NÉGOCIATIONS DE SAUJON
H U sembln donc que lo principal but qw sp doit prnposor lo siour de Saiijuu dans son v*"ya^'p, ayant ociasion de traiter avec (niolque tiiinistrc ou personne qui lo puisse faire cnlfndn' lidèlnnirnt h ilKnipercur, est de dissiper l'appréhension qu'il a de préjuclicier au mariage de son lils, ce qui se peut par doux consideralion.s qui paroissenl bien puissantes.
» La première, que quelque résolution que puisse jamais (irendro l'Enjpereur, le roi d'Espagne sera toujours nécessité pour le choix d'un gendre d'en venir enfin au roi de Hongrie jtar toute sorte de raisons iH politiqiu^s pI d«' hienséanreet de prudence, puisipi'il perpétue par ce moyen sa succession dans sa famille même, et qu'il conjoint par un nouveau lien presque indissoluble les branches de la maison d'Autrirhr, d'Espa-rue et (l"Alk'tnaf,'ne et par cunscquont leur puissance, Inquolle recevroit un grand préjudice dV-lrc »«'IMirée après tant de pertes que chacune a faites de son côlè. On a ru depuis plus il'un siècle que le Conseil d'Esiiafrne a toujours ti-nu cotte maxime, et, comme il si' pi(jue ile IfS avoir élenni'lles, il est d'autant moins à présumer qu'il s'en départit quand le besoin en est devenu plus pressant et que runion des deux branches est plus nécessaire.
" En second lieu, tant s'en faut, à le bien prendre, que l'Empereur, s'alliant à la maison royale de Fratici\ nuisît en rir-n niix pr^lpntions qu'il a pour son (ils d'avoir l'infanle d'Espag^ne; qu'il ot indubitable que les Espag-nnls ne sauroieul avoir un aiguillnn plus pressant que ce mariapre île Mademoiselle pour avancer l'autre ^rt le conclure sans délai et sans amuser le roi de Hongrie, cnnimo il est certain qu'ils feront autrement. La raison en est bien èvidi'iilc pt prrsqui* sans réplique, ciir comme ils np[uV«heiideroteiil et qu'i-ii (•rlTel ils uuroient grand sujet iio le craimlre. que le pouvoir t[ui' 'prendroit Mademoiselle sur Tespril de l'Empereur ne le p<»rt;l( m floules occasions à favuriscr cettr- rnunmue au préjudice du celle |d'K-«pâ|rne, ils n'auroicnl pas plus de hûle que de mettre un contre- (Atc pouvoir, et ils n'en sauroienl jamais (touver d autn- <jui' nurMigo do l'Infante avec le roi de Hongrie, leiiuel reudroit tous le* inlérôts de l'Espagne communs avec ceux de son propre fils, ou »ur mtr'ux dire les mi^mes, puisqu'il seroll l»» vrai successeur de 'la couronne, « 11 y a encore une considération puissante à faire insinuer à ipereur el qui lui serviroit même après di» décharge envers le toi CaLholiiiue, ijui est celle de lu (laix gi-uérale dont il se seroit rendu comme arbitre par le crédit qui^ le mariage de Mademoiselle ilui «uroit acquis en Franfp cl qu'il auroil joint à crdui que la proxi- ^ et d'autres considérations lui doniiml i-n Espagne. \a a cru devoir un peu s'étend ri^ >nv les réflexions ci-des*us
LE PRESIDENT COLBERT, l«flO.
<c qui no pouvoienl pas être de la connoissance du sieur de Saujon, «' afin qu'il purlîLbien instruit de tout ce qui jïoiil tant soit peu servir u au bon sufcès de i>a négociation.
« Pour les autres raisons qui doivent faire souhaiter la chose à « l'Empereur, il ne sera pas si nécessaire de les déduire au long^ au « sieur de Saujon qu'il l'auroil été h. une autre personne moins a infornuk' qti'il n'est.
« Elles se peuvent toutes r<^duire à trois chefs : à la considéra- « lion de S. A. R.'; aux qualités personnelles de Mademoiselle, et à « son bien.
M Pour le premier point, il n'y a point de lieu si reculé, pour ne H pas parler seulement de Vienne, qui en a si souvent ressenti de H rudes conlrrcoups, où Tau ne sache pas que S. A. R. tient le plus « grand poste que puisse jamais orcuper un prince, et par sa propre « considération, et par les charges et les établissements qu'il a, et par « l'amour et la tendresse de Lpurs Majestés, et par la reronnoissance <c qu'elles ont des senicos qu'il a rendus el continue tous les jours « de rendre à l'Klat. A par la gloire qu'il a acquise dans les armes, cr qui ont sous son coramanderaent étendu les limites du royaume (( pur des conquêtes coiisidérablos, et par Il-s grandes qualités et « connoissances qu'il possède, et enfin par son affabilité et la dou- M ceur de son naturel qui lui a de longue main acfjuis l'affection de H tous les pt'uplns.
