Marie-Anne de NeulKiiu-g, belle-sceur de Léopold
SUCCESSION D'ESPAGNE. 133
ni part à ce secret ; mais on criil, ei avec beaticoiip de NTaiiomblance, qu'il avoil institué le princo électoral son héritier'. Cette nouvelJc obligea rivrapereur h dépécher le comte d'IIarh Madrid ; ses ordres étoient de porter le roi d'Espaj^-ne k ivoquer son testament, d'enpcager co prince h faire venir l'arrhiduc auprès de lui et à l'élever à sa cour comme le présomptif liéritîcr i\e sa couronne.
La Reine rendit alors des services très utiles h l'Empereur, *l il a paru que cette princesse lui avoit fait donner toutes les ^Assurances qu'il pouvoit désirerai! sujol du teslameut. Elle auroit t-élrc encore obtenu que rarcliidur seroil appelé en Espagne et qu'il conduiroit avec lui, comme rEmpereur le souhailoit, un corps de dix ou douze mille hommes sous prétexte de défendre In Catalogne si la paix générale conclue dans cette conjonclure n'avnil fait cesser ce prélexle. changé la disposition que les peuples d'Espagne avoient témoignée à recevoir el à faire subsister C4Î5 troupes et. en même temps, la résolution que les Anglois et PS Hollandois sembloient avoir prise de fournir des vaisseaux ur les transporter.
Ces difiicullés n'ont pas cependant empêché l'Empereur de chercher de nouveaux moyens d'avoir en Espagne uu corps de oupes à sa disposition, de s'assurer, s'il lui étoit possible, de assistance des Anglois vl d»'s Hollandois au cas de la mort du oi Catholique ; enfin il n*a rien oublié pour approcher l'archiduc o cette succession et pour le mettre on état d'en conserver au moin» une partie s'il lui étoit impossible do la recaoillir tout entière.
Dans cette vue, le comte d'IIarrach a représenté contîuuelli!enl en Espagne la prétentlue nécessité de s'armer par terre et j»ar nier pour la défense de la monarchie ; mais comme le péril a paru imaginaire, il n'a pu persuader le conseil d'Espagne do prendre des résolutions qu'il auroit été difficile d'exécuter ; l'culi'etieu df» troupes auroit été à charge aux peuples, et TEmpereor en les offrant convenoit qu'il ne pouvoit foui-nir l'i leur «tbsistance; le Hoi Catholique n'est pas plus en état dy coulri-
CfMt la tMtaiiUDl tl« Mpt«mbre 1696. Voir ci-dca«UB page 127.
LE MARQUIS DE VILLARS, i«0S.
biicr; ainsi relie proposition n'a point eu d'effet jusqu'à relie heure ; mais l'Kmpcreur ne s'en est poinl eucort» désiste.
Il a fait deinjindcT aussi inutilement au roi d'Espagno «1 ajh peler l'arcbidui' à Madrid : il a paru que la crainte exlrt'me de donner au Roi un aussi juste sujet de plainte et d'attirer peut-être une nouvelle guerre étoil un motif assez puissant pour délournrr \v Roi Catholique de prendre une [Mireille résolution, quand même ce prince auroil pu vaincre la répugnance qu'il a toujours témoignée à nommer son successeur el à le temr auprès de lui en celle qualité.
Ces voies d^approcher l'archiduc du trône d'Espace étant fermées, l'Empereur a fait demander pour lui le gouvernement du Milanois, premièrement [jerpétuel el indépendant ; ensuite il se seroit contenté de l'obtenir de la manière que le roi d'Espagne Tauroit voulu donner ; il considéroil avec raison ce poste comme très important pour se rendre maître des Etats d'Italie en cas d'un changement, ("elle demande n'a pas eu plus de succès que les autres. EnPm il parolt depuis quelque temps que la manière f doul la reine d'Espagne use de son autorité nuit bien plus aux intérêts de l'Empereur qu'elle ne les j^eut avancer; que la conduite de celle princesse anime toute la nation contre les Allemands; qu'elle fait voir au.x Espagnols ce qu'ils auroient à craindre s'ils passoîent sous la domination de l'Empereur ; qu'enfin elle lui ouvre les yeux sur les droits des légitimes héritiers ; et le parti de la France n'a jamais paru si considérable que depuis que la Reine n'a plus trouvé d'obstacles à son pouvoir et que l'on a va qu'elle l'employoit tout entier à soutenir les intérêts de l'Empereur.
