‹ AustricheChapitre 46 sur 179 · CONDUITE A TENIR A VIENNE · texte numérisé non relu

CONDUITE A TENIR A VIENNE

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Qiioiqun ce qui esl contenu dans cette instruction lui fasAe ijuiî rinlcnliou de Sa Majesté est qu'il s'nppliqu*^ jinrliruliè- »iTH»nl h faire ronnoître dans ses discours le désir qu'elie a 'enlreli'uir utie parfaite inleHigence avec rEiiipercur et de ne icn omelire pour le maintien de la paix générale, elle a cepen- |«ol jug"*^ à propos d'ajouter les mêmes ordres qu'elle a déjà lén à plusieurs de ses ambassadeurs ou envoyés dans les «étrangers. Comme elle voit la jalousie que sa puissance [cîle, elle est persuadée que rien ne convient davantage h son !mce que de parler de sa modération pIuttM que de ses forces; les sont assez connues de toute l'Europe, et ce que les ministres Koi pourroienl en dire, n'ajoulani rien h la vérité, pnsseroit mvenl pour des menaces ; de pareils discours produirtJteFil rel eflTet encore plus certainement à Vienne qu'en quelque autn* cmir le ce «oit; ainsi le marquis de Villars ne doit relever ni le boulé des troupes de Sa Majesté, ni le ban ordre ilo I, de manière qu'il donne lieu de craindre ses desseins len moyens qu'elle auroit en main pour les exécuter; mais en le temps il doit éviter de tomlier dans une autre extrémité plus danjj:ereuse et de donner lieu de croire par des •oun» faibles (jue Sa Majesté soubaite robservalion de la paix ir d'autres motifs que jiar celui de l'intérêt général de toute PEurope»; elle est persuadée qu'il tiendra un juslii milieu entre ce» deux extrémités et qu'il saura faire voir en mCme temps Su Majesté désire le repos public et les moyens prompts irés qu'elle auroit de faire repentir ceux qui It5 voudroienl mbicr.

Le marquis de Villars verra sans doute le prince Louis de I Vienne': il pourra l'assurer, quand il en trouvera Toccal'il s'est acquis Teslime du Uoî, quoique dans des en^j^aj^emeoU opposés aux intérêts de Sa Majesté ; et comme il l'a connu parlieulii'nrmeni en Uongrie, il lûcliera de profiter de celle première connoissance pour décou^Tir ses sentiments h l'égard de

fore

i. Jjofùt-Kfnûihiuxa* I*', iiurgnivfl Ja Bade, né à Paria ea 1655, était Allcnl d« UoomlMiUit mntro Turnnne en AUnco, prit une part hnllanto a In dt^li- Titrrat par Subtcski et l« duo de Lorraine et revint comUiiltre la

rEmpcrciir; il a paru en plusitmrs occasions qu'il n'éloil pas conteul du traitement qu'il ivrcvoil tle la cour de Vienuu, el l'on a vu l'année deniièn': que dan» h» lomps mémo qu'il éloil àlalête do Tarméo de TEmporour, les minisires de ce prince se sont fortement opposés à son élection à la couronne de Pologne'; il seroil util*' de dérouvTii' s'il en conserve quelque ressentiment, jusqu'où il peut aller et quelles seroienl ses vues pour se faire un établissement plus considérable que celui que sa naissance lui a donné indépendamment de l'Empereur. M

Le <Iernier ordre que le Roi ait h donner au marquis de Villars est d'observer la couduiLe de l'ambassadeur de 8avoie k Vienne en sorte qu'il puisse jugerai son maître entre en quelqu négociation avec l'Empereur; rinquiétude naturelle du duc d Savoie donne lieu de croire que ce prince ne consultera pa; toujours ses véritables intérêts pour proposer des traités, et il est du service de Sa Majesté qu'elle soit informée des démai'ches qu'il fera sur ce sujet.

Le marquis de Villars lui rendra compte directement, tous le ordinaires, de ce qu'il aura fait en exécution de ses onlres et do ce qu'il apprendra qui aura quelque rapport au bien de son service, el elle l'informera de .ses intentions sur les choses qui n sont point romprises dans celte instruction; il entretiendra aussi un commerce régulier avec les ambassadeurs et envoyés de Sa Majesté dans les pays étrangers, particulièrement avec le marquis d'li{U'Ci)urL à Madrid, le comte de Tullard en Angleterre, le sieur de Bonrepos eu Hollande et avec les envoyés du Roi dans ie» cours d'Allemagne et à la diète de Ratisbonno.

