Vienne, 1681. T. L
AFFAIRES D'ALLEMAGNE
ïpc Cl particulièrement à rEmpiri', Va mise en état do rcprondm même correspondance ot le mémo commerce dVmitié, elle ^li'a pas manqué de le rétablir avec l'Empereur par l'envoi dudît sieur marquis de Yitry el par les assurances qu'il a souvent données dans cetle cour des bonnes intentions do Sa Majesté. Le rxjmle de Mansfeld est venu aussi depuis peu de la part le l'Empereur, sou maître, lémoigiier à Sa Majesté le désir l'a ce prince de se lier avec ellr dune amitié sincère el véri- »; il paroît néanmoins que l'opposilion si naturelle et comme héréditaire de la Maison d'Autriche aux intérêts do la France nt fort auffmenlée par le déplaisir qu'on a eu à Vienne de la paix, et bien qu'on l'ait acceptée avec joie parce qu'il n'éloit pat au pouvoir de l'Empereur de i oiitinuor la guerre, Ton y a vu avec peine la gloire et la supériorité avec laquelle Sa Majesté en présent les conditions ; il est même constant que les ministres ipériaux ne sont appliqués qu'à y faire donner des interpréla- Uons par la diète de Ualisbonne, contraires aux droits acquis à la ^ranco par le traité de Munster et continués par celui de Nimègue. L'humeur turbulente et emportée de l'Electeur palatin a été principal instrument dont ils se sont servis, tant qu'il a vécu, mr donner atteinte à ce que ces traités contiennent de plus avan- ^lagcux pour Sa Majesté, môme pai' une interprétation captieuse, renouveler la guerre dans l'Empire ; et afin de la pouvoir sou-
Ilenir aux dépens de tous les États qui le composent, ils ont fait valoir dans toutes les cours des principaux princes d'Allemagne le «pécieux prétexte de la sûreté de l'Empiri; pour les engager Édans un armement général, d'autant plus avantageux à TEmpereur qu'il lui serviroit à relever son autorité au préjudice des droits ot libertés des princes d'Allemiigne, qu'il lui donneroit moyen d'entretenir une armée considérable, d'alfoiblir ses voisins par l©8 quartiers qu'il prendroit chez eux et de se mettre en état de leur domier la loi.
in quelque grandes que soient les pertes que l'Empire voit faire dans une i^uerre qu'il eiilreprendrnit contre la ice, les ministres impériaux comptent qu'ils y trouveront toujours leur profit particulier et celui de FEmpereur.
Ce» considérations pouvoienl être, ci-devant en quelque façon,
aacmuL du inbtkoct. mr-LOMAT.
combattues par le ressenliment que l'Empereur et ses ministi avoient do Tinjuro qu'ils croyoicnl avoir reçue par le mariage du Roi Catholique, cl ce chagrin pouvoit être capable de rapprocher la cour do Vienne do la France dans le temps qu'il réloignoit de riilspagne.
Mais la mort de don Juan, qui éloil regardé commo le principal auteur de ce mécontenlcmenl, et le retour de la Reine mère ayant fait cesser la cause de celte mésintelligence, il ne faut pas douter que toute la Maison d'Autriche ne soit à présent réunie dans un même inlénH, qui est de susciter de nouveaux ennemis à Sa Majesté cl de former des ligues contre la France assez fortes ou pour raiïaiblir ou pour en empêcher l'agrandissemeul.
C'est dans celle vue que le roi d'Espagne sollicite l'Empereur avec beaucoup d'empressement d'entrer dans la ligue nouvellement faite avec l'Angleterre; et il y a bien de l'apparence que ce prince ne diffère de s'y engager que parce qu'il ne la croiroil pas assez forlo sans la jonction d'autres puissances et surtout des Hollandois pour s'opposer à celle de Sa Majesté.
Elle est aussi avertie qu'enrore que les finances de l'Empereur soient assez épuisées pour ne lui pas laisser lieu de faire des dépenses extraordinaires, néanmoins il a résolu de faire une nouvelle levée de lu, 000 hommes, tant infanterie que cavalerie, dans respérance tpi'il a de porter l'Empire à un armement général, et que plus le coips de troupes qu'il aura sur pied sera supérieur aux autres, plus il lui sera facile de l'enlrelenir aux dépens de toute l'Allemagne, de fortifier son parti ou par les promesses ou par les menaces, ou pur l'appréhension qu'on a déjà de la puissance de Sa Majesté, de relever la sienne par ces moyens, et enfin de réussir dans le dessein qu'il a de faire élire l'archidnc son fils, quoique enfant, pour Roi des Romains.
Tant de grands intérêts joints ensemble ne donnent pas lieu de croire qu'on lui en puisse faire voir un dans le maintien d'une bonne intelligence avec Sa Majesté, assez considérable pour le détacher de ces premiers.
