et les diviseront vraisemblablement lorsque leur union éphémère aura atteint son but. On peut donc dire que quand une distance de cinq cents lieues, le concert de ois grandes puissances résolues de dépouiller un prince foible l'indiiïérence ou l'impuissance du reste de rEurope, n'eussent opposé des obstacles invineibles aux elForts que le Roi eût pu pour sauver la Pologne, la politique de la Franco uuroit eu ■ à s'applaudir si elle eût ménagé l'événement de cette crise si favorable à ralliancc et à l'Europe.
Une dernière objection contre l'alliance qu'on no doit pas ^issimuter, c'est qu'en supposant qu'elle subsiste pendant les Hucrres qui pourroient survenir, la France n'aura point, comme K-devant, des objets directs pour l'emploi de ses forces de ^i»rre et qu'elle ne pourra faire des conquêtes que sur son allié on sur le corps germanique, dont la conservation l'intéresse, au lieu qu'en s'alliant avec le roi de Prusse, elle pourroit former les vues BTagnmdiHsement b's plus utiles.
Un roi conquérant auroil sans doute à regretter cette posion; mais uii roi citoyen s'applaudit de se trouver placé dans des
conjonr lures aussi favorables h ses vues pacifiques el bienfaisantes.
Sa Majesté ayant adopté pour maxime de préférer à toaln autre gloire celle àe rendre ses peuples heureux et de maintenir, autant qu'il est en elle, la tranquillité générale, nulle autre alliance que celle de la maison d'Autriche ne peut convenir è SCS vues et à ses intérêts.
Elle est résolue en conséquence de la cultiver avec le plus gi'and soin et d'éviter tout ce qui pourroit occasionner des mécontentements et du refroidissement. Gomme elle est en grande partie fondée sur Tamitié personnelle, et que la conservation de l'amitié s'obtient par l'étude des passions et du cai'actëre, par li dextérité avec Inquelle on les dirige à ses \'ues. et par l'adresse de s'y accommoder selon les circonstances, le Roi est persuadé que son ambassadeur se pénétrera de ces vérités et qu'il saura en allier la pratique avec la dignité do son caractère.
Au surplus, Sa Majesté est bien éloignée de vouloir acheter 1» persévérance de la cour de Vienne par tous les sacrifices qu'on 4 souvent supposé que la France lui faisoit. Il faut que la cour de Vienne n'attribue pas à défaut de lumières ni à pusillanimité si 1« Roi demeure ferme dans ralliance malgré Tinégnlité démontrée de ses avantages. 11 importe que celte cour sente que Sa Majesté n'est altacliée au système que par Tidentité des vues pour lu paix, pur la confiance dans les sentiments d'amitié et dans la façon de penser de Leurs Majestés Impériales, et pai* le désir de continuer une union si propre à faire le bonheur de leurs peuples et de l'Europe.
La grandeur de la puissance du Roi, la position do ses ÉtJits et les soins que Sa Majesté est résolue de donner à leur administration intérieure, la mettront en cirel dans tous les temps en état de choisir entre tous les systèmes politiques celui qui conviendra le mieux à ses vues et à ses intérêts. Elle ne manquera jamais d'alliés tant qu'elle conservera la considération qui lui est dast et elle est bien déterminée à ne la sacrifier jamais à aucune sorte d'avuntages.
Elle pense que les complaisances mêmes doivent être réciproques et que l'alliauce doit s'eulreteuîr par un échange perpétuel
SYSTÈME POIJTIOrK lîK I A FRANCE. f«
àe bons procédés et do sonices mutuels. Getto balance est d'au- Uint plus import^inte ù maintenir qu'une conduite contraire annoncproit une foiblesse et une îne onséquence dont nous di«vonft tMrt' ntt«-ntirs à écarter le itoupçon. (îclte conduite multiplieroil d'ailleurs les prétentions de la cour do Vienne qui n a pas toujours montré à cet égard Tesprit de justice et d'égalité qui a toujours caractérisé les procédés du feu Roi. Un exemple qu'il n'est pas inutile de rapporter ici, c'est le mécontentement que le cabinet autrichien se permit de témoigner lorsque Sa Majesté renoua sa correspondance avec la cour de Berlin.
Il faut avouer néanmoins qu'il est impossible que l'union des deu.\ plus grandes puissances soitexem[»tc de tout nuage; mais si l'alHance entraîne quelques inconvénients, ils seront réparés par Tattention constante que le Roi donnera aux moyens de concilier les égards qu'elle exige avec co qu'il doit à Si\ dignité et ù FinlénH tdo son Ëtat.
Ces dispositions guideront le sieur baron de Breteuil dans sa conduite et dans son langage.
On va, pour achever de le mettre nu fait des vues du Roi, lui icer succinctement le système que Sa Majesté se propose de ivre avec les autres puissances de l'Europe relativement à tout
[ui peut avoir quelque rapport avec la cour de Vienne ot quelque intluence directe ou indirecte sur l'alliimce. On évitera, autant qu'il sera possible, de se répéter.
Du système politique du Roi vls-À-vls des autres puissances de l'Europe.
L'Esptttjne,
Le détail où l'on est entré ci-dessus a déjii fuit connottre à l'ambassadeur du Roi la conduite à tenir pour établir, d'une manière convenable, l'opinion de l'union du Roi et du roi son oncle. Sa Majesté Catholique envisage du mémo œil que nous lu crise où l'Europe se trouve, et ob8er^'e ave<' lu même attention lo dAvaloppement des vues nouvelles que la situation actuelle da Nord ot de l'Orient produira : elle sent, comme le Roi. la iH'ce««
site de se montrer prêt à tout, sans menace et sans affectation, et cette union de vues et de sentiments en imposera aux ennemis du repos public. Le concert le plus intime est établi à cet égard entre les deux couronnes.
Le sieur baron de Breteuil se conformera, dans ses procédés envers l'ambassadeur d'Espagne, aux maximes qui dirigent les démarches du Roi. Il lui confiera en conséquence tout ce que la prudence ne lui ordonnera pas de dissimuler, et il Tassociera à son r6le d'observation et de vigilance, que le sieur comte de Mahony lui aidera utilement à remplir, s'il obtient sa confiance, ainsi que l'on n'en doute peint.
Naples.
Gomme cette cour n'est point en alliance directe avec le Roi et qu'elle n'est pas à portée d'influer dans les affaires générales par elle-même, elle n'entre pour rien dans le système politique dont on rassemble ici les principales branches.
Le roi de Sardaigtie.
L'union de la France et de l'Autriche tient la puissance sarde en échec et nous rend momentanément son amitié moins intéressante, n est néanmoins de la bonne politique de ménager son affection et sa confiance par des marques d'intérêt et des bons procédés, afin de la disposer favorablement pour le moment où son alliance nous deviendroit utile. Les liens multipliés qui unissent les deux maisons semblent devoir faciliter les moyens d'arriver à ce but.
Jusqu'ici la cour de Turin a pris peu de part aux affaires de l'Allemagne, et elle ne remplissoit pas le poste de ministre de Savoie à la diète de l'Empire ; elle n'avoit même paru donner aucune suite aux intrigues qu'elle avoit employées lors de l'élection du roi des Romains, pour envenimer l'affaire de Crênes et réveiller l'attention du collège électoral sur l'Italie en général.
Deux faits récents sembleroient indiquer des vues secrètes de sa part : le premier est la nomination d'un ministre à la cour de Berlin, et le second l'envoi d'un autre ministre à Ratisbonne. Le choix du comte Mirabel pour ce dernier poste semble en