‹ AustricheChapitre 28 sur 179 · PAIX DÎT NORD · texte numérisé non relu

PAIX DÎT NORD

tendent maintenant que deH choses qu'ils eussent Infiniment Limî* do pouvoir obtenir avant cet accident. Pourco qui regai'de la sûreté du duché de Holstein, memlire de TEmpire, et qui pourroît servir de prétexte aux Impériaux de demander toujours que J'affaire de Danemark soit portée h l'autre Imité commun, il ne sera pas malaisé de trouver, en celui-ci, des moyens cl des tempéranients pour assurer ledit duché, à l'avenir, contre les attaques et insultes des Suédois, sans que pour cela il soit nécessaire que les autres différends de Danemark y soient porliës.

Pour ce qui concerne maintenant la matière du traité et les conditions de la paix, si ledit sieur Colbert est interrofiré là-dessns, il pourra d'abord répondre que cette matière et ces conditions ne ment pas seulement sur les premiers diiïérends qui ont lé sujet et occasion k la guerre?, mais qu'elles naissent souveni ansfti de divers accidents qui arrivent pendanl l'action des armes, «iméme peuvent encore venir et être fournis par d'autres princes qui, n'étant pas ennemis d'aurnn des deux partis, mais s éteint trouvés au milieu de leurs armes, en onlsoulferl divers dommaifes ot préjudices qu'il convient réparer ; que la Suéde n'est pas seule qui «e plaint depuis plusiems années; qu'on entend encore les éltUMurs et les griefs de divers autres hlats de l'Empire ; et si un presse là-dessus ledit sieur (lolberi de les nommer, il s'en «cru, se remettant à la notoriété publique et ajoutant moins de soi, comme un argument pour avancer le traité, qne si l'Empereur veut faire sans délai un bon accommodement, il ne 80 trouvera quasi aucune difficulté considérable à le conclnre, au lieu que s'il prétend le prolonger et continuer la guerre, il pourra arriver qu'il naîtra des différends insurmontables du lieu d*où peutrétre il auroit moins cru qu'il en pût venir.

Quant aux différends particuliers qui peuvent être présenlenif>nt entre l'Empereur et la Suède (autre nouveauté n'arrivant) ledit sieur Colbert pourra assurer, comme le sachant de science oertaioe, qu'en cas que l'Empereur laisse, en son entier et inviolable, rinslrument de la paix de Weslphalie, et par conséquent que la Suède non seulement puisse jouir en repos et sans trouble des klaii qui lui appartieuneuL eu vertu de ladite paix, mais aussi

LE PRÉSIDENT COLBEHT. <«60.

qu'on lui donne satisfaction dams toutes les choses et conditions diulit Irtiilé qui ont été cUiiroment déterminées par Tinstrument de [laix, maïs qui ont depuis été éludées ou tournées en un sens ^ contraire et préjudiciable à lu Suède, lorsqu'il en a été parlé dans | la diète de Ratisbonne de Tannée 1654 ou dans le Conseil auliquu de rEmpeieur. il n'en faudra pas davantage pour conclure bientôt un bon accommodement et rétablir pleinement le repos dans TEmpiro ; c'est-à-dire en un mot que si le roi do Suède ne prétendra rien (comme il le pourroîl peut-être on justice) pour la satisfaction et réparation de tant de dommages, d'injures et de préjudices fl qu'il a soulferls; et comme pour parvenir à cette pacification lo roi de Suéde ne demande qu'une chose que les Impériaux mêmes n'oseroient dire dans l'Empire qu'ils lui veulent refuser, qui est la pure exécution du traité de Munster laquelle doit être le fondement du nouveau traité, ledit sieur Colbert, en cas que les Impériaux en fassent difficulté, aura belle matière de les mettre entièrement dans leur tort par diverses raisons si pressantes qu'ils ne sauroienl jamais y donner aucune réplique tant soit peu soutenable ; et ce seroit alors qu'il devroit prinripaloment s'adresser au marquis de La Fueute et rinterpidler sur le mot de la lettre de dun Louis de Ilaro qui assure que l'Empereur fera tout ce que Sa Majesté Catholique voudra et estimera raisonnable, lo faisant juge Itii-raème s'il y u rien de plus honnête et de plus juste que, pour épargner utu* iiouvelh' i;uerre dans l'Empire, dans laquelle les couronnes ne pourront s'empêcher de se mêler bien avant avec grand danger, qu'avec le temps leur amitié et l'union étroite qu'on vient d'établir entre elles n'en soit altérée ; et s'il y a rien même de plus facile que de faire un traité où pour toutes conditions et difficultés il n'y ait qu'à renouveler et bien assurer pour l'avenir celui de Munster, auquel l'Empereur se trouve d'ailleurs déjà lié par sa foi et par son honneur, voire même par un serment sur les saints hvangiles lorsqu'il jura sa capitulation.