Ce prince fait en même Lem[i.s de fortes instances au roî d'Angleterre el aux Etats générau.\ des Provinces-Unies pour s'assurer de leur secours si le roî d'Espagne vient à mourir; ses ministres pressent ces deux puissances d'entrer dans une nouvelle ligue sous prétexte de maintenir la tranquillité générale et d'empêcher la trop grande puissance de la France ; l'exécution du traité fait le 42 mai 1689 entre TEmpereur, le roi d'Angleterre el les Etats généraux est proposée comme un des principaux articles de cette ligue; ce U'aité, fait au commenc^^menl de la
SUCCESSION D'ESPAI.NE.
^Il»mi^^fi griiPiTo, porte que si lo roi <l*Rsfiaj2;îip vifiit à mourir, rAiitrli'tfrro vl \ii Hollaiid<> assistrroiil rKiii[H'r(Mir de huis 1rs secours néco.ssttiri's pour soutenir ses prélcntiuiis sur cetlo succession. Mais jus«]u a présent le roi d'Angleterre ne s'explique pas {M^cisément de ce qu'il feroil en ce cas pour les întérèls de l'Empereur, et il n'a fait euroro (jue des réponses générales sur re sujet tant pour lui que pour les Klals généraux. Il doit cependant envoyer inecssamment un ministre k Vienne. Les Ilollondois ont déjà fait passer le sieur lïopp à la cour de rKmpereur, et comme le projet est d'y traiter cette nouvelle alliance, le marquis de Villars peut rendre des services très considérables au Roi en découvTanl ce qui se passera dans celle néjçociation.
S*il y avoit plus «rapparence que l'on n'en voit efreclivemonl ■au succès des desseins de l'Empereur sur la monarcliie d'Espagne, il ronvieudroit alors de cliercher les moyens de traiter avec ce prince et de lui faire voir qu'il n'a point de plus g;rands obstacles à craindre que de la part de Sa Majesté ; qu'en s'accomraodant avec elle tout lui devifudroit facile, et d'examiner ensuite quel »«roit le partage que Ton [>ourroit proposer pour l'util tté commune.
Mais dans l'état où sont les choses, il ne convient point au Roi
e prendre c^'lte voie : l'ancienne jalousie de la maison d'Autriche
onlre celle de France est Irnp autrnu'nlét' depuis que la juiissance
u Hoi a paru avec autant dV-clat pour croire que l'Empereur
onsenle jamais à accroître cette puissance par un i»artage volon-
tro ; s'il l'a fait autrefois, on ne doit pas en tirer la conséquence
qu'il le feroit encore présentement ; il ne croyoit pas alors pouvoir
ier autant de princes dont les intérêts sont différents pour les
ser à Sa Majesté ; re.vpérience de la dernière ligue lui fait
espérer d'on former aisément une nouvelle toutes les fois qu'il
s'agira d'empêcher que le Roi n'acquière de nouveaux Etals.
Ainsi U proposition d'un traité de paitage ne pourroit que prn-
doire de mauvais effets pour le service du Hoi dans les coujoiic-
rea présentes.
PremilTemenl, elle changcroit l'inclination que les Espagnols moipmcnl présentement pour un des princes de France, celle
.K MARQI
VIl.KAnS, 1698.
nation ne ciaignanl lion «lavantagi' que du voir démembrer la monarchie» nprès la mort du roi d'Espagne.
Secoiidt'innil, cetli^ conduite donfioroit lieu de croire ou que Sa Majeslo doute de la validité des droits de Monseigneur ou qu'flle iH^ veut pas i-mployer ses forces pour les soutenir.
Toutefois, si les ministres de TEmperf^ur proposent au marqu' de Yillars de prévenir par un traité les troubles que l'ouverture à la succession d'Espajtrne pourrait e.xciter, il se chargera d'en rendre compte à Sa Majesté. Il peut même dire, sans craindre de se trop avancer, qu'ils savent à ijuelles conditions un pareil traité pourroit se faire et que celui de 1668 serviroîl de modèle.
Il recevra des ordres plus précis du Roi sur le compte qu'il en rendra à Sa Majesté. Opendanl sa principale application doit Htc présentement d'observer, comme il a été dit, les mesures que l'Empereur prendra pour l'exéculion de ses projols.