Ainsi toute la négociation dudil sieur do Sebeville doit se rédnirt!, quant à présent, à jjersuader celte cour du désir qu'a Sa Majesté d'entretenir avec l'Empereur toute la bonne corres-
LA COIJH DE VIENNE
pondaiice, paix et amitii' qu'ils se sont réciproquement promis |wir le trailo do Nim(\i;uc; assurer qu'il sera toujours observé ponclucllcmout de la pari de Sa Majesté aussi bien que celui de Mmislor; et, au surplus, employer tous ses soins h pénétrer ioules les résolutions qui se prendront dans la cour de Vienne pour ra\'&ni'ement des desseins dont il est informé parcelle instruction; Aire bien averti de toutes les diligences qui se feront dans les pays héréditaires el ailleurs pour la nouvelle levée de troupes; faire eonnoUre adroitement aux ministres des électeursprinces qui seront auprès de l'Empereur, quelle est la fin qu'il se propose dans cet armement, eu sorte que ce qu'ils en écriront à leur maitrc fasse vo'u: la nécessité de s'y opposer; et eulin il doit s'appliquer à délruire pai' l'exactitude de ses avis tant à Sa Majesté qu'aux ministres qu'elle a en Allemagne et surtout au sieur Verjus, tout le mal que les ministres autrichiens s'elïorcent à
» présent de faire à la France. Le premier soin qu'aura ledit sieur mai'quis de Sebeville, lluil arrivé à la cour de l'Empereur^ sera de demander son aufipnre, et comme il n'y a point de maître des cérémonies ni d'introducteur, il doit, selon la coutume, visiter lo grand chambollan et le grand maître de la maison de ce prince.
Lo premier s'appelle le comlr de Dietrichsleîn el l'autre lo comte de Lambert. C'est par eux qu'il doit savoir le jour que l'Empereur aura destiné pour son audience, el après fj»ril aura présenté sa lettre de créance, il raccompagnera des assurances les plus particuliL>res de l'umitié du Roi, et lui témoignera que celles qui ont été données h Sa Majesté par le comte de Mansfcld, du désir qu'a l'Empereur d'entretenir avec elle une bonne intelligence, lui ont été d'autant plus agréables, qu'elle l'a toujours souhaité de sa part, cl «[u'elle n'a rien de plus à cœur que de la rendre ferme et durable à l'avenir par l'obsenation ponctuelle el réciproque des traités qui l'ont rétablie.
11 donnera les mAmes témoignafies d'amitié aux impératrices
el archiduchesses dans les audiences qu'il prendra d'elles, dans
elles il observera que l'impératrice régnante doit être visitée
première, suivant l'usage de cette cour, la douairière après,
eien troisième lieu l'archiduchesse.
n rendra ensiiile sos civilités aux minislres do l'Emperear que Ton nomme les conseillers de la Conférence. Le portrait que Ton a ftiit à Sa Majesté do tous ces minislres et dont elle veut bien informer ledit marquis de Sebeville. afin qu'il le rectilie par les connoissances qu'il prendra sur les lieux, est que, le premier, qui est le comte Lambert, grand maître de la maison, est un assez bon homme et de peu d'habileté. Le prince de Schwartzenberg, qui est le second, a do l'esprit et de l'expérience, mais fort irrésolu et ne décidant rien.
Le comte do Monlocuculî, qui est le troisième, plus propre qu'aucun autre pour le conseil et pour la guerre, mais envié de tous les autres, conmte étranger, et comme ayant plus d'élévation et de génie.
Le comte do Kœnigseck, homme d'esprit et fort intéressé'.
Le comte Dietrichstein', plus homme de plaisir et de jeu que capable d'affaires.
Le baron Abcl a succédé au comte de Zinzendorf, qui étoit avant sa disgrâce président de la chambre, dont les fonctions sont presque semblables h celle de surintendant des finances.
Le chancelier lîocher a la principale part à la confiance de l'Empereur ; fort ambitieux, quoiqu'il affecte une grande modestie ; est porté à des conseils extrêmes et à préférer la guerre h la paix ; ad»; l'esprit et est ennemi déclaré de Montecuculi.
Outre ceux-là, quoique le Père Emeric, capucin, ne soit pas ministre, il a plus de crédit sur l'esprit de l'Empereur qu'aucun des autres.
i. Le oomta de Kœnigseck, « homme autant capable qu'aucun miDiitre de TEnapereur; il est perclus des deux jambes, tuais du reste l'esprit bon et la santé; il s'est rendu si nécessaire auprès de l'Etapereur par toutes les connaissances qu'il a des aflairea de l'Empire, que Sa Majest^f est obligée de lui l'aire part de ce qui est le plus important, quoiqu'elle n'ait pus beaucoup do cunlLince en sa probité, le croyant fort intéressé; il est homme poli, d'agréable etfaoile accès. • — Relation de La Vauguyon.
