Vienne, IC98. T. LXIX
SUCCESSION D'ESPAGNE
Wlïl^ que par révènomeiil de la morl du Roi d'Espagne.
rEmpereur a fait counottre par avanct! ses dossciiis sur octle
marehie, et pendant la dernière gnenv, et depuis la coiirlusiLHi
la paix. Le Roi n'a pas jugé qu'il convint do parler des droits
^time» de M*' le Dauphin pendant la vie du Uoi Catlio-
|ue. Mais quoique Sa Majesir* n'ait fait aucunes démarrlies
»ur Iraverser celles de TEmpereur, cet effet de sa motié-
rstioD n*enip6chc pas do croire qu'elle ii'ahandonneroil pas des
droits dont la justic« est reconnue de c^ux même qui les con-
^tenl.
H Ainsi l'ouverture k la suceession d'Espagne étauL reg^jndre
Bbnuil6 le point fatal dont la tranquillité de l'Europe dL']>end
L«nliêremcnt, et Sa Majesté voulant maintenir la paix, il est de sa
t>fonde sagesse de prévenir toutes Urs causes d'une nouvelle erre que cet événement paroît devoir produire. De toutes les mesures qu'elle peut prendre pour cet effet,
tie des principales est de découvrir les moyens que l'Emper met on usage pour avancer lo succès de ses desseins, de étrer le fondement des espérances de ce prince, de> reron- Klr© quelle en est la solidité ou la foiblesse, de régler sur celle Boissance les démarches qu'il sera du service de Sa Majesté de lairo^ entin d'examiner s'il convieudroit davantage à ses Ajtêr^ta cl au maintien do la paix, ou de triiverser les vues de ^tmpereur, ou d'étahlir avec lui une étroite iiitelligcnrc et de former de nouvelles liaisons, à peu près semhlahles à celles qui ool iulrefoi.H été entre Sa Majesté et ce prince.
«Sur ce fondement, elle a jugé que celui qu'elle enverroit k cnne «privH la paix devoit être également capablt- de pénétrer Uiâ projets de l'Empereur et de traiter, si le service du Uni Je
E demande, dans la suile. Elle a choisi, dans relLe vue, le marquis V^UlarSt lieutenant général de ses armées et commissaire éral do sa cavalerie : Sa Majesté étant persiiudée que perne ne peut exécuter mieux que lui les ordres qu'elle lui donnera sur des affaires aussi importantes que relies qu'elle lui mnfip. Elle ue juge pas seulement de sou zîîle et de sa capacité li'S preuves qu'il en a données dans les emplois de guerre iJ tt'twl acquitté à son enli(>re satisfaction; Sa Majesté
DM [NtTntCT. PIVLOUAT. I. — 9
LE MAHQIJIS IIK VILLAUS, tnî>8.
foriiioîl cnr'orc sa bnniK' conduite dans les négociations; il l'a fait voir poiultiiit le t«>nn»s qu'il ît v\r rhargé dos ordres du Hoi auprî^s de l'élocleur ilc Bavière; ol comme le voyage qu'il avoit déjà fait à Vienne en qualité d'envoyé extraordinaire de Sa Majesté, et la cnmpap:nn qu'il fit en Hongrie dans l'armée de l'Empereur, lui ont donné toutes les connoissauces nécessaires pour la bien servir dans Mtte cour, elle ne doute pas que les services qu'il va lui rendre ne soient aussi agréables à Sa Majesté que ceux qu'il lui a déjà rendus dans ses années et dans les commandements séparés qu'elle a bien voulu lui confier pendant la dernière guerre.
Quoique l'usai^e soit que l'Empereur nomme un envoyé auprès du Hoi en mémo temps que Sa Majesté on choisit un pour envoyer auprès de ce prince, on n'apprend point encore qu'il ail jeté les yeux sur personne pour venir auprès de Sa Majesté.
Ce délai donne un juste lieu de croire qu'il ne seroit peutêtre pas fAché de retarder l'arrivé»» du marquis de Villars k Vienne ; que la résidence d'un minisire de Sa Majesté dans les conjonctures présentes lui est snsperte; qu'il cniil enfin que celui qui viendra de la part de Sa Majesté donnera toute son application à pénétrer ses dessoins; c'est aussi par ces mêmes raisons que le Roi regarde comme un point de nulle importance que l'Empereur envoie présentement auprès de Sa Majesté ou qu'il dilTère encore de nommer un envoyé : ressentie! pour son service est que le marquis de Villars soit bientôt à Vienne en état d'exécuter SCS ordres; et comme il ne peut bien découxTir à l'avenir les résolutions de l'Empereur, par rajq»ort à la succession d'Espa|;^no, s'il n'est informé des démarches que ce prince a déjà faites, Sa Majesté juge qu'il est nécessaire do Tinstruirc en peu de mots des principales.
Le lompérumenl foible du roi d'Espagne n'a jimiais laissé beaucoup d'espérance à ses sujets de voir naître des mariages de ce prince des successeui's à sa couronne. Ils paroissenl mèm avoir perdu ci'lle espérance par les fréquentes et dangereuses maladies dont il a été attaqué depuis quelques années; mais en même temps qu'elles leur ont fait craindre uu cbungemeul pro-.
SUCCESSION r> ES PAC. NE.
rhain de domination, telles mil «lomir lieu {\o foiinoîlro quo si Dieu dispnsoit du roi d'Ksjmg^ne, rEmpciTiir prclendroil réunir dans sa seule bran<'ho tous le» Etiils partag^^s di-puis Charlcs- Quiiil cnlre les deux hraiiclics de la miiison d'Autriche.