On a vu former pendant la dernière guerre celui dont le comte Caraiïa étoii auteur, de rendre FEmperour maître de l'Italie ; l'elfel n'en a été empêché que par la puissance du Roi, jiar les suges résolutions que Su Majesté a prise» dans les temps convenables, par la manière dont elle s'est servie des conjonctures pour assurer la liberté des princes dllalie '.
Quoique toutes les troupes allemandes en soient enfin sorties, il paroît que l'Empereur n'abandonne point ses premières vues et qu'il est même plus sensible à co qui regarde Fltalie qu'à tout autre projet.
Le comte Martiuilz, pendant son ambassade à Rome, n'a perdu aucune occasion d'y établir par des actes l'autorité impériale oubliée dans cette ville depuis plusieurs siècles; mais comme depuis la mort du comte Carnlîa, aucun des ministres de l'Empereur ne s'est trouvé avoir la même connoissance qu'il avoit des affaires d'Italie; il est présentement plus facile de savoir toutes les résolutions de l'Empereur sur ce sujet que sur les autres affaires, et Sa Majesté s'assure que le marquis
1. Le 29 et le 30 raai 1690, trois traités avaient été signés i Pignerol entre Louis XIV et le duc de Savoie. Le <luc s'eayagejlit k faire ses efforts pour obieoir de l'Empereur et de »es allies t:i neutralité de l'Ilalie ; sinon il joindrait contre eux ses forces à celles du roi de Kraiice. — C. Roussiùt, Louvoù, IV, ch. xiv, p. 534
SUCCESSION D'ESPAGNE
de Villars l'info miera trè« exactement de tout ce qu'il sera possible* d'en apprendre.
Lh dc^fiance peq>étuelle entre l'Empereur et les princes de l'Empire produit souvent des événements dont on peut utilement profiler; on a vu pendant la dernière guerre les forces considérables que leur union doimoit à la ligue; mais ils ont dû connoître en môme temps que leur soumission aux volontés de TEmpereor le rendoit de leur propre consentement absolu dans PErapire, et que son autorité deviendroit enfin assez grande pour en renverser les eonslitulious et pour leur ôter à euxmêmes leurs droits les plus considérables.
La paix peut éloigner le péril dont ils étoient menacés s'ils iprofiler du retour de la tranquillité générale et prendre de fioovelles mesures pour maintenir leur liberté contre les entreprise* de l'Empereur; ils ne le peuvent faire qu'en renouvehinl avec Sa Majesté les mêmes liaisons <lont ils ont souvent reconnu rulililé. Quoique l'intérêt qui les y doit porter soit assez connu, il *<'ra cependant plus facile encore de les persuader lorsque le Hoi sera ponctuellement informé des nouvelles atteintes <{uc l'Empereur donnera vraisemblablement à leurs privilèges. Ainsi le nuirquis de Villars doit être attentif à s'en instruire, afin I d*8ti rendre an compte exact à Sa Majesté. Main lorsqu'il croira devoir en parler aux ministres que ces princes auront à Vienne, il ûêl nécessaire (pi'il le fasse avec beaucoup de circonspection : ces envoyés sont lU'dinatremenl plus attachés à l'Empereur qu'à leurs maîtres ; ils espi^rent des grâces considérables en se condoÎMiil au gré de la cour do Vienne, et ils ont deviiut les yeux de» exemples de la manière dont elle récompense les services qu'ils lui rendent au préjudice de leur devoir.
Cette raison ne doit pas cependant empêcher le marquis de I Villars de leur faire voir, en général, que l'intention du Hoi est de maÎDleiûr la paix que Sa Mujesté a rendue à l'Europe ; que la eeMIon des places qu'elle possédoit au delà du nbin est une assurance certaine que Sa Majesté ne veut plus porter la guerre en Allemagne; qu'elle n'a désormais rien à démêler avec l'Em» pire; que jamais il n'y a eu plus d'apparence à la durée et à la solidité d'aucune paix, que de celle qui vieul d'être conclue entre
LK MARQUIS DE VdLARS, !6»8.
Sa Majesté et rEmpiro ; qu'il est soulcmonl à souhaiter (jnc les jU'iiiei'H jrAlIcmiigiié, en eoiinoissunlle solide fondemenl ri la siiieérih'' des iiilentious de Sa Majesté, uc se laissent point alarmer par les vaines défiances qu'on prétend leur inspirer de ses desseins.