Outre ce qui est contenu dans la présente instruction des avis que le Roi veut que le marquis de Viliars lui donne de tout co qui se passera dans la cour de Vienne, l'intention do Sa Majesté est que tous ses minisires au dehors lui rapportent au retour do leurs emplois une relaliou exacte de tout co qui s'y sera passé do plus important dans les uégoi'iatioiis qu'ils aurout conduites ; de

1. ApfèK Ir mort de Sobieski (juin 1606), I« prince Louis de Bade fut candidat au trijue do Pologne. Louis XIV soutenait 1^ prince de Conti, et l'Empereur le duc Léopold de Lorraine. — Voir Mariua Topin, l'Europe et Ict BottrOon^i sous Louù XIV, ch. IV. — Flassak, IV, p. 137.

AFFAIRES DE TURQUTE.

rétat de» courti el îles pays oi\ ils auront servi; des cérémonies qui s'y obser>onl soil dans los entrées, soit dans les audiences mi dan.H toute autr»? renrnntro ; du j^^énie v\ dtis îut'linullons dp« prînc4?s el de leurs ministres, et enfin de tout te qui peut donner une connoissancc particulière des lieux où ils auront été employé» el des personnes avec lesquelles ils auront négocié. ùn»i ledit marquis de Villars auni soin dt* prépan-r un méloire de cette sorte en forme dt^ relation de l'emploi que Sa [djenté lui confie pour le mettre ii son retour entre les mains de ladite Majesté.

AftwnoN A L iNsmrcnoN de m. le marol'is he viixars.

fMaj<^sté apprend par les dernières lettres du sicnr de

ignS^ro', son amhassadi'ur à Conslmilinople, que quidqties-

âen principaux offieirrs «1p la Porte lui ont lunivt'lîtîmral fait

lOiliv combien ils Houliaiteroient(|ue 8a Majestr vfjulùt ijiler-

médialîon pour la conclusion de la jiaix rulic h's t\o[\\

ipires; qu'ils feroient beaucoup plus de fondement sur les soins

Majesté voudroit bi«Mï jirendrc d<' cette affaire, que sur les

lie quelque puissance quo ce puisse êfro, mais que la loi

le» Turcs ne leur permettant pas de demander la paix, ils ne peu-

»nl en cette occasion s'adresser ouvertenjeul k Sa Majesté;

*aiusi le Gnmd Seigneur souhaiteroit qui;, d'elle-même, elle

»uJù( s'en mêler.

Quoique le Roi ne puisse offrir sa médiation sur une proportion aussi générale. Sa Majesté, ne voulant rirn omettre de ce li peut contribuer au bien de la chrétienté, trouve bon que le [uindc Villars communique h l'un des ministres de l'^mpe- [jkvift qu'elle a reçu du sieur de Castagnère et qu'il lui dise

l. nA«tAga4r«, marquirt il« CbAMauûcur, conseiller an Parlcnieut de ParÏM.

ISO LE MARQUIS DE VILLAHS, 1698.

que s'il croit que les offices de Sa Majesté puissent être utiles en cette occasion, elle les emploiera avec plaisir, et qu'elle donnera aussitôt ses ordres à son ambassadeur à la Porte; elle informera aussi le marquis de Yillai's de ses intentions sur li conduite qu'il aura à tenir à cet égard lorsqu'il lui en aura fait savoir la réponse de l'Empereur.

Le S octobre 1700, Clinrlps lî inslilnr» le dur Philippr d'Anjou, louxièmc (Ils du Dauptiin dn Frîince, conimn rhôriltor universel de monarchie espagnole. Louis XIV accepta Théritag^e pour son pelilils, mai;! no lui enleva pofnt ^es droils eveninels au t^(^ne de Fiance, s'ensuivit une guerre j^ene-rale. En 1710. Louis XIV, vaincu, ctail lit à demander la paix, a Son orgueil était humilié, dit M. Mtgnet^ 4Kt ic» armées avaient été refoulées des bords du Danubi-, du Tage <^t ^u Pô jusque derrière les limites resserrées de la Franre. Le prince puissant n'existait plus; le prince nécessaire existait seul. Céder à fan dp ces entraînements qui élfcvpnt ^m abaissent trop, c'était »roetlre l'Autriche et la France dans la position antérieure Si la paix le Wo^tphalie, remplacer une domination par une autre, et créer un f dissiper Irs derniers restes d'une rraiide. » On k coin- 1 en Angleterre, oîi la reine Anne, llile de Jacques 11, avait laceédë à son époux, Guillaume III, mort en 1702. Le parti whig, '«lui, avec Marlborouph, avait soulenu la guerre, fil place au parti f»>r}*, qui était disposé à la paix. Le Parlmient ayant été dissous au JDOU d'octobre 1710, les élections donnèrent la majorité aux torys. La Haine leur était favorable. Un ministère tory fut constitué. Uo «Hrènetncnt qui se produisit l'année suivante acheva de dérider les Anglais. L'empereur Joseph 1", qui avait succédé en 1705 à Léopold, mourut le 17 avril 171! sans laisser d'héritier mAle. Son frère, l'archiduc Charles, que la coalition avait reconnu eotnme rui d'Espalî «0 trouva appelé au trône impérial. S'il fût resté rui tl'KspaKne,

