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ALLIANCE DE L'AUTRICHE ET DE LA RUSSIE

itîère, «t auxquelles [»ar ron9u<|uonl la Franc»' doit plus qu'aucune autre puissance prendre l'intérêt le plus vif et le plus suivi.

I Le sieurmarquisdeNoaines n vu, par les correspondances qui lui ont été communiquées, la révolution qui s'est opérée dans les rapports de trois grandes puissances. ïl a vu que la llussie a abandonné son alliance avec la Prusse pour s'unir avec ht mai.son

[d'Autriche; que, par cet événement, 8a Majesté Prussienne se trouve, dans le fait, son alliée, et que celle qui subsisle entre le Roi ot l'empereur des Romains a reçu un ébranlement dont les [eirets ne suuroîeut encore être calculés.

La cour de Vienne n'a cessé de jalouser l'intimité qui régnoil [entre les cours de Pélersbourir tt de Berlin depuis le commen- [^emenl du règne de ralherine II. .Mais les vœux de l'Kmpereur >our la rompre ne s'accomplissant pas aussi promptement qu'il Ig souhailoit, ce prince crut pouvoir oublier sii (îij;nité et sa [^•jindeiir pour aller lui-môme arracher, pour ainsi dire, de vivo force, rinipératrice au roi de Prusse, Cest dans celte vue et ,avec cette inlenlioii, que. l'Kmpereur s'est rendu en llussie. Ce irinc4}t dui'ant son séjour auprès de Catherine 11, doit avoir mis ses soins à ilaller la vanité de cette souveraine, à nourrir et Iter ses idées d'ambition, de renommée et de gloire, et il a ^BMÎ à jeter les fondements de l'alliance, dont il h depuis peu fait l'aveu ù Sa Majesté.

■ Cathciine II n'étoit pas sans dessein lorsqu'ollo s'est laissé Hentraîner par les insinuations et par les cajoleries de l'Empereur. "Cette princesse avoit depuis lon^'temps des ju'ojets d'agrandissements du côté de l'empire ottoman. Le roi de Prusse, son allié, ne lui semblotl probablement pas on situation, ni peul-Mre en volonté d'en favoriser l'exécution, L'Empereur seul pouvoil les seconder effuTaccment, et l'espoir de l'y euirager p.iroissoit sans doute d'autant plus probable à l'impératrice qu'elle rounoisfboit l'ambition de Joseph II et sou désir d'étendre ses domaines,

II n'est point permis de douter que co ne soit là le principe do l'alliance qui unît aujourd'hui les deux cours impériales.

En L'ITet, cette alliance existoîl à [»eine que l'on vit la llussie et ensuite l'Empereur faire des préparatifs militaires qui u'avoieul

LE MAHQUIS 0£ NOAILLES, 1783.

aucun objol connu. Le développement de ces préjmratifs .s'e*l fait insensiblement, et Catherine, se croyant enfin en mesure de soutenir ses projets hostiles, a levé le masque en s^em|>aranl de la Crimée et du Koubau pour les i^unir à son empire.

Lo marquis de Notiilles a lu dan» la correspondance de Vienne tout ce qui s'est passé entre ie Roi et l'Empereur reiativemeol aux intentions présumées de la Russie. Il a vu d'un côté la franchise et la sollicitude avec laquelle Sa Majesté s'est empressée de donner l'éveil h son alliée, et do l'autre les fausses confidences et les ouvertures insidieuses qui ont fait la substance des réponses de la cour de France.

Si le Roi eût gardé lo silence, il y a tout lieo de. croire que c'en étoil fait de l'empire turc, et le Roi auroit été aux yeux de toute l'Europe et de la postérité complice de sa destruction.

Cette réflexion, jointe aux suites elTrayantes que présenloienl à l'égard de la France les envahlssementA médités par les deux cours impériales, déterminèrent le Roi à mettre son sentimeolà découvert vis-à-vis de l'Empereur, à exhorter l'impératrice de Russie à lu justice et à lu modération et ù lui ofTrir ses bon» offices auprès de la Porte, enfin à faire connoitre ses démaicheï aux principales cours de l'Europe.

L'Empereur répondit en biaisant, en montrant de 1 humeuT et en laissant subsister l'opinion qu'il étoit résolu de prendre part aux dépouilles de l'empire ottoman.

Celte manière de s'expliquer n'a servi qu'à augmenter les sollicitudes du Roi el à lui faire sentir de plus en plus la nécessité ou de ramener l'Empereur de son égarement ou d'opp««er des obstacles à ses dangereuses entreprises. Dans cette vue. Sa Majesté a fait parvenir à c« prince le nouvel office dont la copie est ri-jointe.

Le Roi pouvoit d'autant moins se flatter que sa nouvelle tentative auprès de l'Empereur seroit fructueuse» qu'il savoil que ce prince concertoit toutes ses démarches avec sa nouvelle alliée, et que, selon une première réponse faite au marquis de Vérac ', Fimpéralrice de Russie déclinoit avec hauteur l'enlre-

1, Ministre de France ea Hussie.