L'clîet le plus prochniri d«t celle défiance est la proposition d'un armement t^éiiéral de tout l'Empire dont on presse vivement la eonclusion à lialisbonne; la sûreté de TEmpire est le prétexte de cet armemeul : il doit toujours subsister en temps de paix et être aug^meiité si la gruerre survenoit.
A ])ien examiner le véritable intérêl de l'Empereur, cet armement peut lui causer un jour beaucoup de préjudice. II met les princes de l'Empire en élat de s'opposer, avec succès, à ce que TEnipereur voudroil entreprendre au préjudice des constitutions qu'il n promis de maintenir; et il peut aisément arriver que le prince de Hade, ou tel autre général qui sera mis à la tète de celle armée, ne dépendra pas toujours comme un sujet des ordres qu'il recevra de la cour de Vienne. Mais présentement elle n'examine point cet intérêt; la proposition d'armer entretient la défi.-incede l'Emptre à l'égard du Roi; les ministres de l'Empereur croienl qu'elle les enipédiera de rechercher l'alliance de Sa Majesté; que celte union esl un commencement de nouvelle li|^ue ; qu'il sera plus facile de la former comme elle étoil pendant la dernière guerre si le roi d'Espii*;ne vient à mourir; qu'enfin, ce seront des troupes prèles à employer dans le moment de cet événement, et que rEmpereur en disposera comme des siennes propres, le général dépendant de lui. Ainsi ses minisires à la Diète pressent fortement la résolution de l'annement.
Les mêmes raisons que l'Empereur a présentement de le souhaiter, font aussi qu'il seroit de l'intérêt de Sa Majesté qu'il ne se fit point ; mais comme ce seroit l'avancer que de témoigner qu'il pût lui faire de la peine, elle a ordonné à ses envoyés auprès des princi'S de l'Emjjire et au sieur de Chamois, son plénipotenliaire à l\atishonne, de parler sur ce sujet avec beaucoup d'inditréreuce; de faire seulement voir, à propos, dans les occasions, que l'assurance des sincères intentions de Sa Majesté pour le maintien de la paix en doit faire le plus solide fondement ; qu'il
LES PRrNrES D'ALLEMAGNE.
pnrôft ansrz inulilc qiif les KLiLh de TEmpiro se rhargonl d'iino 'RM» dont f»n n«' voit pas qurl ost lo snjot, fpj.intl ils n'oril rien h iudre de» desseins de SuMajesl») ; et (ju'ii paroil qu'ils devn tient plutôt choreher In HÙreté de k paix en témoignant au Roî une entière confiance, qii'eMi fiiistml des piV'paralifs pour se garantir des projets que Sa Maj<'slé fait assez Vf>ir qu'elle ne veut point rmer. Le marquis do Villais .s'expliquera dans \r même sens ministres des princes de FEmpire, à Vienne, lorsque les occasions s'offriront de leur parler sur ce sujet.
L'érection d'un neuvième éleetorat. faite pendant la dernil-re erre on faveur du duc'd'Uano\Te\ est présentement une des încipalea affaires qui parlagenl les senlinienls des princes de l'Empire : la plus grande partie persiste h s'opposer à une innovation, introduite par l'Empereur contre les constitutions de l'Empire. 11 est d'une danjjereuse conséquence d'admettre qu'il ftoit au pouvoir de ce prince de les changer, et plusieurs de C(!ux que leur intérêt oblige t^i ne pas souITrir rélahlissement de cette nouveauté, ont voulu savoir les sentiments du Roi à cet égard.
Quoique le duc d'Hanovre n'eût acquis ce titre de l'Emperewr que comme le prix d'avoir manqué aux engagements dans Icftquel» il étoit entré avec Sa Majesté, le ressentiment de la mauvaise conduite qu'il tint alors n'a cependant nulle part h la résolution qu'elle a prise sur Téreclion du neuvième éleetorat ; elle regarde cette nouveauté comme entièrement conlruir*^ k ce qui doit être de plus inviolable dans l'Empire ; et Sa Majesté, voulant maintenir l'exacte observation des traités de Westphalie, ne peut appixiaver que le nombre des électeurs, fixé en dernier lieu par ces traités, soit augmenté parla seule autorité de rEmjMTeur et sans le consentement unanime de tout l'filtuitire. C'est ainsi que le narqui.H de Villars doit parler aux ministres des princes opposants au neuvième électoral; et îl peut dire en général à tous
1. Bra*«t'Augu«l6<l« Drunawick-Luaebourg, doat les régiments vea&ieot d'aider ioi dans la conquête de la Morée, acheta de l'empereur Liéopold I". au prit ooaeuurs annu contr«^ la France et la Turquie, le litre électoral, 9 dL'cemUre MM. I.'Kalpir^ r^fiina il'ahnrd de reconnaître cette dignité décernée sans son con- •ovt; mais en 170b oll<' l'ut unirertellement sanctionnée. — Hihlv, op. cit., M» p. S7. — Voir Flavsah, V« époque, liv. V, t. IV, p. 172.