t. Intrtnittriion à tftUtoire de la tucftuioH d'Etpagne.

il eût rétabli la monarchio de Charles-Quint. L'équilibre de l'Europe eût été détruit. L'Angleterre vit lu un danger d'autant plus grave que Louis XIV était plus abaissé. Des conférences s'ouvrirent à Londres et dos préliminaires de paix y furent signés le 8 octobre 17il. La Hollande suivit l'Angleterre. Les traités de paix furent conclus entre ces trois puissances à Utrecht le 11 avril 1713. Il fut établi que les couronnes de France et d'Espagne ne pourraient jamais être réunies. Philippe V fut reconnu comme roi d'Espagne, mais il perdit les Pays-Bas, le royaume de Naples, les ports de Toscane qui en dépendaient et le duché do Milan, qui furent réservés à la maison d'Autriche, Le duc de Savoie obtenait la Sicile avec le titre royal. Les Hollandais obtenaient le droit de garnison dans un certain nombre de places fortes de Belgique, qui prendraient le nom de places de la Batrière. L'Angleterre gardait Gibraltar, Minorque, la baie d'Hudson, l'Acadie, l'île Saint-Christophe, Terre-Neuve, et stipulait le comblement de Dunkerque.

L'Espagne accéda à ce traité le 13 juillet 1713. L'Empereur s'y refusait. Le maréchal de Villars, qui avait relevé l'honneur des armes de la France [à Denain en 1712, prit Landau et Fribourg, Des négociations s'ouvrirent à Rastadt entre lui et le prince Eugène de Savoie *, qui commandait les armées impériales. Elles aboutirent au traité préliminaire du 6 mars 1714, qui rétablissait la paix entre la France, l'Empereur et l'Empire. Villars n'avait pu obtenir que l'Espagne y fût comprise, de sorte que la guerre continua entre Philippe V et l'empereur Charles VI. Par le traité de Rastadt, l'Empereur acceptait le lot qui lui était destiné par les traités d'Utrecht, et recevait l'Ile de Sardaigne en échange de la Bavière, qu'il restituait à l'électeur.

Les conférences pour la paix définitive s'ouvriront à Bade, en Suisse. La France y était représentée par le maréchal do Villars, par le comte de Vintimille du Luc, ambassadeur de France en Suisse, et M. de Saint-Contest, maître des requêtes ; l'Empereur par le prince Eugène, les comtes de Gois et de Seilern. Le traité de Bade fut signé le 7 septembre 1714 '.

Ce traité laissait en suspens deux affaires considérables pour la France : la guerre qui continuait entre l'Espagne et l'Empereur; la négociation engagée entre ce prince et la Hollande au sujet de là -î Batrière.

1. Né à Paris «n 1663, fils d'Eugène, comto de Soissons, et d*01ympe Mancini ; petit-fils de Charles-Emmanuel de Savoie.

2. Voir aux archives des affaires étrangères, Allemagne, Mémoires, t. LVIII, l'Histoire de la négociation pour la conclusion de la paix de Bade, par M. Le Dran, 2170. Histoire de la négociation des traités de Rastadt et de Bade, par M. Le Dra.n, 1748. — Allemagne, Mémoires, t. LIV et LV.

TRAITÉ DK BARRIÈRE.

L'urlide vu du traité d'Ulrecht avec la Hollande portail que la

maison d'Aulrirho onlrorait on [losspssion des Pays-Bas cspaj^j^nols

M Atis.Hil6t quo les soigneurs dos Etais soroienl convenus do la nianiore

dont Irsdits Pays-Bas espagnols leur serviroipnt do barriêro et do

ùrvXé ». Il <i'a^'issait d'invostir rf^piiliè^roniont le? Hollandais du droit

lo garnison dans les places doslimn^s ;\ los défondrti conUo la France.

