LE COMTE DE CUEVEUNY
la principale matifcre des entretiens et même des conli'Hlytions quo ledit comto do Cheveniy pourra bien avoir avec les ministres de la cour impériale et qu'il pourroit aussi arriver que les espagnols, se trouvant pressés par les armes de Sa Majesté, sollicitoroient eiix-mf^mes l'Empereur de les tirer, par raceepUition des olFres (In Sa Majesté, ilu méchant pas où ils se sont engagés, elle a jugé à propos d'infoi*mer succinclomenl ledit comte do Cheverny de ce qui s'est passé sur ce sujet depuis la paix de Nimègue.
Sa Majesté ayant, en conséquence dudil fraiié, fait prendre possession par ses officiers de tous les droits de souveraineté qui lui doivent appartenir dans toute Tétendue de la Haute et Basse Alsace et dans les fiefs dépendant des évêchés de Metz, Toul et Verdun, quelques-uns dos vassaux et principalement les électeiu's de Trêves, Mayence olHeidcIberg, qui avoient peine à consentir que les terres qui relevoienl ci-devant de la souveraineté de l'Empii'e on fussent démembrées et réunies à celles de Sa Majesté, eu portèrent leurs plaintes à la dil'te de Ralisbonne, qui écrivit sur ce sujet h Sa Majesté le 27 juillet de l'année 1681 ; et ledit comte de Cheverny verra, tant par la réponse de Sa Majesté on date du 10 octobre, que par un écrit en forme de relation de luut ce qui s'est passé à Nimèguc^ que les minialrcs impériaux y avoient déjà formé les mêmes contestations au sujet de la souveraineté de Sa Majesté sur toute l'étendue de la Haute et Basse Alsace et sur tous les fiefs relovant dos évèchés de Metz, Toul et Verdun, qu'ils y avoient fait plusieurs demandes, de bouche et par écrit, pour soustraire do la souveraineté de Sa Majesté ces mêmes pays qui veulent encore s'en exempter; et qu'après de longues contestations et des déclarations formelles faites par les ambassadeurs de Sa Majesté, qu'elle prétendoit exercer sa souveraineté dans tous ces lieux et qu'il no falloil pas espérer d<* paix, si Ton ne supprîmoit tout ce qui pouvoit faire le moindre préjudice à ses droits, enfin les ministres impériaux s'en étoient désistés, en sorte quo les articles qu'ils en avoient dressés avoient été retranchés du traité, ot; qu'ainsi on pouvoit dire avec raison que quand même il y auroit eu quelque difficulté dans le sens du traité de Munster en ce qui regai'de les cessions faites à Sa Majesté, les conférences de
AFFAIRES D'ALSACE
roiont entiëreniBut éclaircio el terminée on sa faveur.
T&inmoins Sa Majesté no voulant rien omettre pour lémoi-
à l'Empereur et aux électeurs, princes et Liais de l'Empire,
^Jo ilésir qu'elle a de conserver la paix el d'onlreleiiir toujours
ivec eux une bonno et parfaite correspondance. Elle consentit, au
ioi.s d'août 1681 , à la pi'opositiou qui avoit été faite d^une confé-
h Francfort et nomma pour cet elTet les sieurs de Sainl-Ro-
etdellarlayses plénipotentiaires, qui se rendirent à Mayenco
le 90 du mois d'août de ladite année; mais le retardement des
linistrcs impériaux el les difficullés qu'ils formèrent dans le
>mmencement, pour exclure des couférenees ceux des électeurs
Lie réserver toute Taulorilé des délibéralions, furent cause que
assemblée ne commença qu'au mois de décerahre ensui-
il; et sans entrer dans loutos les contestations que flt naître la
>mmunication des pleins pouvoirs, il stiflit que ledit sieur de
'heverny sache que U'sdlts sieurs ambassadeurs el plénipoten-
iaires firent, le 14 dudit mois de décembre, la proposition dont
>n joint la copie A cette instruction sous la cole A, par laquelle
lajcslé se contente de la ville de Strasbourg avec les forts
"qui un dépendent et de tous les autres lieux dont elle est en
poftftc&sion, en conséquence du Irailé de Nimbgue, à la réserve
de ceux qui se Irouveroicnl avoir été réimis depuis le 1" jour
d'août 1681, et elle oiTroil même de rendre Fribourg à FEm-
pereor après que les fortilications en seroient démolies, pourvu
que la place de Philipshourg fut restituée dans le même état à
Tévéque de Spire, et h condition aussi que celte dernière offre
soroil promplement acceptée; mais comme tout le temps qui
•'••t pASaé depuis ledit jour 14'"' de décembre jusqu'à la fin du
mois d'août 1682, n'a été employé qu'en conleslations inutiles
entre les ministres électoraux et ceux des princes, et qu'il a
paru clairement que les Impériaux ne les avoient fait naltro
qoo pour éloigner l'accommodement, faire achever l'annement
I général de tout l'Empire, qu'ils ont toujours |ioursuivi avec c m-
LJHBà la diète de llatisbonne et renouveler en même temps la
^^^■i avec les Turcs, pour commencer la |:uerre vers le Uhiii,
HBa lïajest<^ jngea à propos de terminer les conférences de France