iW
LE MARQUrS DE V1I.LARS, U98.
CA'iix qui voudroiil savoir les senliments du Roi sur cette aiïaire, qu'il sait que Sa Majesté n'a d'autre vue que de maintenir Texêcution des traités do \Vestphalie et de ceux de Nîmègue et de Ryswick, fondés sur les premiers.
S'il étoit question simplement de l'érection d'un neuvième éleclorat en faveur du dur dHano\Te, il y a lieu de croire qup l'Empereur n'auroit nul «"mprcssement d'augmenter le nombre des voix des protestants dans le collège électoral ' ; le préjudice que la relig:ion peut en recevoir seroit apparemment une considération assez forte pour l'obliger d'abandonner ce qu'il a fait en faveur du duc d'IIaiio\Te ; l'intérêt de la maison d'Autriche se joiudroit encore à cette considération, et il ne seroit pas difficile de faire voir ce qu'elle auroit à craindre, dans le cas d'une éh'clion à la dignité impériale de rinlroduclion d'un protestant dans le collège des électeurs. Mais l'Empereur ne soutient ce qu'il a fait en faveur du duc d'Hanovre que dans l'espérance de pouvoir faire admettre en même temps, dans les délibérations ordinaires du collège électoral, le suffrage qu'il n'a. comme roi de Bohème, que dans Li seule occasion de l'élection de l'Empereur; il se llatte que le nombre des protestants augmentant et l'admission d'un c<itholique devenant nécessaire pour conserver la même balance, l'entrée ne lui peut être refusée comme roi de Bohème, puisqu'on cette qualité il l'a déjà pour l'élection.
Cette me de l'Empereur fortifie encore dans leur opposition les princes qui se sont déclarés contre le neuvième électoral; ils savent qu'il deviendroil le maître de toutes les délibérations de l'Empire, si le suffrage de Bohême étoit reçu dans lo collège éh^ctoral comme celui d'Autriche l'a été dans le collège des princes; et, dans la vérité, le peu d'empressement que la corn* de Vienne fait présentement paroitre à soutenir l'érection du neuvième électoral donne lieu de croire qu'elle ne trouve pas les
t. La Diëte de l'Empire ae composait de trois collèges ÏQégaux en raag et en autorité et dont chacun votait à part. Le collège électoral se composait de hait ék'ctetir» : les trois ecclésiastiques : Majence, Trêves, Cologoe ; les cinq laïque» : Boliéme, Palatinat, Bavière, Saxe, Brandebourg. — Venaient ensuite le collège des princes et celui des villes libres. Voir Himly, op. ci7., I, 215.
nre.
LES PRINCES PROTESTANT D'ALLEMAGNE. Ul
Mtions qu'elle souhailc à r<i(linissiûii des siitTragofi do
Le siour marquis do Villars infonneni ie Roi do ce qu'il apprendra de cette affaire; mais jusqu'à présent lo duc d'Halovre n'a pas cucore eu l'iaveslilure qu'il a demandée après la ^wiort de son ptre.
Oulfp les deux urticlos de l'armement général et do rérection du neuvième électorat, il y on a un troisième dont la cour de k'icnne se sert depuis la conclusion de la paix pour éloigner do ité les princes prolesLanls de l'Empire, llenlion que le Hoi donne aux avantages de la religion et à la maintenir dans les lieux oii sa piété l'a étiiblie, avoit obligé Sa Mnjeslé k stipuler pur le quaCritime article du traité de Ryswirk que dans les lieux qu'elle s'engiigeoit de rendre h l'Em- », les choses demoureroient à l'égard de la religion au mémo il qu'elles se Irouvoienl lors de la rostilulion. (ipl article avoit lucoup de difficultés de la part des protestants, mais la icté do Sa Majesté les avoit enfin obligés à ratifier le traité, est à remarquer que les ambtissadeurs de rEmptTcur aux inférences de la paix n'osant pas se joindre ouverlemenl à ceux la Roi pour obtenir cet article, les pressoiont secrètement de ne l'en pus désister; leurs instances étoicnl superflues, Sa Majesté it donné sur ce sujet ses ordres d'une manière si précise que ambassadeurs ne pouvoiont s'en écarter.