Le lloi attendra avec impatience de savoir quelle dernière réponse ledit sieur Colbert aura pu tirer des Impériaux ; si elle est tout à fait négative et qu'il ne voie nulle apparence d'espérer la paix, il pourra la rapporter lui-même à Sa Majesté en la plus

POUVOIRS DE r,niju:irr. (m

idc (liligoncc qu'il lui sera possible, car en ce cas-iù le lemps

ions sera cher el il nous importe d'être tôt avertis ; main si hulîte

n^poiine est telle qtfon lu peui souluiiter, el que ledit sieur

CulUerl voie jour à un bon et prompt accommodement. Su Majf^sté

'lAiftHe à sa prudence el à sa discrétion de résoudre, de concert

[avec ledit marquis de La Fuenle. ce qu'il devra faire pour avancer

leel oovragi', soit d'aller lui-mAme trouver le roi de Suède pour

riuformcr de ce qui s'est passé, cl tirer de lui les choses el les

ordres dont on aura besoin, soit d'aller en Prusse au Heu des

traités; ett pour cet effet, on lui adresse des lettres de créance

de Sa Majesté aux rois de Suède et de Pologne, à la reine de

Pologne, k rélecteur de HrandeLourg, eu cas qu'il soit jugé

lire qu'il le voie en son juassage, el aux sieurs chevaliers de

[Trelon et de Lumhre, ambassadeui-s de Sa Majesté auprès desdits

(. Cependant, quelque résolution qu'il ait jug;é h propos de

[irendre, il la fera savoir par fourrier exprès h Sa Mnjeslé avec

Ih's motifs qui l'auront obligé à la prefuhe. et enfin tout ce qui se

[tera passé à Vienne en ses négociations.

U trouvera aussi dans sa dépAche une lettre de M. le Cardinal »ur MM. les électeurs de Mayeiif e el de Cologne, qu'on a laissée cachet volant afin qu'il en sache le contenu; en conformité duquel il parli^a audit sieur électeur de Mayence et aux ministres 'de Taulre; et il sera bien à propos qu'aussitôt qu'il aura reçu ce [courrier, il le dépêche à Francfort avec une lettre pour le comte Guillaume de Furstemberg par laquelle il prie ledit comle que

Ia'il n'est pas audit Francfort ou auprès de M, de Mayence, il prr«nue la peine de s'y n*ndrr pour y consulter toutes choses sur fo sojet de son envoi à Vienne, parce que le premier ordre qu'il b de Sa Majesté est de jinMidre ses principales instructions de Leurs Altesses Electorales.

11 conférera aussi au long avec le sieur Gravel pour se bien [éelaircir et informer de l'état présent de toutes choses et surtout des diligences qui auront été faites par lesdils sieurs Électeurs Idepais le retour du baron de Boinebourg et du comte Ciuillume auprès de l'Empereur pour le mémo sujet qui donne au- []ourd*hui lieu à son envoi à Vienne, ahn qu'il ne courre pas [li&que de rien dire ou faire qui contrariât à ce que lesdits Kleo-

LE PRESIDENT COLBERT, IfiBO:

leurs auroicot déjà avancé, si ce n'est que co fût de concert avec eux et par leur approbation, après avoir mieux digéré et consulté Jes maliôres.

On mande au sieur Gravel de lui fournir tous les écrits, mémoires et instructions des choses qui ont passé par ses mains et qui pourront le plus servir h ne lui laisser rien ignorer de tout ce qui peut contribuer au bon succès de sa mission. Il aura surtout une singulière conliance aux conseils particuliers que lui donneront lo baron de Boinebourg el le comte Guillaume que Sa Majesté ne Irouvi* pas moins affectionnés h ses intérêts que ses propres sujets, et aura soin même de les assurer qu'on les -considère ici de cette sorte et qu'il a ordre précis de Sa Majesté d'avoir en eux la dernière conïiaiu^e.

Et il 80 souviendra de tenir une correspon<lance bien exacte et bien régulière avec le sieur firavel, tant parce que celui-ci pourra directement dotnier pari à M. l'éleiHeur de Mayence de ce qui se passera el le faire savoir aussi à M. Télecteur de Cologne par le moyen du comte Guillaume de Furstemberg, que parce qu'il écrira audit sieur Colberl ii Vienne les sentiments desdits sieurs Electeurs sur les occurrences dans le progrès de sa négociation.