fort d'une manière ou d'autre, et pour cet elVet elle ordonna, au
commcncemonl du mois de septembre 1682, auxdits sieurs de Sainl-Romaiu et de Uarlay^ de donner par écrit aux députés de ladite assemblée la déclaration dont elle fait remeltre aussi une copie sous la c-ole B, entre les mains dudit sieur de Chcverny, par laqncllii il verra que Sa Majesté home le temps de ses offres au dernier jour du mois de novembre ensuivant; et qu'en effet, lesdits ambassadeurs se retirèrent de Francfort au commencement de décembre^ après y avoir présenté à ladite assemblée le mémoire sous la cote C, qui dégage entièrement Sa Majesté de ses offres et déclare qu'elle laisse seulement au sieur Verjus, son plénipotentiaire à Ualisbonne, le pouvoir d'écouter jusqu'au 1*' fé\Tier ensuivant toutes les propositions qui lui pourroient être faites pour Taflermissement de la paix. Sa Majesté a depuis reconnu qu'elle ne s'est pas trompée dans le jugement qu'elle a fait qu'une affaire si imporUmle au bien général do tout l'Empire étant tirée d'une assemblée gouvernée si absolument par les ministres autrichiens que l'étoit celle do Francfort, seroit examinée avec moins de passion dans la diète] de Ratisbonne, et que ceux qui désirent effectivement Taffcr-! missement de la paix auroient la liberté de le déclarer. C*est aussi ce qu'ont fait, dès le commencement de Tannée dernière, les électeurs de Cologne, Trêves, Mnyence, Bmndebourg et Hcidelberg qui sont, ainsi qu'il a été dit, les plus intéressés aux réunions faites en conséquence du traité de Nimèguc; et par leur dernière conclusion ils ont déclaré qu'il valoil mieux accepter jes offres de Sa Majesté que d'exposer l'Empire aux malheurs de la gtiLTH'. C'fst aussi ce qui a parlé Sa Majesté à renouveler de temps eu temps les délais qu'elle avoit prescrits pourj l'acceptation de ses offres; et qu'enfin pour donner moyen à l'Empereur do réunir toutes les forces d'Allemagne pour la défense d'Hongrie, Sa Majesté voulut bien, au mois de juillet dernier, offrii' uuc suspensiou de toutes voies de fait, pendant trente ou au moins vingt-cinq ans, afin que tous les dliférends étante^ sursis pendant un temps assez considérable pour no laisser de part ot d'autre aucune inquiétude de nouvelles entreprises,* U plus grande partie di' la chrélieuté put employer ses armes repousser l'ennemi commun.
AFFAIRES D'ALLEMAGNE
Ion
ijeslé a encore confirma' les mêmes oITres par la déclarar[i\tt Im romle d'Avaux a failc en son nom à La Haye au ioi* d'oclobro dernier, el même elle a réduit à vingt années •ul»"ment le temps de la suspension ; elle a encore prorogé le temps desdites oiTres jusqu'à la fin du présent mois par la derière déclaration que ledit comte d'Avaux a donnée aux États 'cnéraux des Provinces-Unies; et voilà le dernier étal do cette Taire sur laquelle ledit sieur de Choverny doit observer que rofTro de raser Fribourg et de le rendre à FEmpercur ne subsiste plus, tant parce qu'elle nu été faite d'abord qu'à condition ^■OuVIle seroit promplement acceptée ei que les grandes dé- ^■K'nsns qui ont été faites depuis pour l'achèvement do cette ^Blace obligent Sa Majesté de la garder, quà cause aussi qu'il ^^i* s'ag^il plus d'un accommodement définitif^ mais seulement ' d'une trêve par laquelle toutes choses doivent demeurer dans L^'étal où elles sont à présent. C'est pourquoi si, dans la suite ^Bu temps, la cour de Vienne vouloil pressentir ledit sieur de Cheverny sur celte restitution, il ne doit pas manquer de la pjelcr par les raisons qui viennent de lui être expliquées, el idani il ne se servira de cette connoissance générale que lajcslê lui donne de ce qui s'est passé jusqu'à présent dans le» usemblécs de Francfort el de Ralisbonne, qu'au cas que la mr de Vienne, pressée par le mauvais étal où se peuvent Ironies affaires des Espagnols, ou par rappréhtmsion qu'elle t elle-nK^me des nouveaux efforts que les Turcs se disposent à faire la campagne prochaine, fasse audit sieur de Cheverny propositions d'accommodement conformes à ce qui vient lui 6lre dit; mais il se gardera bien de faire aucune avanro >rs celles que Sa Majesté lui ordonnera par cette inslruction faire tant à l'Empereur qu'aux Impéralrices, qui se rédui- »nt aux compliments ordinaires dans les {iremières audiences. Le premier soin qu'aura ledit comte de Cheverny étant arrivé cour de l'Empereur, el {«près qu'il aura élé informé par le rquis de Sebeville de l'éLit présent d<: celte cour, sera do inder son audience ; el comme il n'y a point de nuiltre des cérémonies ni d'introducteur, il dint, selon la coutume, visiter le gnuid-mallre et le grand chambellaiK L'un el l'autre s'appellent
In
MCVHIL DUS mSTRUiT. Dlt'LOUAl.
