LA FRANCE ET LA RUSSIE
La Russie.
linc
Kéc
Le Roi uc pcul que s'en rapporter uu jugement do lu maison
l'Aulricht' sur son inti'rAt propre et sur la position respcctivo des
deux cours impériuks. Su Majesli' un jusqu'iei ni juloustc ni
inquiétude sur le syslfemt' d'(''<jfards i*l de mênageniimts qui en
^sulte. Elle eroit (|ue ranibilion inquiète et active de la Russie
peut seule y mettre un terme, et elle ne veut pas s'allaeher à le
hâter ni à le prévenir; mais elle peut réruser le ju^iement des
ùnistres autrichiens relativement à la position de la P^rance
ns-à-vis de ta Russie. Les deux motifs sur lesquels le prince de
^uunitz fonde l'incompatiltilité de leur politique no tiennent qu'à
'l'ambition peisonnelle de tiUllierine II, Lorsque relie princesse
et ses successeurs adopteroiil des prlni'ipt's de justice et de paix,
le Roi deviendra leur allié naturel, puisque les dmix empires
pourront se rendie réciproquement des services importanls, sans
^tre à portée ni intéressés à se nuire direcleraent. Cet aperçu
arott tellement vrai que la conquête même de ConstantinopJe
Ui! le rendroit peut-être que plus évideul.
II ne faut donc pas se méprendre au lan^çage que le ministère autrieliien nous lient constamment sur cet objet. II met sans doute une grande valeur au système d'une réunion toujours prépiuée et susceptible d <Mre eirectuéc avec la Russie; mais il n'en met guère moins à nous empêcher de nous lier directement avec j celU' jjuissauce et par elle avec le roi de Prusse. Quand même le prince de Kaunitz croiroil que nous raniènerious la Russie à la cour de \ ieiiue, il n'en répuiineroit pas moins ù tenir ce service de nous. Il \eul que la France ne tienne à la Russie que par ses maîtres. Telle est la fac^on de penser de la cour de Vienne con-
IlUitée par un** longue suite de faits et de pi*océdés, taul pendant la dernière guerre que depuis la paix. Il a paru utile île la eon.Htater ici, pour mieux fixer la mesure des propos que l'ambtus- ■adeurdu Roi pourra se permettre sur r»<l objet. I II doit éviter tout ce qui. dans le niumenl actuel même, pourroil choquiM' cet iiilérèt cliérî de la inais4>ii d'Autriche, malgré l'embarras qui ne peul manquer de résulter du hesuin de ménager
de se prôcaulionner. Il se bornera donc h exciter le ministère autrichien ?i lui d»''velopper ses vues et ses projets k cet égard. Il tâchera de saisir les nuances de rirrésolulion ou de la décision qu'il montrera. Ce sera le moyen le plus certain d'apprécier le fond des dispositions de celte cour et de fixer le jugement du Roi sur les suites et l'issue possible et probable de la négociation à laquelle les ouvertures de M. de Mercy donnent lieu.
On ne peut se dispenser de rappeler ici une remarque qui n'aura pjis échapjié à la sagacité de l'ambassadeur, non plus qu'elle n'a échappé à la sagesse du Roi et de son conseil; c'est qu'il importe infînimenl que le Roi ne se précipite {>as dans un concert dont la maison d'Autriche déclineroit ensuite Texéeutioa^ et dont, avec un peu d'adresse, elle nourriroit l'éloi^nement de (lalherine II pour la France. Sa Majesté recommande particulièrement cette considération au zèle et à la prudence de son ambassadeur. Il s'appliquera h démêler les dispositions fondamentales do la cour de Vienne, afin que Sa Majesté puisse diriger sa marche et ses vues en conséquence.
Ces dispositions dépendront probablement de la résolution de Catherine II vis-à-vis des Turcs. S'il falloit juger des intentions de cette princesse par la démarche du ministère autrichien toujours lent {'i prévoir et à se résoudre, on devroit croire qu'elles sont décidément olVensives, et que Catherine II a choisi le moment de crise où les alîaires générales do rKuropc se trouvent, pour porter les derniers coups à l'empire ottoman. Il est difficile d'un autre côté que cette princesse se flatte d'avoir assez réparé ses forces pour écraser les Turcs, et que ceux-ci, perdus d'ineptie et d'incurie, se flattent de lui résister. Comme il n'est pus possible, après la démarche de la cour de Vienne, de la soupçonner d'être d'accord avec la Russie, il est encore permis, d'après cette combinaison, d'espérer le maintien de la paix; en tout cas. l'ambassadeur du Roi ne hasardera rien en marquant celte opinion. Un certain degré d'indilTérence et d'incrédulité lui sera même utile pour engager le prince de Kaunitz à développer plus explicitement les sujets d'alarmes qui l'occupent fortement et qui l'ont rendu si agissant, malgré la force d'inertie qui le porte au repos et au silence.