De plus, il est bon que ledit sieur Colbert dise au marquis de La Fuento, qu'il y a grand sujet do craindre que la jalousie où l'on est, que les troupes que l'Empereur fait passer dans la Westphalie, ou pour assister tout de bon révèque de Munster, ou pour quelque autre dessein que Ton prétexte de cette assis- Umce, n'engage les uns ou les autres à quelque résolution qui rende plus difficile la paix que les deux couronnes out résolu de poursuivre en Allemagne ; car si c'est pour assister vérilabïemenl ledit sieur évéque, il est impossible que les Etats des Provinces-Unies el d'autres princes ne se déclarent pour la ville de Munster el n'envoient des troupes dans ce cercle contre celles de l'Empereur; et si la véritable lin do l'Empereur est de prendre des quartiers dbiver dans le pays, el y former iusensiblemenl un corps d'armée qui tienne en sujétion toute lu Weslphalie et s'oppose aux troupes qu'on pourroit envoyer par ce chemin-là au secours du roi de Suède pour la manuleiiLion du traité de

AFFAIRES D'ALLEMAGNE

iwïwfSr^ pst certain que la France, uvec tous roux qui sonl puléresstis avec elle, sera coutrainte (quelque passion qu'elle ail le voir toules choses pacifii'îfs) do prendra los résolutions néeeslires pour lemp^'cber. Ce que ledit siour Colbert expliquera forlemenl au marquis de La Fueute, afin qu'il travaille de son :6l<^ à «pporler les remèdes et les préventions convenables à co mal, el que nous ne nous engagions pas de plus en plus dans la gmsrrc en Allemagne lorsque toutes nos pensées vont h la fairu cesser.

Ledit sieur tîolbert insinuora aussi avec adresse audil sitHir linanpiis de La Fuente que le Roi el une graude partie des princes jil'AJlcmagno no consenliroienl jamais que la succession de la [Pologne tombât dans la Maison d'Autriche.

Fait A Toulon, l« 12" jom de l<:vncr 1060.

A UONStBUR LE PRÉSIDENT COLHKIM , A TOLI.dN. CE 10 FÉVRIEH I6G0 '.

uômme il y a plusieurs chose» qu'on n'a pas jugé h propos d'insérer dans votre insiruction, ci dont la connoissauce, néanmoins, vous peul doiiuer facilité de vous acquitter d'autant I mieux de l'emploi que Sa Majesté vous confie, je vous eu informerai par cette lettre à part.

Il est bon, premièrement, de faim valoir dans la cour de rKin-

ïur la résolution que le Roi a prise d'envoyer exprès h Vieiiîïo pour travailler conjointement avec l'ambassadeur d'Kspagrif au repos de tout l'Empire, ce qui est une marque bien claire de la sincérité avec laquelle Sa Majesté souhaite le bon succès de celte uégociation, puisqu'elle enchérit même sur les soins du Uoi Ciilhulique pour le même ellet,

11 ne faut pas^ oublier aussi de faire valoir au marquis de La Fuoule les conditions auxquelles le Roi a dispo.%é le roi de

L Vienne, 1660-160». SuiT>«ni<!Qt' *• XVIU.

Suède de donner les mains, le faisant relAcher généraloment do lous les dommages qu'il a soufferts dans t'invasion de la Poméranie.

Vous direz de plus audit seigneur marquis que vous avez ordre du Roi et que je vous ai recommandé aussi en mon particulier, de traiter avec lui avec une entière ronfiaiice, parce que je suis persuadé que les intentions du seigneur don Louis de Haro sont de contribuer tout de bon et sans artifice au rétablissemenl d'une parfaite tranqtiillilt- «'u Allemagne, el, par conséquent. Je ne puis douter que celles dudit sieur marquis ne tondent k la même chose, de sorte que jo ne vois pas lieu de craindre qu'on puisse avoir aucune contestation avec lui. Mais au contraire j'ai tout sujet do croire qu'il s'appliquera entièrement et de concert avec vous, à chercber tous les moyens d'achever heureusement et sans aucun délai la conclusion de cette paix.

Il y a d'ailleurs grande apparence que vous serez écouté favorablement de delà, aprî?s ce que le seigneur don Louis y a écrit de la part du Roi son maître en suite de nos conférences, ayant mandé au marquis de La Fuenle pour le déclarer à l'Empereur, qu'outre que le Roi Catholique croyoit qu'il éloit non seulement de rinlérêt et du repos de hi chrélienlé, mais aussi du bien et de Favanlage de toute la maison d'Autrirhe de pacifier l'Allemagne, il lui seroil impossible, quand il li* voudroit faire, de donner aucune assistance d'hommes ni d'argent à l'Empereur, se trouvant engagé dans la guerre contre les Anglois et étant sur le point d'en entreprendre une autre d'une grande dépense et de la derniî-re importance contre le Portugaî. où il étoit obligé de faire venir toutes ses troupes d'Italie ou de Flandre, taudis que la France, paisible partout, seroit en état d'assister puissamment le roi de Suède.