La j»aix étant faite, le Roi a été informé do l'inquiétude que js princes prolestants avoient au sujet do cet article: leurs envoyés kuprè« do Sa Majesté ont marqué combien ils craignoiont qu'elle t'eût formé le dessein d'attaquer particulièrement leur religion; ont témoigné que leurs maîtres voyoieut avec un déplaisir •Miaible qu'elle leur ùlàt de celte manière toute espéranc^.^ de mdre de nouvelles liaisons avec elle; Sa Majesté les a fait *r qu'elle n'a jamais eu intention d'étendre le quatrième lîde du traité de Ryswick au deiii des lieux qu'elle a rendus , par la paix de l'Empire; que cet avantage qu'elle a demandé avec ^BMtice pour la religion ratlioliqur, rst le moindre qu'elle puisse ^Be réftcrver en cédant à l'Empire ce 4}u'eile lui a cédé en considé- ^nmtioo de la paix, et qu'elle est très disposée à donner à ces
prinres les mêmes marques qu'ils ont autrefois reçues de son amitié; ces assurances que Sa Majesté a fait donner de tous cùlés paroissent produire un bon effet.
Elle apprend cependant que les ministres de T Empereur dans les cours d'Allemagne et à la diète de Halishonne excitent continuellement par leurs discours l'inquiétude des princes protestants sur ce sujet: ils disrnt que l'Empereur n'a eu nulle part à ce quatrième article; qu'il fait voir clairement les desseins du Roi contre la religion protestante en Allemagne, et par conséquent le peu de fondement que les princes de cette religion doivent faire sur les assurances qui leur seront données de l'affection de Sa Majesté; ils laissent même établir l'opinion que cei article a été tU'essé do concert avec le pape et à la sollicitation écrite que l'on prétend que l'électeur palatin on avoit faite par le moyen du grand-duc i\g Toscane.
Le marquis de Villars doit dire sur ce sujet aux ministres de l'Empereur et à ce prince lui-même , si l'occasion s'en présente, que sa piété est si connue de Sa Majesté, qu'elle ne peut croire que ses envoyés exécutent ses ordres en tenant de pareils discours; qu'elle auroit lieu d'attendre au contraire que l'Empereur seconderoit do son cAlé les intentions de Sa Majesté et tiendroit la main à faire exécuter ce qu'il y a dans le traité de favorable à la religion; qu'elle ne peut douter qu'ils ne reçoivent de ce prince les ordres nécessaires pour se conduire désormais et pour parler d'une manière convenable aux ministres d'un Empereur calbolique.
Vitilà (juelles sont les principales affaires que le Roi a présentement par rapport à l'Empereur et à l'Empire. Il est inutile de parN-r de ce qui regarde l'évacuation de» places que Sa Majesté dttil rendre ru exécution du traité de paix; elle n'a été retardée que par les difficultés qu^' le landi^rave de ilesse-Cassel apportoit M h rendre la place de Rheinfrlden au land^'cave de ce nom, conforniémenl aux rondïtions du traité di* Rvswick. Comme il doit y avoir satisfait avant que k- marquis de Villars soit arrivé ù Vienne, les conditions du traité seront aussi accomplies dans le même temps de la jKirt de Sa Majesté.
La guerre que l'Empereur soutient depuis plusieurs années.
GlIEniU: DKS TURCS.
