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LA TURQUIE ET VENISE

otloman; ia Dulmalie, l'Albanie, \a Morée l'I peiit-i*»lrp la Candie pouiToicnl les tenter; et Catherine II n'i^rpargnera jimliablnnetil rien pour les mettre eu activité, supposé que la base clo re concoure ne soit pas déjà établie.

Cette ilérisîon seroit infinimenl fî\rh<nise pour l'empire ottoman, aurtouH parce que sa marine seroit forcée de se partager entre TArebipel et la mer Noire, au Heu de se porter tout entière dans celle-ci pour écraser la marine naissante de la Russie.

Il seroil donc important de garantir l'empire ottoman de tout jianger de ce côté, et si la cour de Vienne veut s'entendre à cet rd avec le Roi, il sera facile d'en imposer h la république de Venise et de rompre sa c-oalition avec la Russie. La maison d'Autriche a des moyens puissants, prochains et décisifs, et le Hoi auroil ég^aiement h en employer d'efficaces pour appuyer la déclaration que les deux cours feroient, séjiarémeut rtu eu commun, quelles regarderont et traiteront la République comme leur ennemie si elle se déclare injustement, sans motif et par pure ambition, contre la Porte.

Dans la progression des négociations dont l'ambassadeur du Roi est chargé, il trouvera le moment de placer cette insinuation. II lAchera d'engager ia cour de Vienne à se charger de cotte dém^irche, mais il no se montrera pas éloigné d'assurer le CûAcours de la France, et s'il éloil même nécessaire pour donner de l'impulsion au ministère autrichien que le Roi se chargcAl du premier pas, Sa Majesté s'y prêteroit sans répugnance. Elle s'en remet cependant à la prudence du baron de Breteuil pour ménager cette gradation, selon Fespril géuéral de ses instruclions, lie manière k engager la maison d'Autriche le plus fortement et

;]o plus positivement qu'il lui sera possible.

n s*élèvera peut-être une question sur le choix du moment le plus propre h cette démarche. On observera qu'il seroît peut-être dangereux d'attendre qu'on ait acquis un certain de^ré do certitude relativement aux liaisons olfensives de la Russie avec ia république de Venise.

Cette démarche faite pendant que dure l'incertitude auroil

[plusieurs avantages :

1*" Elle auroit moins Tair d'usé loi impérieuse dictée à la

République sur des engagements déjà oonLraetés. et la tonrourp qu'on y donneroit ne présenteroit qu'un conseil inspiré par l'amitié et par une prévoyance qui ne suppose point de mauvaise volonté de la part des Vénitiens^ mais seulement des \'ues intéressées à la Bussie.

â" Quelles que soient leurs dispositions, TefTet de celle d<> marche sera plus assuré avant qu'aprîïs un traitô.

3" Cette démarche pourra produire un effet salutaire sur la Russie. On apprenti qu'elle ai'me dix-huit vaisseaux, et elle répaiid qu'ils sont destinés pour secourir les Anglois; mais on ne peut pas douter qu'ils ne soient préparés pour rArchipel et pour sonder la coopération possible des Vénitiens. Il est impossible que le Roi puisse s'adresser directement avec la Russie pour lai faire envisager qu'elle se compromettroit avec la France si t»llft envoyoit cette flotte dans la Méditerranée ; Catherine II peut se reposer de notre incurie et de notre inaction sur l'exemple de notre conduite pendant hi dernière guerre et sur les embarras qu'elle nous suppose peut-être vis-à-vis de l'Angleterre. FI est donc important de l'éclairer d'avance d'une manière catégorique et positive sur les obstacles que cet envoi de son escadre rencon- Ireroil et de lui faire pressentir la résolution du Roi à cet éganl. Cet objet paroît devoir cHre parfaitement rempli par la déclaration ou l'insinuation proposée à la république de Venise. La c^urde Pétersbourg on sera promptement insti'uite, et on pourra prendre soin d'en faire transpirer le secret.