L'^tabliiisomcut de celle barrière, réclamée par les Hollandais depuis

traité de Ityswick, avait été une des principales préoccupations do

coalition de 1701 , et un traité avait élé signe h cet oirol à La Haye»

709, entre l'.Aeigleterre et la llollando. La France reconnut le

cipe de la barrière; mais il restait à en répler les conditions avec

nouveau souverain de la Bel^'^ique. l'emp^^nur Charles VI. Ce prince

r voyait une atteinte à ses droits de souveraineté. Des conférences

'ouvrirent pour régler cette aflaire. à Anvers, sous la nièdialion do

r«>ine .Anne. Cette reine mourut le 1" août 1714 ; elle eut pour suc-

csseur rélecleur do Hanovre, qui prit le nom de (Jeorfres 1". Un

linislére whig se forma. Le parti qui avait soutenu la guerre contre

I Franco reprit le pouvoir. On pouvait craindre qu'il n'encourageât

Autriche h la continuer ( ontre l'Espiigne. Lo fait ost qu'il y eut un

Ifevîrcment Irôs marqué dans la poliliciuo anglaise et un rapprocho-

enl avec l'Autriche. Pour accommoder le dilférend avec les llol-

■ (îeorges 1°' fit partir pour Vienne les généraux Stanhope et

, Ml. Slanhopo, qui avait été en Espagne secrétaire d'ambassade

u* »on père, avait fait lu guerre et était second secrétaire d'Klal

le cabinet whig, Cado^'an, attaché h la fortune de Marlborough,

élê plénipotentiaire aux conférences d'.\nvcrs. L'un et l'autre

talent fort en crédit à la cour de Vienne.

Jji nouvelle do cette négociation et TintérM pressant du réta-

bHs!»emont de la paix entre l'Euipt reur et l'Espagne faisaient vive-

cnpni désirer à Louis XIV de renouer avec Charles VI. H lit choix,

)ur cette mission, du comte riu Luc. qui, après avoir rouijdi un

le brillant dans la guerre, était ambassadeur en Suisso. Il y sui-

ail alors une négociation destinée h renouveler avec les cantons

oiliancc conclue en iUGS. Les cantons prot(*stants s'y refusèrent. Du

ic n^^gocia. par suite, avec les canl«>ns calholiques séparément, el

Ile négociation était en cours lorsqu'il reçut son instruction. Elle

I datée du .1 janvier 1715, et a été composée par M. de Torcy,

tnislrp des affaires étrangères.

IMTE DU L[J(

MÉMOIRE POUR SERVIR D INSTRUCTION AD SIEUR COMTE DU LUC , C05- SF.ILLER ORDÎNAIRE DU BOl E5 SON CONSEIL o'feTAT» UEITENANT POCR SA MAJESTÉ EN SON COMTÉ DE PROVENCE ET SON AMBASSADEUR AUPRÈS DES CANTONS SUISSES, AUTANT A VIENNE EN QUAUTE DE SON AMBASSA- DEUR EXTRAORDINAIRE AUPRÈS DE l'eMPEREUR \

Le caractère d'ambassadeur que 1*^ Hoi donne pour la première fois de son règne au ministre que Sa Majesté destine à résider auprès de l'Empereur et la résolution que ce prince a prise d'envoyer réciproquement auprès d'elle un ministre revÔlu du même titre, sont les premières marques et le premier effet des heureuses dispositions qu'il y a de part et d'autre à former entre la maison de France et celle d'Aulrichc une union aussi avantageuse h leurs intérêts qu'elle sera nécessaire au maintien du repos général do l'Europe. Leurs divisions, souwe de tant de guerres, ont servi jusqu'à pré8<«nl de lonlre-poids à leur grandeur mutuelle, et ce sera par une intelligence parfaite qu'elles maintiendront désormais la supériorité qui leur appartient audessus de tant de puissances qui prétendoient s'égaler à la maison de France et à celle d'Autriche par la seule raison qu'elles faisoient la guerre k l'une et que l'autre les ménageoil pour en recevoir des secours. L'expérience a plusieurs fois appris à l'Empereur quel étoit le véritable motif du zèle que ses alliés témoîgiioient pour ses intérêts. Jaloux de la grjiiidt'ur di» la maison do France et de celle d'Autriche, et trop foiblos pour attaquer Tune sans le secours de l'autre, ils enlretenoient entre elles une division favorable jiour eux, couvTanl b^urs véritables desseins des noms et des prétextes spécieux de conserver l'équilibre et de maintenir la balance nécessaire à la tranquillité publique.

Ces prétextes ont cessé chaque fois que les alliés de l'Empereur, accablés du poids et des dépenses de la guerre, ont jugé la

i. Vienne, 1715. T. C.

RÊTAl

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