2. u Lo grand maître, priace de Dietrichstein , est un homme fort doux et fort hotuiéte, de très facile accès, disant assez librement ce qu'il sait pour marquer qu'il a part aux affaires; il ne laisse pas d'avoir assec de capacilti pour mieux gouveruer les siennes que celles de l'Empereur. « — Mémoire que le comte de La Va»' guijon a présenté à Sn Majesté à son retottr île Vienne, i687. Le comte de Dietrich' slein, « cousin du grand maître... et grand chambellan... qui auroit quelque capacité s'il vouloit s'appliquer, mais il préfère le plaisir et le jeu à toutes choses. » — Ikia tion de La Vauguyon*
AFFAIRES D'ALSACE
Ledit siour de Sebeville s'appliquera à mieus reconuoître quelles sont les véritables inclina lions et talents do ces miuislres pour en bien informor Sa Majesté et se rendre aussi plus
ibh» d'exécuter les ordres qu elle jugera k propos de lui ler pour le bien de son service.
Et comme les premières affaires dont, selon toutes les apparences, on lui parlera à lu cour de FEmpercur seront celles dont le comte de Mansfeld s'est expliqui^ depuis peu «le jours, îl saura que ce ministre, ayant renouvelé ses protestations du désir qu'a l'Empereur d'enlrotonir une bonne intelligence avec Sa Majesté, il fil entendre que, comme l'observation des traités de Munster et de Nimègue en doit être le plus fort lien, il espéroil
!que Sa Majesté en vouilroit bien faire réparer toutes les contraventions qu'il prétend y avoir été faites en vertu dos arrêts rendus par les chambres de Metz et d'Alsace, et qu'elle laisseroit les villes d'Alsace, la noblesse et autres États dudit pays dans le» mêmes libertés, immcdiatetés et droits dont ils jouissoienl Mvaut la dernière guerre. Il s'est plaint ensuite des contributions exigées depuis la paix dans les lieux et pays du Brisgau qu'il prétend n'y être pas soumis.
n a ajouté que l'Empereur ayant nommé pour commissaires ^ de sa part, en conséquence de Tartide VIII du traité de Nimè- ^Pgne, le sieur Pader, son vice-chancelier. Sa Majesté n'y a point pourvu de son côté. Il s'est encore plaint que, jusqu'à présent, ^^ce ministre n'a pu obtenir la restitution des titres concernant ^Bles villes et pays qui doivent demeurer k l'Empereur; qu'on H eontinne à couper les bois dans les dépendances de l'Empereiir« cl d'en enlever les pierres et matériaux servant au revê- |tissenient des places de Brisach et Fribourg. Et linalement, il a idé qu'il soit envoyé au sieur Verjus des lettres de créance tla forme ordinaire, et qu'il fasse cesser les difiicultés qu'il y a eues jusqu'à présent à son admission.
Sur le premier point, il lui a été répondu do la part de Sa
qu'après qu'il auroit donné un mémoire par écrit de sa
lo, elle aviseroit ce qu'elle auroit k y répondre, et sur ce
point le sieur marquis de Sebeville n'entrera point en matière à
ht cour de l'Empereur, jusqu'à ce que la réponse que Sa Majesté
fait k la lettre do la diète de Ratisbonne soit devenue publique, et copondant pour rinstraction particulière du sieur marquis de Sebevillo, elle vout hien lui faire remettre une copie de celle réponse afin qu'il soil préparé de bonne heure à ne rien dire sur cette alTaire qui no soit conforme à ce que Sa Majesté donnerai connoîtrc dans peu de ses sentiments.
Sur le second point, Sa Majesté a fait répondre que le IraÏÏé même conclu pai- ses officiers avec ceux du Brisgau fait assez voir que ceux-ci conviennent d'être redevables des contributions demandées, el être obligés à Sa Majesté du délai qu'elle a bien voulu leur accorder. Elle fait aussi remettre entre les mains dudit sieur de Sebevillo une copie de ce traité qui justifie cette réponse.
Sur le troisième, Sa Majesté fora déclarer au comte de Mausfeld qu'elle est prête de nommer un commissaire de sa pari après qu'on sera convenu du lieu où il s'assemblera avec celui de l'Empereur pour entrer dans la discussion de ce qui reste k faire de part et d'autre pour fenlière exécution du traité de Nimègue.
Sur le quatrième,' que Sa Majesté a encore plus d'intérêt que l'Empereur à la restitution réciproque des titres concernant les villes et pays demeurés à l'un et à l'autre par les derniers Li*aitéft de Munster el de Nimègue, ceux qu'elle a à prétendre lui étant d'une bien plus grande conséquence que ne peuvent être à TEmpereur ceux qu'il demande en vertu du traité de Nimèguc.
Sur le cinquième, que le transport de pierres et matériaux ne se fait que do gré à gré avec les propriétaires des lieux où elles se tirent et de la manière qu'il en a été usé avant la dernière guerre. Quant à la coupe de bois, elle ne s'est faite que dans les lieux nécessaires pour ouvrir le chemin de Brisacb à Fribourg, suivant la teneur de l'article du traité de Nimègue commençant par ce mot : Pateat, etc.
Et finalement qu'à l'égard de la légitimation du sieur Verjus» Sa Majesté a fait tout ce qui pouvoit dépondre d'elle, et que les difficultés qu'on fait sur sa lettre de créance sont sans fonde ment.
C'est dans ce sens que ledit sieur marquis de Sebevillc