4° On pourra se servir seulement de cette preuve d'intérêt el de ce service essentiel pour encourager et disposer d'une manière satisfaisante les Turcs, lorsque le moment sera venu de se mettre en mesure avec eux.

Ces différentes considérations paroissent décisives au Roi, ef Sa Majesté charge le baron de Breteuil de travailler d'après If point de vue qui vient d'être indiqué.

LE MABgLIS DE NOAILLES

La succession de Bavière fut réglée le 10 mai 1779 par les Irailéi de TcHchen, conclus sous la médiation de la France et de la Kussie ces traités réduisaient les prétentions de PAut riche aux districts do la Bavière situés entre le Danube, l'Inn et k Sal/a. L'i-lecteur palatin, Charles-Théodore, fut appelé à la succession de Bavière, et la ligne de Dcux-Poiils cul la succession éventuelle.

Une convention oxplirative du traité de Kaïnardji, conclue le ai mars 1779, sous les bons ortices de la France, avait suspendu pour un temps les différends do la Russie et de la Porte; mais les entreprises de (lalherine II trouvèrent bientôl en Autriche un puissant auxiliaire. Marie-Thérèse mourut le 29 novembre J780. Son Qls Joseph II avait sur l'Orient des vues qui s'accordaient parfaitement avec celles de la Russie. Les deux souverains s'en étaient assurés dans le voyage que Joseph II avait fait en Russie dans l'été de 1780. Dès qu'il régna seul, Joseph entama une négociation qui l'amena h conclure avec Catherine 11 une alliance intime, sous forme de lettres qui furent échangées entre eux, le 18 ruai 1781 de la part de Joseph, le ii mai de la part de Catherine. Dans la correspondance qui s'ensuivit, ils convinrent d'un vaste plan de guerre et de conquête qui tendait au partage de l'Empire ottoman. (Lettres de Catherine, 10 septembre 178*. de Joseph, 13 novembre 178J'.)

Cependant, Foccasion de mettre Talliance à l'épreuve et de commencer l'exécution de ce grand dessein se présenta. Des difCcultés entre la Russie et ta Turquie s'étaient élevéfs de nouveau au sujet de

I. Aninrni, Jotrph II und CalhoriHa von Huuland. Viena«, tMU.

LE MARQl'lS IlE NOAILLES, 1783.

la Crimée. Catherine H décida de s'emparer de ce pays. L'annexiot en fut prononcée par un ukase du mois d'avril 1783.

Le rapprochement qui s'^IîmI opéré entre l'Autriche et la Russie avait eu un contre-coup chez leurs alliés respectifs, el il en était n'sultê un rapprochement entre la France et la Prasse. Le gouvernement français s'efforça de contrarier le plan du partage de la Turquie, et il Ht des démarches en ce sens auprès de rEmper«>ur. M. de Breteuil ayant quitté Vienne au mois d'avril 1783. ce fut M. Rarthclemy, chargé d'affaires, qui remit à la cour de Vienne une nota datée du 1 1 juin 1783 et conçue dans cet esprit. La réponse de l'Empereur, là août 1783, n'ayant pas paru satisfaisante au ministère français, il y r<^pliqua par une nouvelle note qui contenait une décl ration très éner^'ique contre la politique de conquête'. Une néj dation fut en môme temps ouverte entre Versailles et Berlin. Mais Catherine H, se sentant soutenue par l'Autriche, pressait vivement les Turcs de contîrmer son ukase de réunion. C est dans ces conditions que le marquis de Noailles fut envoyé à Vienne avec l'instrucliun suivante qui est datée du mois d'octobre' 1783 ctconlresign«V de M. de^Vcrgenncs.

MÉMOIRE POUR SERVIR D INSTRUCTION AU SIEUR MARQUIS DE NOAII MARÉCHAL DES CAMPS ET ARMÉES DU ROI, PROIIER GEKTILHOIIS DK LA CliAMORE DR MONSIEUR, ALLANT A VIKNNE EU 0I:ALITÉ trAMDAi SADErR EXTRAORIHNAIRE ET PLÉNIPOTENTIAIRE DU HO! AUPRÈS DE

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