... Honf^rie «si un des plus f:^ritnd» obstacles que re pritico ait ^^IrouM' ù faire passer un corps de lioupes en EspQf^ue el ii Tenlrr- ^Plisnir donsr.e royaume; il connoît l'extrêmo embarras où il lom-
beroil si le Roi Callmlique venoil à mourir avant que ia paix fût
Ironclue aver les Tun-s, et rrtle ennsîdération augmcnti» encore le dtmr qu'il uvoil pendant la dernière guerre de terminer an plus liM celle de Uon^ie. L'ambassadeur d'Angleterre h Cousianliuuple avoit depuis quelques années le pouvoir d'olTHr la médiation du Kroi son maître pour traiter la paix en(n^ l'Empereur et le Grand ^ Seigneur; il n'avnil pu faire aucun usag^e de re pouvoir avant rhiver dernier; il en a parlé au nouveau grand vizir ajirès le malheureux succès que le» Turcs ont eu, la campagne dernière, H et comme il a trouvé les dispositions bien plus grandes à la paix Kqu'elles n'avoient encore paru dans cet empire, on est persuadé à W" AT ienne qu'elle pourra facilement se conclure au commencement
de la campagne h la tête des deux armées. H Le marquis de Villara remarque avec raison dans le mémoire 9\u\\ a donné que, quoique celle aiïaire mérite beaucoup d'atten- ^ tion de sa part, il ne peut cependant rendre en celte occasion I d'autres services à Sa Majesté que de pénétrer ce qui se passera dons la négociation, de rinfonuer exactement de l'apparence ou de* difficultés que l'on pourra voir h sa ceinclusion, enlln des conditions que l'on proposera de part et d'auln' ; c'est aussi le seul ordn' qu'elle ait k lui donner sur ce sujol, et elle ue doute pas qu'il n'apporte toute l'application nécessaire pour découvrir toutes le«» circonstances dont il convient au service du Roi que Sa Majcst é ail une prompte et fidèle coimoissance.
Les mémoires que le marquis de Villars a donnés à sou retour d« Vienne ont fait voir qu'il étoit parfaitement informé du carac^lêre de TKmpereur, de l'Impératrice el de ceux qui étoîent alors tdait» les postes principaux, et quoique plusieurs des ministn>s [«oient morts depuis, il connoît aussi ceux que l'Empereur a mis idans leurs jdaces; il y a par conséquent très peu de choses que jron puisse ajouter h ce qu'il sait déjà par lui-même.
Ce qu'il y a principalemmil à remarquer à l'égard de TEmpo-
rmir. est que ce prince parolt donner plus trattention qur jamais
alîaires de ri^inpire ; qu'il a une connoissaïu'e très exacte do
loules les cours d'Allemagne ; que s'il y arrive quelque change meul il s'en informe avec beaucoup de soin, et que depuis le commonccment do la dernière guerre il ne perd aucune occasion d'clendrc son autorité dans l'Empire.
Le cercle de Westphalic' étoit celui de tous où il avoil le moins de pouvoir. Les princes d'Allemagne ont regardé l'éleolioii du prince de Lorraine * à Tévèché d'Osnabriick comme une entrée que TEmpereur s'est ouverte pour avoir part aux délibérations et aux résolutions de ce cercle, en s'assurant d'une voix aussi dépendante de lui que celle du prince de Lorraine, son neveu, le sera toujours.
Il a d'ailleurs bien des moyens de gagner facilement les ministres des princes de l'Empire, les capitulaires des chapitres d'AUemagne, et l'expérieuce a souvent fait voir qu'il s'en ser\'oit utilement.
Quant à l'Impératrice', on prétend que depuis quelque temps cette princesse reçoit des présents pour les grâces que l'on demande et qu'elle obtient de l'Empereur, que c'est au prince Charles de Neubourg son frère que Ton s'adresse pour cet effet; le mîirqnis de Villars sera bientôt instruit de cette particularité, et il rendra compte au Rot de ce qu'il en apprendra. Il informera pareillement Sa Majesté de ce qui se passera au sujet du mariage du roi des Romains et de toutes les princesses que Ton propose. Elle n'a point d'intérêt que l'on prenne l'une plutôt que l'autre. On voit que la princesse d'Hanovre n'y a plus de part, nonobstant la préférence que le roi des Romains paroissoit lui donner.
Le marquis de Villars doit aussi rendre compte des qualités do ce prince, du jugement que Fou peut faire de son esprit et de ses inclinations. Ses discours ont donné lieu do croire que s'il par-
!. L'Empire était diviaë ea dix centes qui étaient avant tout des cîrconscriplions topograpliiques. Leur organisation politique était fort iacomplèle. Le cercle de Weatphalie était un de ceux sii la division territoriale «tail la plus grande. Voir HiMt.T, op. cit., I, p. 282.