POLITIQIE DE LA FHANCE EN ORIENT. ilT

miAe de 8a Majesté, ol étoil ré.solui* év maiiUcnir l'usurpation qu'i*iic Vi'iioil de faire de la Crimt^u el du Kouban.

L'événemont a prouvé que lo Roi tivoil très bieu jugé les disposilious de rEiiipereur. La n'-pliquc que ce prince a fMil remettre parle comte de Mercy, et duiiL la copie est ci-juiiite, a convaincu Sa Majesté que Joseph II porsisloit dans ses vue» et dans ses espérances secrètes, que sa nouvelle alliance a>e<' lu Russie Temportoit sur toute considénition, et que celle qui unit

Ice prince à Sa Majesté n'éloit plus que secondaire. Dans cet état des choses, le Roi auroii pu tourner toutes ses vues vers la Prusse et former avec elle une lig^uo capable de eontre-balancer celle des deux cours impériales ; mais Sa Majesté n'a voulu rien précipiter. EU»' est confirmée dans ce plan par la réponse qui vient de lui paivenir de la part de rimpéralrice de Russie.

^m Selon cette réponse, Catherine paroit, à la vérité, résolue do conserver les provinces tartares qu'elle vient d'envahir; mais cette prino'sse fait entendre que son intention nVst point de porter plus loin ses conquêtes, et elle invite le Roi à employer ses bons offices pour inspirer des sentiments pacifiques au Grand Seigneur.

Ce n'est pas ici le lieu d'examiner le fond du la réponse de

l'impératrice de Russie, comme ce n'est pas le moment où le

Roi doive en dire son opinion soit à Pétersbourg, soit à Vienne

H|£e qui importe quant à présent au Roi, c'est de remplir l'objet

principid et direct de sa politique, savoir, de prévenir les

hostilités entre les Turcs et les Russes, parce qu'il paroit cons-

Hiant qu'elles sont le signal convenu entre les deux cour» impé*

Briales pour exécuter leur ^rand projet contre la Porte Ottomane.

Sous ce {>oint de vue, la réponse russe est satisfaisante jusqu'il un

—^certain point, parce que si elle ne fournil pas au Roi le moyen de

^tranquilliser les Turcs, elle le met au moins en état de les arrêter

el de gagner du temps en enLaroanl une négociation qui leur

procurera le loisir de calculer leur position ut de prendre un

parti quelconque avec pleine connoissance de cause.

Le ton calme et même amical que l'impératrice de Russie a pris tout d'uu cxjup a dû causer quelque surprise; mais elle

528 LE MARQUIS OE NOAILLES, i783.

cesse à la vue des ouvertures qui Tiennent d'être' faites par le ministère de Londres. Il convient de faire connoitre à Tambassadeur du Roi la nature de ces ouvertures et le motif qui les a amenées, parce qu'elles devront influer essentiellement sur la suite des démarches que le Roi sera dans le cas de faire rdativement aux affaires de la Porte Ottomane.

Il a été observé plus haut que le Roi a communiqué aux principales cours le premier office verbal qu'il avoit fait remettre à la cour de Russie ; celle de Londres a eu part à cette communication. Le ministère britannique \ quoiqu'il convint des conséquences funestes que présentoit le système de l'impératrice de Russie, ne témoignoit aucune disposition à en arrêter l'accomplissement ; loin de là, il permettoit aux marins anglois d'entrer au service de la Russie, et il y a tout lieu de croire qu'il s'étoit laissé aller jusqu'à faire des insinuations, sinon encourageantes, du moins tranquillisantes à la cour de Pétersbourg. Mais il y a lieu de penser, ou que M. Fox a été seul l'auteur du système que sa cour sembloit avoir adopté, ou qu'il s'est fait une révolution subite dans le cabinet de Saint- James. Ce qui est certain est que c'est après l'arrivée de plusieurs courriers anglois à Pétersbourg, que la réponse verbale remise dernièrement a été rédigée. D'ailleurs, au même moment où cette réponse est arrivée à Paris, le ministère anglois, invité par Catherine II, a fait proposer au Roi un concert dont l'objet seroit d'engager les Turcs à consentir à l'abandon de la Grimée et du Kouban.

Il résulte de ces détails que les démarches des cours de Pétersbourg et de Londres ont été combinées ; que la première a été déterminée par les exhortations de celle-ci, et que le ministère anglois, qui s'étoit d'abord livré trop légèrement à son devoir d'obliger la Russie, a donné une attention sérieuse aux réflexions qui lui ont été faites de la part du Roi, et qu'il a mieux aimé revenir sur ses pas que d'être le coopérateur, au moins indirect, de l'inique système des deux cours impériales.

Mais à- mesure que le Roi conçoit l'espérance sinon de

1. Le ministère dit de coalition, formé en avril 1780. Il comprenait lord Portland, lord Noth'M.'Fox, lord Stormond. Il fut reaTersë en décembre 1783.