« Pour ce qui regarde Mademoiselle, c'est un champ où le sieur « de Saujon aura aussi belle manière de s'élendre, étant constant <i qu'an n'a guère vn en une mt^me personne et particulièrement do " sa naissance, tant de bonnes qualités assemblées, qui la rendent « certainement accomplie au delà de ce qui se peut exprimer, soit a pour l'esprit, soit pour le corps, ne se pouvant rien désirer de plus i< ni en la beauté do l'un, ni en la bonté et vivacité de l'autre, ni eitfin " dans toutes les vprtus et les perfections qui peuvent rendre recom- << niandiible une grande princesse.
" Pour l'avanlage du bien, il sera aisé au sieur de Saujon, par le *< dénombrement qu'il en fera s'il est besoin, de l'aire voir que c'est <« le premier et le plus considérable parti sans exception qui soit dans « toute la cbrétitnité,
H 11 sera de la jirudence et de la dextérité du sieur de Saujon de « bien ménager et faire valoir les considérations ci-dessus, et d'au- M tant que l'obstarle qu'il doit le plus appréhender est celui des " Espagnols el qu'on ne peut quasi s'assiirer qu'il n'y ait aucun « ministre de l'Empereur qui ne soit à leur dévotion et qui ne fût t< nwï d'avoir le bonheur d'Être le premier ù. leur découvrir ce qu'il
t. Gustou d'Orléans, frère do Louis XIII et père de Modemoiielle.
RUPTURE DES NÉfiOCI ATIOiNS.
aaroit pt^nétré de coilc afTairo. II semble que la direclion principale do sa conduite doit être confire à M**" le Duc Frant^ois, qu'on présuppose niarchrr en cela dp bon pied, à la pri*>n" que lui en a souvent railc Madame, et que S. A. R. lui reuouvelle encore en celte occasion. C'est pourquoi aprî's les prcuiif rs complinieDts et l'exposition de sa créance sur les affaire*; de M*"^ le Duc de Lonaino, il semble que le sieur de Saujon pourra s'ouvrir franchement audit wîpneur Duc François, qu'un des sujets principaux ^\e son voyage est pour le maria^'e de Madonioistili' avec rEuipvreui", et qu'il le conjure de lui prescrire de quelle façon il aura ù agir cl se gourcrnrr pour le bon succès de cette affaire, par quel biîiis il devra s'introduire, de qui il aura le plu!^ à se nif^lipr et en (pii aussi il pourra prendre confiance pour faire insinuer à l'Hlmpereur les coiîsidcrntion» qui le doivcut-porler à souhaiter la chose.
« (kipendant. à toutes lins, je lui baill*^ une lettre de compliments pt dp enfance à Tambassadeur de Venise" qui est en cette cour-là, qui servira pour pouvoir l'y introduire, en cas que M*' le Duc François, à qui la principale conduite^ doit Cire rooiiset In juge à propos. J'écris aussi i\ M. Corilarini que ledit sieur de Saujon trouvera entre ici et Lyon, le priant de donner pour le mCnïo elfet une de »e% lettres audit ambassadeur. »>
Arrivi» ù Vienne au mois de juin 1650, Saujon reconnut bientôt |u'il n'y pourrait suivre les affaires dont il était chargé sans être rev/^tu d'un cararti're public. Il ne pouvait autrement ("^Irn ret^u par 'Kinp'Tcur. ni nc^jocier avec b-s ministres. 0 eut une lettre du ttoi l'Empereur, datée du 25 octobre lt>5(i, qui lui donnait une sorte ï créance pour préparer la reprise des relations ofticielies entre les :ux cours. Cependant la néfïuciution du niariaj,'e n'avançait point, irnoU y faisaient itbstacle. Les Allêrtiands élevèrent en outre lion qui amena la rupture : c'était que << la France échan- {[eroil Bri«iach et l'Alsace avec les biens de Mademoiselle, pour les »m<*ltr»^ entre les mains de l'Empereur '. »> j/tfmpereur lit un autre choi.x et décida depouser la princesse Vtouzague, iillo de Charles IL duc de Mantoue. 11 en snDCm<Cft la nouvelle le 2.^ noveuthre 1650 et lo 'ilt il reçut Saujon. ift Taxâurai, rapporte ce dernier, que Sa Majesté, mon maître, étoit lolu lie lui envoyer une ambassade solennelle, s'assurant aussi que Ipercur, île son côt<'*. ne uiunqueroit pus d'y «orn'spondre par une jllle ambassade réciprotpie ; qu'au surplus le Uoi nv'avoit comind^ de demeurer auprès de Sa Majesté Impériale pour y traiter 'entière exécution de la paix. « L'Empereur répondit que. pour i'am-