:OMTE DE CHEVKllNY, I fil
le prince do Dielrlr.hstoiu, le premier étant depuis loug^lemps fait prince, et l'autre depuis peu. C'est par eux qu'il doit savoir lo jour i|u<î rKmpercur aura destiné pour son .ludience; et après qu'il aura présenté sa lettre do créance, il témoignera à ce prince que Sa Majesté a toujours souhaité d'entretenir avec lui une bonne intelligence et une parfaite amitié; que tout ee qui o?t arrivé depuis quelque temps n'apporte aucun changement au désir qu'a Sa Majesté de lui en donner des preuves eflcclives; que c'est aussi pour lui confirmer ces assurances que dans lo même temps qu'elle a permis au marquis de Sebeville de revenir en France, elle a dépêché lui, comte de Choverny, pour demeurer auprès delà personne de TEmpereuret y contribuer, par ses soins f et par son application, à raffermir tous ces liens d'amitié et de bonne correspondance qui sont si nécessaires pour le bien de toute M la chrétienté. ™
Il donnera aussi les mêmes témoignages d'estime et d'amitié aux Impératrices et à rarchiduchosso dans les audiences qu'il prendra d'eUes, dan» lesquelles il ohscrN'era que T Impératrice fl réj;nunte doit être visitée la première, la douairière après, cl en troisième Heu l'an'hiduchesse.
Il rendra ensuite ses civilités aux ministres de rEmpereurque l'on nomme les conseillers de la Conférence ', et comme il appren- ■ dra dudit sieur do Sebeville quelles en sont les qualités, le génie et les intérêts, Sa Majesté Tinformera seulement du nom de ceux qui ont à présent le principal crédit dans les conseils de l'Empereur.
L'évéque dcViennc, qui était capucîn et qu'on appelait autre fois le Père Emcric, est devenu chef de ee conseil et a plus do crédit sur l'esprit de l'Empereur qu'aucun des autres ministres. Il remploie aussi tout en faveur de l'ïilspagnc et n'omet rien pour obtenir la paix des Turcs et faire marcher toutes les forces de l'Empereur vers le Rhin.
Le prince de DieLrichstein, qui est à présent grand-maître, avoit depuis longtemps de grands ressentiments contre cet évè-
1. « Toutes lea affaires <]e quelque nature qu'elles soient «ont résolues en deraier lieu dausce qu'on uomuie Conseil de la conférence, qui prend iudiiféi-eintQent counuis^ance de toutes les matiërea. » — ïielationde La VttUffuyoft.
LA COUR DE VIENNE
<|ni» dont il pr^lrnd avoir été offeusé; mais comme il croit à présent lui avoir ohlipilio» do. la iharg^o n laquelle^ il viriit d'être élevé, il y a bien dp raiipurcncn qu'elle les aura rendus amis, et e*est Cfl que ledit comte de Cheverny n'aura pas de peine à reconnottre : en sorte quo s'il s'aperçoit de quelijue reste do mécontenli*menl dans IVsprit de ce grand-maître , il R'i>n puisse servir Atlroitcmenl dans les occasions qui s'en présenteront.
Le grand chambellan' est un hommu fort adonné h son plaisir et au jeu, et par conséquent peu capable d'aiïatrcs.
Le chancelier Strnlmann * a été long^temps au service du duc de Neubourg on qualité de vice-chancelier, esl habile juriscoiisulle, et à présent fort dévoué aux intérêts de TEspag^ne, ayant obligation à l'ambassadeur do cotte couronne et à l'évêque de Vienne de la charge qu'il exerce présentement.
Lo comte de Rosemberg', qui est président de la (ibambre et dont les fonctions sont prescjue semblables à colles de contrôleur général dos finances, a été ci-devant premier ambassadeur do rKmper<»ur à Fnmcforl, et il y a tenu une conduite qui a paru «Mcz sage aux ambassadeurs do Sa Majesté.
Ledit sieur de iîheverny s'appliquent a mieux connoîlrc quelles sont les véritables inclinations et talents de ces ministres pour en bien informer Sa Majesté et pouvfwr ménager, dans la