Si le droit de succéder à laiit d'EUils se eléritloit par les seules règles de la justice, il est certèiiii que M*' le Datiphiu seroil aussitôt reconnu comme le seul et le véritable héritier'.
Le» lois ot les coutumes d'Ivspafiiir. confirmées par dilTé-
renU exemples de successions, ne peuvent être renversées par
lit renonciation que la feue reine fui n!»li{.fée dii faire, élanl
mineure, au préjudice des enfants (}ni devoienl naître de son
mariage; et le lestamcnl de Philippe IV' no powvoit troubler
l'ordre établi dans son royaume ni disposer après sa mort de la
ftuceession h cette monarchie contre les lois observées dt'puis sa
fondation. La plus grande partie des Espagnols en convieimcnt ;
mais quand même la renonciation de la fene reîno et le lesta-
cnt de Philippe IV seroient valables, l'Empereur ni les
rince» ses enfants ne seroient pas encore appelé» à la succès-
du hoi ratholiquc si ce prince venoiL à mourir.
Philippe IV, supposant que la renonciation qu'il avoil fait ire à la Reine .sa fille étoil bonne, institua par son teslamenl rinfante Marguerite, sa seconde (ilte et ses descendans héritiers de tous CCS Lt^ils, si le prince son fils qui rê^ue aujourd'hui
»in»aruit sans enfants. L'Empereur épousa l'infante .Margucrilo el feu rélectrico do Bavière est la seule qu'il ait eue dç c« mariage ; elle a par conséquent Imnsmis au prince électoral de Bavière, son fils, tous les droits qu'elle pouvoit avoir h la suc- OMsioa d'Espagne, et l'Empereur n'éUint appelle à celle suc€e.spar le mt'^me testament qu'au défaut des descendant}» de
Dis le 20 jinvicrr l6iG. Mainrin ecriritit : « L'Iiirantc étant lonrit^o u Sn Mil* R'mii {vritirricnii aspirer à la luocesiion d^s royaumo» d'IOspîipnc, <iiii'lqno S%Ar-' l'ion lui en fil fnirc. » — Muinet. I, p. 33. — I.e premier amliawa-
400: XtV cnroja en Kkpagae après la paix dé» T^rreuéeR cl «un tnann^'e,
«Bt ; .<:lioa principale d'obtenir la r«vocatioa de Pacte de rrnoncialton d«
Mo/' —/</., p. 71 et suiv.
S. 'JVstauieut (le PiiiUp|w< IV, mort If 17 sfptetiihrr' ir>62. Ce lenlament inatilii.til, à dc/aut d'hrrilier direct, l'infante MarKtiertte, première femnie de Leopold, twni «le r^l«<trice .Mahe-Anioinette, grand' uiëro do Kerdinand-Joaeph de Bavière, el rialkoW Marie-Théréne.
rinfanle Marguerite, il est aisé do coiirlure qu'il n'a nul droit d'y prélcudro pendant la vio du prince électoral.
Le marquis de Yillars a été informé par l'électeur de Bavière même du titre dont l'Empereur se sert pour exclure le prince ■ électoral ; Téleclrice de Bavière en se mariant fut obligée de renoncer h ses droits sur la succession d'Espag^ne, et l'Empereur promit alors de lui céder et à TLIecteurson mari, la souveraineté des Pays-lias, si le Uoi Catholique mouroit sans enfants. Ainsi l'Empereur prétend maintenant que tout droit à la succession d'Espaiiue étant iMc au princf» électoral par la renonciation que léiectrice sa mère a faite, le Uoi des Romains et rarchiduc Charles sont les seuls héritiers que cette succession doit reg:arder en vertu du testament de Philippe IV. Mai» comme il a jugé que la couronne impériale et la monarchie d'Espagne, jointes ensemble et ])0S8édées par un seul prince, lui attireroicnl la jalousie et l'oppositioQ de toute rEuroju', les démarches qu'il a faites à Madrid n'ont été jusqu'à présent qu'en faveur de l'archiduc. /
Le parti du prince électoral de Baviiu-e paroissoit à l'Empereur le seul capable d'a[q*orlcr quebjuc obstacle i\ ses prétentions pendant la dernière t^uerre; iléloit persuadé que le Uoi, le soutenant contre les principales puissances de l'Europe, ne pou voit encore employer de nouvelles armées à maintenir les droits de Monseij,'neur si le roi d'Espagne venoit h mourir; la reine mère d'Espagne' appuyoit pendant sa vie le [»arti do l'électeur de Bavière ; sa tendresse pour le prince électoral, son pelit-ftls, joint à la jalousie qu'elle avoil contre la Ueine, sa belle-fille, la portoient également à traverser les vues de l'Empereur, que la jeune Reine entrcprenoit de faire réussir,
La Reine mère étant morte et le crédit de la reine d'Espagne' n'étant plus balancé, il sembloil que rien ne dcvoit s'opposer aux desseins de l'Empereur, lorsque le Roi Catholique tomba si dangereusement malade qu'à peine resloit-il quelque espérance pour sa vie ; daus cette extrémité il lit un testament; p<"U de personnes
1. Marie-Aune, sœur de l'empereur Lëopold, mëre de Marif -Thérèse df Francu, de l'infanle Marguerite première femme de Léopold et de Charles II. Elle mourut ea mai 1696.