Enfin, vous témoignerez audit sieur marquis que, de mon côté, je ne suis pas moins religieux que le seigneur don Louis à satisfaire à la parole que nous nous sommes donnée, de faire tous nos efforts conjointement et de concert entre nous, pour promouvoir et conclure la paix en Allemagne, afin que les rois, nos mnîtres, airut non seulement la snlisfaction de l'avoir donnée à leurs royaumes, mais qu'ils aient aussi la gloire de l'avoir éta-

(iUERRE DKS TURCS.

lt?^Ar leurs soins el par leurs orficf's, ilniis louL l'Empire et dans Iniil lo Nord, k quoi je ne doute, nullement que ledit sieur marquis n'ait déjà préparé toutes ctioses conforménionl aux lettres parlieulières qu'il aura reçues dudil seigneur don Louis. Vous ne devez perdre aucune orrasion d'exag^érer au môme sieur marquis de La Fuenle Télroile amitié que nous avons roniraclée ensenihlo, le seigneur don Louis et moi, pour !<• plus grand aer>ice des rois nos maîtres, lui insinuant que j'irai toujours au-devant des choses que je croirai capables de l'étreindre cl de raffermir de plus en plus, relevant aussi les grandes qualité» dudit seigneur don Louis qui auraient suffi toutes seules pour m'acquérir à lui ; à quoi vous ajouterez que vous avez ordre précis de l'entretenir de ces choses-là, parce que je sais qu'il prendra plaisir à entendre les éloges de ce grand ministro pour qui il a tous les sentiments de respect et de vénération qui sont dus à un mérite aussi extraordinaire que le sien. Je me remets du surplus à l'instruction ici jointe, et outre le chiffre que vous recevrez de la part do M. de IJrienne, je vous en envoie un fiarticulier pour vous en senir avec moi.

Jai dit à votre hhre, qui s'en est déjà retourné à Paris, ce que je croyois que vous devez faire en ce voyage et les personnes que vous devez mener avec vous; c'est pourquoi je me remets à ce qu'il vous en mandera, et jo pourvoirai par son moyen à votre subsistance. Je ne vous fats pas valoir Tlionneur que le Roi vous fait de vous avoir choisi pour une négociation de cette importatire, c-ar la chose parle assez d'elle-même, et je no doute pas que vous n'infériez de \k que j'ai beaucoup d'estime pour vous et de ïiatisfaction de votre conduite.

Je vous prie de gagner des moments dans ce voyage, parce qo''U importe au dernier point que vous vous rendiez au plus tôt I Vienne et que vous nous donniez de vos nouvelles sans aucun rBUrdement.

Comme le marquis de La Fuon te est une personne de mérite, estimée du roi d'Espagne et attachéci sans aucune réserve nu seileur doo Louis de Haro, et qui, en outre, a servi longtemps âans lu cour d'Espagne avec éclat el ensuite en des einphns considérables qu'on lui a confiés, vous ne sauriez pus faillir.

lorsque* vous proliterez de toutes les occasions do lui faire connottrc la bonne opinion que j';ii de ses grandes qualités et lu passion que j'aurois de hii donner des marques do ma partialité pour ce qui Ir re^^arde ; et enfin vous devez èlro persuadé que tant s'en faut que les louang^es que vous lui donnerez ne soient pas bien reçues, qu'au contraire elles vous aplaniront le chemin pour imprimer dans son esprit les choses que vous avez ordre de négocier et conclure avec lui.

Le voyage du Grand Seigneur à Andrinople et la marche du grand vizir avec une puissanlr armée vers Belgrade. mena<;ant d'un côté les États de la république d»' Venise et de l'autre déclarant de se vouloir saisir de la Transylvanie et chasser le Rakoczy, ce qui ne peut être entrepris sans faire fort appréhender à la Hongrie les armes ottomanes et ensuite à tout l'Empire, en quoi l'Empereur, soit pour sa personne ou pour ses Liais héréditaires, doit prendre plus d'inlérèt; ce voyage, dis-je, doit donner une belle occasion au marquis do La Fuenlo d'obliger l'EmpoiBur de profiler sans perle de temps des projiosilions qu'on fait pour pacifier rAllemagiie, alin de se servir utilement des grand* forces qu'il a sur pied pour s'opposer avec beaucoup de gloire, ©t^ au grand avantage de la république de Venise et de toute la Chrétienté, aux desseins que le Turc peut avoir.

Si vous entrez sur celte matière, comme vous pouvez faire avec le marquis de La Fuente, vous lut direz do ma part que la France non seulement souhaitera sincèrement la prospérité des armées de l'Empereur «'mployées en une telle conjoncture, mais de plus elle s'y intéressera, gardant seulement certaines apparences douL elle ne se peut pas départir sans s'exposer à des préjudices de grande conséquence que celte couronne pomToit aouirrir si l'on en usoit autrement.

Page 1