LA bRANCE ET LA PHL'SSK.
La Prusse.
C'est vers relie piiissaiirr que toutes h'S iri(iui«Hii<t4>s ri loiiles les mcsurPs de la maison d'Atilrirhi- soiU roiisUmmorit (««uduet». Ln situation de leurs Ktals limilropliL's. roppositioii do lours iuléréts dans l'Knipire, les souvenirs des premiers agrandissemonU de Prédéril' II, la rivalité des deux cours qui cherchent à TiMni à pngner la Russie et le di^pit do l'ascendant que rêloile du roi de Prusse lui a pnMMiré. sont des motifs do déliauce el dininiiliiS îndeslructiyes tant que les souverains actuels règueiTUil cl qin^ les mêmes conjonctures subsisteront.
La Franco, obligée par ses traités à garantir les Llats autrichiens, n'est pas invitée par son intértH fi travaillera l'atlniblissi?meiit cl à la destruction de la monarchie prussienne. L'ambassadeur du Roi ne perdra jamais de vue cette distinction importante h dont l'expérience de la dernière guerre v[ les eotisidérations les plus essentielles doivent faire une loi constante. Il évitei-a avec » adresse toutes les insinuations qui pounoienL lui être faites conccniant une évolution positive contre la cour de Berlin, Il ne marquera néanmoins pas d'éloignement pour les projets généraux dans Icsijuels le roi de Prusse seroiL considéré comnio ^ fauteur de la Russie et comine complice des vues anibili«Mi.sos do H Catherine II.
H Si cette princesse médite réellement la deslniclion do Tem- " pire du Croissant, ses mesures doivent êln* nécessairement l'om-
I binées avec le roi de l*russe. et le systeui»; des convenances cl des accroissements mutuels et proportiuimés en ferolt san» doute la base. La cour de Vienne a lanl d'intérêt à découvrir ce complot i|u*on peut s'i'ii napportcr à elle du soin de le pénétrer. C'est avec douleur qu'on est forcé d'avouer que la conjoncluro ûcluelle doit paroltre favorahli' à ri* princt* |M)iir consommi'r lu projet de consolider sa monarchie et de fixer loin de ses {losstjs- K«ionA rintérèt capital de I empire rus«e. Il [>eut espérer de trou* ver d'autant plus de facilités à conduire la cour de Vienne à noii but par 1rs moyens pratiqués à l'occasion de l'airaire de la Polo* 1 gnc, que les princi|teH de morale et de juslic*! une foi» violé», ht politique ne consulte plu» que ses convenance».
nacraa ms wvtmucr. diplomat. i — u
514 LE Baron de breteuil, 1777.
Quant à rinsinuation du prince de Kaanitz concernant Taffoiblissement du parti protestant dans l'Empire, un triple intérêt anime le désir de nous y voir concourir : le premier, de déconcerter la cour de Berlin qui sait manier les intérêts et les prin^ cipes du corps protestant comme un iastrument utile k sa politique; le deuxième, d'élever l'autorité impériale à la faveur des formes et de la foiblesse delà grande pluralité des États; enfin le troisième, de montrer la France dans l'Empire comme l'appui de l'autorité impériale. Le Roi perdroit par là toute influence et toute considération, et fermeroit le retour des princes d'anciennes maisons vers la France.
Dès les premiers instants de l'alliance, la cour de Vienne a manifesté ce projet à notre égard, et on peut dire que c'est véritablement là la pierre d'achoppement de l'alliance, parce que la cour impériale ne sera contente de nous que lorsque nous entrerons dans ses vues, et que nous ne pouvons les adopter sans manquer aux engagements solennels du traité de Munster et sans anéantir dans nos mains l'instrument politique le plus utile que la France pût désirer, et qui excite tellement la jalousie de la cour de Vienne que ses partisans ont cherché à accréditer à Ratisbonne le principe que la garantie de ce traité étoit désormais sans force et sans vigueur. >
C'est donc encore un point délicat relativement auquel l'ambassadeur du Roi doit marcher la sonde à la ini^in. Il ne lui reste rien à faire pour établir nos principes à cet égard, après la manière dont il s'en est expliqué plusieurs fois avec les ministres de la cour de Vienne ; mais aujourd'hui la question se présente sous un nouvel aspect et avec une relation directe à l'alliance. Il ne pourra donc que provoquer la confidence des mesures qu'on croit propres à opérer l'efTet indiqué, en faisant entendre que le Roi est persuadé qu'on no lui en proposera pas qui ne soient concilîables avec sa gloire et avec ses engagements. Cette combinaison sera d'autant plus difficile à trouver que le parti protestant n'est plus qu'un nom, que la religion n'est que le prétexte d'un parti politique composé de princes d'anciennes maisons et des membres indépendants de l'Empire dont la cause est essentiellement celle de la liberté constitutionnelle
LA MAISON UK BAVIÈKK.