CHiSË D£ L'ALLIANCE ALTHICtlIEiNNE.

Stt

paciner les empires russe el oltomau, du moins do pa^nur le tf>mp9 nécessaire aux Turcs pour prendre un parti analogue h leur siluulion, il y u lieu de croire que Sa Majesté déplail à l'Enipereur. parce que ses démarches tendent dirrctemiMU f^i tlélruire .ou au moins ii «ébranler réchafaudu^e du plan d'agrundissemenl L^ui, selon toutes les apparences, est l'unique objet des vues et démonstrations de Sa Majesté Impérinle. Mnîs, quelque aiiach».^ que le Roi soit à son alliance avec la maison d'Autriche, et quelque sînciTc que soit son amitié pour Joseph 1! el son désir de lui complaire, sa justice, sa dignité, et rîntérét de su couronne doivent emporter la balance, et le Roi, entraîné par des motifs si impérieux, n'hésiteroit pas, quoique à regret, k renoncer à ses liens politiques avec la cour «le Vienne lorsqu'il aura perdu l'espoir den maintenir le priui-ipe et lorsqu'il st-ra convaincu que son allié, sans égnrà à ses exhortations, est déterminé à se livrer à des entreprises auxquelles Sa Majesté ne sauroit conniver sans perdre la considération qu'elle u acquise par dix années de

|»agesse, et sans faire un préjudice irréparable aux intérêts esscolicls de son royaume.

Le sieur marquis de Noailles jugera par ces détails que rion n'est plus vacillant que l'alliance actuellement subsistante entre les deux cours de Versailles et de Vienne. Le ministère aulrichien est trop clairvoyant pour ne point voir les choses sous le ■ même point de vue; mais on ne sauroit prévoir si, en dernière B analyse, l'Empereur préférera la tranipiilHté que donne à sa PiSnouarchie sou union avec la France, k racquisilion de quelques ^^ffovinces dont la conquête semble être l'ohjel de s^i convoitise. La conduite seule (\r Sa Maji^sté ImpériaU) pourra éclairer Sa Majesté sur celle importante alternative. Mais on attendant que l'inrertitude du Roi soit dissipée, il est résolu de se montrer à l'Empereur comme son allié et à faire tout ce qui sera en son pouvoir pour convaincre ce prince de son désir extrême de ne changer ni ûv système ni d'amis. Mais h' Roi juge devoir en

tmème temps poursuivre avec discrétion les mesures qu'elle a déjà prises pour n'être point la victime dt> la fausse politique de Joseph U.

Telle est la double base du .système actuel de Sa Majenté. Le

aiicusu. DBS iNrmucT. diplomat.

marquis de Noailles en conclura que son langage, en débutant à Vienne, doit être celui du représentant de Fancien aDié de Sa Majesté Impériale et qu'il devra saisir toutes les occasions d'assurer ce prince comme ses ministres de la résolution invariable où est Sa Majesté de maintenir, en ce qui la concerne, les principes de l'alliance subsistante entre elle et Sa Majesté Impériale. Mais l'ambassadeur du Roi ne négligera pas de faire sentir, si on l'y force, que les avantages de cette alliance doivent être réciproques, et qu'elle se détruiroit par elle-même au moment où elle deviendroit unilatérale. Cette double vérité est la substance de l'office remiâ en dernier lieu à la cour de Vienne, et le marquis de Noailles ne courra point le risque de s*égarer en s*attachant à y ramener le ministère impérial lorsqu'il lui paroîtra vouloir le perdre de vue. Le marquis de Noailles est trop avisé pour ne pas sentir que cette matière doit être traitée avec les plus grands ménagements et seulement dans des cas extrêmes. Avant de quitter l'importante matière que l'on vient de traiter, il semble nécessaire de mettre l'ambassadeur du Roi au courant des démarches qiû ont été faites à Gonstantinople et celles que le Roi est résolu de faire encore pour empêcher le Divan de prendre des mesures précipitées et de se déterminer inconsidérément à provoquer les deux cours impériales à des hostilités.

Le premier soin du Roi aussitôt qu'il a vu quelque fondement au projet que l'on imputoit aux deux cours impériales, a été d'éclairer les Turcs sur le danger de leur situation, et de leur recommander la plus grande sagesse dans leurs démarches; et lorsque Sa Majesté s'est déterminée à passer un office à la cour de Russie, elle l'a fait communiquer à Gonstantinople, en renouvelant ses premières exhortations. Selon les derniers rapports du comte de Saint-Priest, le grand vizir ne se dissimuloit pas la position critique de l'Empire ottoman, non plus que la foiblesse de moyens qu'il auroit à opposer aux deux souverains qui le menacent. Le premier ministre de la Porte avoit en même temps donné à entendre à l'ambassadeur du Roi, que le Grand Seigneur ne seroit pas éloigné de se prêter à des tempéraments raisonnables par rapport aux Tartares. Ces dispositions autorisent le Roi à espérer que les Turcs mettront de la prudence dans leur

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